Archive pour mai, 2014

Le loup et la brebis

11 mai, 2014

« Qui se fait brebis, le loup le mange. »

« Qu’est-ce à dire ? »

« Il ne faut pas être trop gentil, ça se termine mal. Moi, je me débrouille pour être un peu méchant. Par exemple, je dis du mal des autres de temps en temps. Comme ça, je suis paré : ils peuvent en faire autant à mon sujet, de leur côté. »

« Mais on peut aussi colporter des louanges sur votre compte. »

« J’espère bien, mais si je suis trop gentil, il y aura sûrement des jaloux qui chercheront à trouver le défaut de ma cuirasse. »

« Moi, j’essaie quand même de rendre service, c’est la moindre des choses. »

« Pas trop. Si vous volez tout le temps au secours des autres, vous  allez les mettre en difficulté, ils vont passer leur temps à se demander comment ils pourraient vous remercier. Et vous, vous serez confus. C’est désagréable pour tout le monde. »

« J’en connais qui trouve normal qu’on leur rende service et qui n’en rendent jamais. »

« Raison de plus pour ne pas se précipiter à leur secours. Vous n’êtes pas sœur Térésa. »

« Euh, non, c’est vrai. Est-ce que je peux aider une vieille dame à traverser la rue ? »

« Faites attention à vous. Sacrifier sa vie pour les autres vous mettra dans l’embarras. Il faut le faire à bon escient. Si vous voulez être héroïque, il faut au moins que ça serve à quelque chose pour votre famille. »

« Tout de même, il faut entretenir des relations de bon voisinage pour bien vivre ensemble. On n’est pas entre sauvages. »

« Comment ? Vous tenez à ce qu’on dise de vous que vous êtes un ‘brave type’ ? Vous ne sentez pas le côté méprisant de ce qualificatif ? »

« Il faut être méchant alors ? Faire des coups en douce ? »

« Le mieux, c’est d’entretenir une certaine zone d’incertitude là-dessus. On doit vous approcher avec circonspection. Comme ça, personne n’osera vous demander un service et si on vous reproche quelque chose, vous pourrez toujours dire qu’il suffisait de vous demander d’intervenir. »

« Ce n’est pas très convivial. »

« Il faut penser à se protéger. Si vous avez la réputation d’être gentil au bureau, c’est la pire des réputations. Ou bien on vous chargera de tout ce que les autres n’ont pas envie de faire, ou bien on évitera de faire appel à vous dans les dossiers valorisant pour de belles carrières puisqu’ils seront monopolisés par des gens plus hargneux que vous. »

« Bon … alors si j’ai bien compris, je vais dire partout que vous êtes méchant, comme ça, je vous rendrai service. »

« Vous êtes gentil. »

Crack, boum, hue !

9 mai, 2014

Jim sort souvent en boum

Avec Paul, ils font des trucs de oufs

Ils sont complètement toc-toc

Mais il y a eu un couac entre eux

Jim a donné un coup sur le pif de Paul

Puis Paul a bousculé  Jim qui est tombé : splash !

Jim a crié : ouille !

Leur mère les a envoyés au lit dans le clic-clac.

A chacun sa tasse de thé

8 mai, 2014

« J’aime bien jouer au puzzle. »

« Ouh ! Là ! Là ! C’est beaucoup trop long pour moi. Il faut réfléchir, élaborer des stratégies, se tromper, recommencer. »

« Oui, autrement dit exercer une intelligence humaine. »

« Vous qui êtes si malin, vous avez le temps de passer deux heures tous les soirs sur votre puzzle ? Votre téléphone vous fout la paix ? Et votre femme, elle est contente de vous voir passer toutes vos soirées sur des petits morceaux de bois ? »

« Au début, elle a trouvé ça un peu bizarre, mais elle a fini par s’acheter un puzzle. Nous sommes deux êtres d’une grande intelligence et d’une grande patience. »

