Archive pour le 14 janvier, 2014

Forts et faibles

14 janvier, 2014

« Je me méfie de vous. »

« Ah bon ? Pourquoi donc ? »

« Il n’y a que votre intérêt qui compte. Vous êtes capable de n’importe quoi pour le sauvegarder, même de trahir un secret. »

« Absolument, je ne vais tout de même pas me faire découper en petits morceaux alors que je peux m’en tirer avec une petite trahison. »

« Ce n’est pas joli, joli… Vous pourriez être un peu plus généreux. J’ai bien raison de ne pas vous confier mes problèmes. »

« Et voilà, on ne me fait pas confiance ! »

« C’est ce que je viens de vous dire. Vous ne respectez rien. Comment voulez-vous qu’on vous parle ? »

« C’est pourtant pas compliqué. Je suis là, je vous écoute avec bienveillance. »

« Il faudrait faire un effort particulier avec moi car je suis d’un faible caractère. Un rien suffit à m’abattre le moral. Alors, si vous pouviez vous abstenir de répéter ce que je vous confie de ma vie… »

« C’est ennuyeux en effet, mais moi je n’aime pas trop me charger l’esprit des maux des autres, c’est pour ça que je les transfère en les révélant autour de moi. Nous rions de vous, ça permet de se détendre un peu. Entre forts, on a besoin de se dire qu’il y a des faibles pour se sentir fort. »

« Oui, mais vous pourriez être encore plus fort en gardant pour vous mes confidences. Ce serait la preuve de votre hauteur de vue et de votre puissance mentale. »

« D’accord, mais qu’est-ce que je vais raconter devant la machine à café, moi ? »

« Vous pourriez au moins laisser entendre que je vous ai parlé sans pour autant dévoiler notre conversation. On louera votre sens de la confidentialité. D’autres pourraient alors plus facilement vous accorder leur confiance. »

« Il faut dire qu’il n’y a pas beaucoup de gens comme vous qui racontent leurs misères en ayant la naïveté de penser que ça ne se répètera pas. En général, les faibles se cachent et jouent les fortiches en se gaussant des difficultés des autres. Il faut bien que je les aide en leur racontant vos soucis devant la machine à café. »

« Si je comprends bien, vous exposez ma situation aux autres pour les empêcher de pleurnicher sur leurs propres difficultés. En quelque sorte, vous leur rendez service grâce à moi. »

« Exactement. Vous voyez que vous pouvez me faire confiance. Je n’utilise pas vos secrets dans un but mesquin, ni même pour me faire valoir. Vos problèmes de couple ou d’argent servent surtout à dédramatiser ceux des autres. »

« Je suis ébloui par votre altruisme. »