Emporté par la foule

« Lorsque les gens s’agglomèrent au même endroit en grand nombre, ils rouspètent. On est au coude-à-coude, on se presse, on se bouscule même. C’est le charme de la promiscuité : votre voisin lit votre journal par-dessus votre épaule, vous marche sur les pieds, vous souffle dans le visage, sent mauvais. Ou bien il est moche. C’est le cas dans le métro ou dans les grands magasins pendant les soldes ou sur la plage le 15 août. »

« C’est sans importance. L’être humain aime ces moments-là et se sent en devoir de les vivre. La plage, pour pouvoir dire qu’il a passé de bonnes vacances au soleil. Les soldes, pour pouvoir assurer qu’il a fait des affaires extraordinaires. Et le métro, pour se plaindre des conditions de transport. »

« Le must, c’est de s’immerger dans la foule qui se presse dans les boites de nuit. L’homme ou la femme s’y précipite pour y passer une bonne soirée alors qu’il ne peut tenir aucune conversation et qu’il risque d’en sortir complètement sourd. »

« C’est comme ça. L’homme est grégaire. Plus il est agressé par la foule plus il s’y précipite. Notamment pour avoir le plaisir de se plaindre du troupeau. Ne pas faire la queue aux guichets de la Poste ou de la SNCF lui parait suspect. C’est même handicapant, il ne peut plus converser avec son voisin ou s’agacer de la tendance des fonctionnaires à toujours faire grève, justement le jour où il aurait besoin de leur présence plus nombreuse. »

« Il faut dire à sa décharge que la foule a un effet rassurant. On n’a jamais vu personne se précipiter dans un magasin ou un restaurant peu fréquenté. On n’a jamais vu une manifestation de rue qui ne rassemblerait pas plusieurs milliers de personnes. Un concert de vedette de la chanson pour lequel on n’a pas de difficulté à obtenir des places n’est pas une réussite, on hésitera à s’y rendre. »

« Et le comportement de l’homme ou de la femme en foule, vous avez vu ?  Dire que certains prétendent qu’on est plus intelligent à plusieurs. Pendant les soldes, vous vous en tirez au mieux avec des coups de coude dans les côtes ou des ruades dans les tibias. Sur la plage, vous prenez généralement un ballon dans la figure. Dans les files d’attente, vous êtes insulté dès que votre suivant a l’impression que vous usurpez sa place. »

« Eh oui, la foule, c’est à la fois rassurant et guerrier. C’est le grand paradoxe de l’humanité. Nous sommes sept milliards sur terre. C’est beaucoup trop pour que tout le monde vivent bien, mais d’un autre côté lorsque l’humain était minoritaire, la vie était difficile. La nature était hostile, les bêtes féroces l’emportaient. Une vrai galère, quoi ! »

« Le mieux, c’est de bénéficier de tout le progrès de la civilisation tout en étant tranquille dans son coin. Mais c’est cher. »

« Oui, mais là, vous vous ennuyez. Plus personne autour de vous, vous vous rendez compte ? »

« C’est vrai, mais on peut s’en tirer avec une riche vie intérieure qui vous permet d’imaginer plein de gens autour de vous. »

Une Réponse à “Emporté par la foule”

  1. 010446g dit :

    Pas mal démontré!

    Dernière publication sur le radeau du radotage : Notre avant-dernier mot

Répondre à 010446g Annuler la réponse.