« Bon, moi, je ne suis peut-être pas très intelligent, mais je préfère des occupations qui vont vite. Comme allez cinéma par exemple. »

« Ça vous prend quand même deux heures de votre précieux temps et vous n’avez pas la fierté d’avoir construit une œuvre compliquée que vous pourrez montrer à votre entourage qui vous félicitera de votre obstination. »

« J’aime mieux discuter des œuvres des autres pour pouvoir critiquer. Ça m’énerverait de faire un puzzle de mille pièces et que quelqu’un me le critique ou alors que quelqu’un ait l’air de mépriser ma passion pour le puzzle. Je ne vous gêne pas ? »

«Non pas trop. Je pense que vous devriez essayer de jouer au puzzle, c’est la voie de l’apprentissage de la patience et de la sagesse. »

« Bon, alors il m’en faudrait un pas trop compliqué en trois ou quatre pièces. Pour moi, il faut que ça aille vite ! Je n’ai pas de temps à perdre. »

« Il y a bien le puzzle des trois petits cochons pour les enfants de moins de cinq ans. Est-ce que ça vous conviendrait ? »

« Euh, pas tellement. Je ne me vois pas afficher les trois petits cochons dans mon salon, alors que j’y reçois des gens extrêmement importants pour la suite de ma carrière. Le mieux, ce serait que vous me fassiez un puzzle très complexe à réaliser et que je puisse le montrer en disant que j’ai passé six mois dessus. »

« Autrement dit, vous êtes en train de me sous-traiter vos loisirs. C’est d’accord à condition que vous partiez en Ouzbékistan cet été et que vous me racontiez tout en revenant de façon à ce que je puisse me vanter d’y être allé dans mes conversations de bureau. C’est un échange de loisirs équilibré. »

« Ce n’est pas bête. Racontez-moi aussi le dernier bouquin que vous avez lu, celui qui fait mille pages. J’ai du mal à dépasser la page 10. Si je peux en faire une analyse détaillée, je passerai pour un être cultivé et  organisé puisque j’aurais trouvé le temps d’ingurgiter en pavé, malgré mes nombreuses occupations. »

Laisser un souvenir

6 mai, 2014

« Je voudrais bien laisser quelque  chose de mon passage sur Terre. »

« Euh… c’est un peu prétentieux… A quoi pensez-vous ? »

« Un livre par exemple. L’ennui, c’est que je ne sais pas bien écrire et puis ce que dis n’intéresse pas grand monde. »

«Vous laisserez un excellent souvenir à ceux qui vous entourent, c’est déjà pas si mal que ça. »

« Oui, mais ça disparaitra avec eux. Ça ne m’arrange pas tellement. Je pourrais donner mon corps à la science. »

« Ce serait bien, en effet. »

« Bon je vais le faire, mais ça ne me suffit pas. Il faudrait que je donne mon nom à une rue, une école, un rond-point. Ça ne vous dirait pas d’habiter rue Dumolard ? »

« Euh… je préfère loger boulevard du Général de Gaulle, si ça ne vous fait rien. Pourquoi ne pas laisser à votre postérité les poèmes que vous écriviez à votre femme quand vous étiez adolescent ? »

« C’est qu’ils ne sont pas terribles. Et puis nos relations se sont un peu détériorées par la suite. Je vais déjà mettre de côté une video de moi, celle de Noël dernier. Je fais le rigolo en ouvrant des huitres, c’est absolument hilarant. »

« Vous n’avez rien de mieux ? Une œuvre qui serait immortelle, qui traverserait les âges, dont on parlerait encore dans un siècle. »

« C’est-à-dire que n’est pas Victor Hugo qui veut…. Mon écharpe de supporter de mon club de foot préféré, ça pourrait faire l’affaire ? Elle a beaucoup vu, beaucoup voyagé, beaucoup souffert. Une vraie relique. »

