Coup pour coup

« Il ne faut pas juger les gens sur les apparences. »

« Oui, mais enfin, moi quand j’ai devant moi un visage triste, fermé, amer, sévère, je ne suis pas enclin à avoir un contact favorable avec la personne. »

« Evidemment, vous croyez que vous êtes d’un abord convivial et avenant avec vos lunettes qui ne sont plus à la mode, votre grand nez et vos oreilles décollées. »

« Peut-être, mais mon regard coquin et ma voix enjouée donne envie de m’aborder. Je ne rebute pas au premier regard. »

« Ah bon ? Et votre façon de vous esclaffer bruyamment à tous propos ou de déployer largement votre mouchoir devant les autres quand vous êtes enrhumé ? Vous croyez que ça met tout le monde à l’aise ? Hein ? »

« C’est quand même mieux que les gens qui toussent devant vous parce qu’ils fument trop. Ils m’empêchent de m’exprimer. »

« Et quand vous vous curez le nez ou les oreilles, c’est bien ça ? »

« C’est quand les autre m’énervent. Par exemple, pour embêter ceux qui font craquer leurs doigts ou qui se mangent les ongles. »

« Quant à vos tics de langage exaspérant, n’en parlons pas. Vous dites ‘en fait’ toutes les cinq minutes comme si vous n’étiez pas persuadé de ce que vous dites. »

« Tout le monde fait pareil. Si ce n’est pas ‘en fait’, c’est ‘c’est clair’. Je n’en peux plus des ’c’est clair’. »

« Et votre façon de ‘rebondir’ sur ce que je dis. C’est agaçant ! On se croirait sur un trampoline verbal d’autant plus qu’en général vous partez sur des choses qui n’ont rien à voir avec ce que l’autre vient de dire. C’est une ruse pour vous emparer de la parole. »

« Vous en avez de bonnes, mais toute conversation est un combat. Il faut bien que je me défende. »

« Malheureusement vous avez raison. Avant de se parler, il faudrait signer un pacte de non-agression. Pas de doigt dans le nez, pas de toux agressive, pas de ‘c’est clair’… »

« C’est un peu utopiste, mais enfin vous devriez essayer. N’oubliez pas les gens qui ont payé un comparse pour les appeler sur leur portable et qui se lèvent à toute allure avec un sourire gêné en prétextant une communication urgente. »

« Bon, il faudrait envisager un traité de paix international qui détaillerait les conditions d’un désarmement international. Où que l’on soit, on pourrait discuter agréablement avec son interlocuteur sans craindre une quelconque agression verbale. »

« Qu’est-ce que vous en pensez ? »

« C’est pas mal, je vais en parler aux Américains et aux Chinois. »

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