Un fanfaron

« Je suis un fanfaron. Je parle, je claironne. Il faut toujours que je m’exprime et plus fort que les autres, si possible. »

« Et ça vous rend heureux ? »

« Bin… non, pas spécialement. Je me demande pourquoi je fais ça. Il faut toujours que j’attire l’attention sur moi. C’est compulsif. Je dois souffrir d’un manque d’amour. Vous ne voudriez pas m’aimer un peu ? »

« Euh, non. Vous n’êtes pas terrible. Il faudrait commencer par vous calmer. Puis manifester de l’attention pour les autres. »

« Vous voyez : vous minimisez l’importance de ma présence. Comment voulez-vous que je m’en sorte ? Et puis, il y a quelque chose qui me gêne : moi, je ne vous aime pas du tout et pourtant vous ne fanfaronnez pas ! »

« Bon ! On va faire autre chose ! Lorsque vous parlez, essayez de vous demander si ce que vous allez dire est intéressant pour les autres. Par exemple, votre descente des gorges de l’Ardèche en canoë ne m’intéresse pas du tout. »

« Ah bon ? A qui je pourrais raconter ça, alors ? »

« A quelqu’un d’autre. Mais avant assurez-vous qu’il s’intéresse au canoë. »

« C’est dangereux. Si je tombe sur quelqu’un qui a descendu le Colorado en canoë, je vais avoir l’air minable, et c’est moi qui vais devoir l’écouter. »

« Prenez l’air passionné, tout en disant que vous êtes un modeste amateur qui s’est contenté d’un petit tour sur les vaguelettes de l’Ardèche. Si tout va bien, il voudra vous donner des conseils de pro et il vous prendra sous son aile. »

« Bon, je vois ce que c’est, il vaut mieux que je ne raconte pas trop de choses sur moi. Est-ce que je peux raconter des blagues ? J’aime bien raconter des blagues et que tout le monde se marre très fort autour de moi. »

« C’est une autre manière de fanfaronner. »

« Evidemment, comme vous ne voulez pas m’aimer et que vous vous fichez de mes vacances en Ardèche, je suis bien obligé de raconter des blagues. »

« D’accord pour les blagues, mais pas trop grivoises, sinon vous allez passer non seulement pour un fanfaron, mais un fanfaron vulgaire. Et puis penser à diminuer la dose petit à petit. Ecoutez les blagues des autres, en disant qu’elle est bien bonne. »

« C’est que j’aime bien me marrer, moi ! »

« Euh… d’accord. Mais si vous pouviez vous taire de temps en temps. Regarder votre interlocuteur dans le fond des yeux et puis lui dire quelque chose d’intelligent. Vous pourriez devenir un fanfaron intelligent. Ce serait une première. »

Une Réponse à “Un fanfaron”

  1. 010446g dit :

    Chacun a sa manière d’exister!

    Dernière publication sur le radeau du radotage : Babette

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