« Euh…  tout le monde s’en fiche et puis dans cent ans, je ne sais pas si on jouera encore au foot. Vous ne chantez pas ? Si vous étiez une vedette de la chanson, ça arrangerait tout le monde. »

« Je chante faux. En y réfléchissant bien, je crois que je laisserai quand même une trace de mon passage par l’influence intellectuelle que j’exerce autour de moi. Au bureau, les gens m’écoutent quand je parle, c’est un signe qui ne trompe pas. »

« Oui…mais enfin, vous croyez qu’ils retiennent ce que vous dites ? Parfois, on tend une oreille pour passer le temps, mais on s’en fiche un peu… »

« Vous pensez que les gens se fichent de ce que je raconte… Finalement, ce sera une façon de laisser quelque chose derrière moi. Le trou de Celui Qui Parlait pour ne Rien Dire. Ce n’est pas rien tout de même. »

« Il faudrait arriver à matérialiser un trou et ce serait parfait. Il parait qu’on peut acheter une statuette à son effigie, maintenant. Vous pourriez d’ores et déjà distribuer votre présence future que chacun pourrait entreposer sur son bureau. »

« Euh… à trente-cinq ans, en pleine bourre, c’est peut-être un peu prématuré ! »

Grosses légumes

5 mai, 2014

Max est un sarrasin d’origine.

Il court sur le haricot de Jean.

Max rit de Jean

A cause de son poids.

Jean est une bonne pâte,

Mais il n’aime pas être pris pour une patate

Même s’il pédale souvent dans la semoule

Et qu’il oublie parfois ses lentilles

 

Les autres

4 mai, 2014

« Je m’en fous. »

« Vous foutez de quoi ? »

« De tout. Du Mali, des impôts, du mariage pour tous, du Tour de France, des élections, des sondages, des bagnoles… de tout je vous dis. »

« On ne va pas aller très loin comme ça. Vous avez bien un centre d’intérêt ? La lecture, le cinéma, la cuisine … »

« Euh… non ! Il y a des règles à suivre de partout ! Lorsque vous lisez, c’est l’auteur et les personnages qui mènent le bal. Au cinéma, vous êtes dominé par l’image : on vous inflige la fin du monde ou des animaux démoniaques et vous ne pouvez rien dire. Quand vous faites la cuisine, il faut suivre la recette… Bref, je n’arrive jamais à imposer ma propre créativité. »

« Bon, je vois…. Mais ce n’est pas une raison pour se foutre de tout. Il faut commencer par vous connecter à la réalité qui vous entoure, puis peu à peu vous pourrez vous exprimer. Soyons patients ! »

« Oui mais ça prend du temps de se connecter avec les autres. Il faut être aimable, prendre des nouvelles, parler de tout et de rien… Et puis ça ne connecte pas forcément, quand je fais un effort, certains me trouvent complètement déconnecté. »

« Parce qu’ils perçoivent que vous faites un effort. L’homme doit être naturellement sociable. Il faut aller spontanément vers l’autre. »

« Pff… Et si les autres venaient vers moi, je pourrais voir ce que je peux faire avec eux, mais ils vont de préférence vers Duchmol, un spécialiste des ronds de jambe ! »

« On peut dire ça comme ça, mais on peut aussi se dire que Duchmol, lui, sait spontanément se connecter aux autres et donc les attirer. »

« Bon… alors qu’est-ce que je fais ? Je continue à m’en foutre ? »

« Euh… vous êtes compliqué. Si au moins, vous vous trouviez un talent. Vous pourriez être alors de ceux qui assènent votre vérité aux autres. Et en plus certains pourraient devenir vos fans ! »

« A part la marche à pied, je ne sais pas faire grand-chose d’autres ! »

« Bon, va pour la marche à pied, c’est déjà quelque chose. Essayez d’accomplir une performance, je ne sais pas… aller au boulot à pied par exemple, vous pourriez susciter de l’enthousiasme et du respect par votre courage… »

« Euh… ça ne me va pas. Ce n’est pas très créatif de mettre un pied devant l’autre. Enfin sauf pour le premier homme qui s’est dressé sur ses deux pattes de derrière… »

« Bon… très bien. Vous êtes un homme préhistorique. Essayez de faire du feu en frottant deux pierres. Ce n’est pas évident… vous attirerez peut-être l’attention de Duchmol ! »

Nos mauvais poèmes

3 mai, 2014

Jules circule

Dans son véhicule

Sous la canicule

Au revers de son veston, une renoncule.

