De la cohérence

 « Il faut être cohérent. Il faut mettre ses actions en conformité avec ses paroles. Sinon, c’est mal »

« En appliquant ce genre de principe, je ne dirais pas grand-chose. Si je dis que je vais m’intéresser au chant grégorien et que j’arrête après deux ou trois essais, je passe pour un rigolo. Il faut se donner le droit de dire n’importe quoi, sinon la vie va devenir infernale. »

« Vous pourriez très bien essayer le chant grégorien, avant d’en parler. Ce serait prudent. »

« Non, ça ne va pas non plus. Si je fais les choses avant de dire que je vais les faire, on va me dire que je fais tout en cachette et que je ne communique pas. »

« Bon, bin… alors, mettez des nuances. Dites que vous allez essayer de vous intéresser au chant grégorien, mais que vous n’êtes pas sûr de votre coup. »

« Euh… mais si je fais tout le temps ça, je vais passer pour le type qui ne sait pas ce qu’il veut. C’est très embêtant. »

« Si je comprends bien, vous préférez dire que vous allez faire des choses, sans être certain de les faire. Dites au moins que vous aimeriez bien vous passionner pour le chant grégorien, mais qu’il s’agit là d’une hypothèse dont vous n’assurez pas la réalisation. »

« Euh… c’est un peu compliqué. Finalement, quand je parle de ce que je projette de faire, je prends beaucoup trop de risque. Je préfère parler de ce que devraient faire les autres. Comment ils devraient se comporter. Donner des leçons. »

« Par exemple ? »

« Par exemple, il faudrait que les gens cessent de regarder des émissions débiles à la télé. C’est vrai, ça ! On ne réfléchit plus assez ! »

« Et vous, vous ne les regardez pas ? »

« Si, de temps en temps, mais moi, c’est pas pareil. Je suis bien obligé de les voir pour constater que c’est débile. Et puis ça me donne l’impression d’être intelligent. »

« Vous avez d’autres exemples. »

« Oui, je dis souvent que si tout le monde donnait aux pauvres, il n’y aurait plus de pauvres. »

« Vous donnez, vous ? »

« Non, j’attends que tout le monde donne, si je suis le seul ça ne sert à rien. Je me ruine et ça n’a aucun effet. »

« Euh… vous ne trouvez pas qu’il vaudrait mieux ne rien dire, ne pas trop la ramener. »

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