Archive pour le 5 juin, 2014

La finance nous envahit

5 juin, 2014

« Vous avez remarqué ? Nous employons fréquemment le vocabulaire de la finance dans la vie courante. »

« Pourquoi me dites-vous ça ? C’est sans intérêt. Je reviens tranquillement du marché avec mon sac rempli de provisions et vous me parler de vocabulaire. »

« Je trouve qu’on ne se rend pas assez compte de la manière dont on parle. C’est une composante essentielle de notre culture. »

« Si vous pouviez m’épargner trop d’introspection… Pour moi, ce qui compte, c’est ce qui reste dans ma bourse à la fin du mois. »

« Peut-être, mais vous avez l’obligation de vivre en société. Et pour être intégré, il faut avoir du crédit auprès de vos contemporains. »

« Vous empruntez un drôle de langage vous ! Bien sûr qu’il faut parler avec les autres clairement, on ne peut pas donner le change éternellement. »

« Alors, êtes-vous prêt à une autocritique ? »

« Non, je n’aime pas m’attaquer moi-même, j’ai besoin de reconnaissance de la part des autres. »

« Mais même si vous n’analysez pas votre expression, vous êtes bien obligé d’admettre que notre langue est un capital de grande valeur. »

« Certes, mais, en général, ce n’est pas le souci qui me préoccupe quand je reviens de mes commissions. »

« A court terme vous avez peut-être raison. Mais avez-vous la garantie de toujours être compris par ceux qui vous entourent ? »

« Vous êtes obstiné. Bien sûr qu’on me comprend ! La preuve, c’est que lorsqu’il y a un conflit familial, on se tourne vers moi pour assurer l’arbitrage. »

« Donc vous êtes content de vous ? »

« Tout à fait. Je ne suis pas comme ces espèces d’écervelés qui ont inventé une langue monosyllabique à laquelle personne ne comprend rien. »

« C’est juste, de temps en temps, j’essaie de parler avec mon gamin sans succès. Le résultat, c’est que je devise avec moi-même. »

« Il faut dire qu’ils déploient des trésors d’imagination pour ne pas parler comme nous. Ce serait dommage de faire comme les anciens. »

« Bon, je suis ravi d’avoir discuté avec vous au titre de nos relations de bon voisinage. J’en ai eu pour mon argent. »

« Je vous offre un liquide anisé ? »