Il va voir son ami Hercule

Qui possède un petit pécule.

Hercule s’est fracturé la clavicule.

Il est aussi atteint de calculs

Et doit être opéré de la vésicule.

Bébelle

2 mai, 2014

J’entends ma belle-mère

Qui bêle

Depuis belle-lurette

A la belle saison

Elle n’est pas belliqueuse.

Elle est bel et bien

Très belle,

Cette citoyenne belge

Née à Belfort.

Problème de communication

1 mai, 2014

« Je ne comprends rien à ce que vous dites. Vous n’articulez pas. Je n’entends que des borborygmes. »

« Bon ! On n’est pas sortis de l’auberge ! Articuler me prend trop de temps. Il faut faire des efforts constants pour faire jouer les muscles de la joue. C’est éreintant. Il faut beaucoup de concentration alors que j’ai tant d’autres choses à faire. »

« Il vaudrait mieux ne pas me parler plutôt que de produire cette bouillie pour les chats. Ou alors essayez de dire moins de mots, mais mieux. »

« Si j’utilise moins de mots, vous me dites que je parle par onomatopées comme un singe. Ce n’est guère encourageant. »

«Voyons… Essayer d’enlever des verbes pour voir. Par exemple vous pourriez dire ‘faim’ au lieu de ‘j’ai faim ‘. Ou ‘froid’ au lieu de ‘j’ai froid’. »

« Ça fait curieux, mais enfin pourquoi pas. Et le verlan, ça ne vous intéresse pas ? J’ai un très riche vocabulaire. »

« Non, le temps que je traduise, vous êtes déjà parti. Le problème, ce ne sont pas les mots, c’est qu’il faut utiliser toutes les capacités de la bouche pour les exprimer. »

« Il reste la possibilité de communiquer par gestes ou par mimiques. J’ai un visage très expressif avec des yeux qui parlent tout seuls. Encore faut-il se regarder. J’ai remarqué que beaucoup de gens se parlent en se tournant le dos ou alors d’une pièce à l’autre. »

« Ce n’est pas mal, mais on ne peut pas passer trois heures à discuter en silence. Jr conviens qu’il y a des silences éloquents, mais il y a un moment où ça devient du bavardage inutile. »

« J’ai adopté le débit verbal d’aujourd’hui. Si je ralentis en ouvrant trop la bouche, on m’interrompt à chaque fois et j’ai du mal à retrouver mes idées. Déjà que j’en ai pas beaucoup ! »

« Quand chacun se met à parler à toute vitesse et l’un sur l’autre, c’est pire. On ne comprend rien. C’est le principe des débats politiques à la télé. C’est fait exprès pour que le citoyen soit perdu. » 

« On voit que vous n’avez pas l’habitude de discuter avec les jeunes. Ils arrivent à se dire en deux minutes ce que vous dites en un quart d’heure. »

« Parce qu’ils ont quelque chose à dire ? Je croyais qu’ils ne  discutaient que par SMS avec des mots à une lettre.  Remarquez, ça évite les fautes de français. »

« Vous exagérez, moi mon gamin me parle… Enfin quand il sort de sa chambre. Surtout pour me dire que je ne dois pas y entrer. »

« Vous avez un gamin normal. Ce n’est pas comme la fille de ce pauvre Mollard. »

« Qu’est-ce qu’elle a la fille de Mollard ? »

« Elle déclame de la poésie en alexandrins toute la journée »

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