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Vive les jeunes !

6 janvier, 2014

« Vous les jeunes, vous allez avoir beaucoup de soucis. Et même un avenir un peu bouché. Il y aura de moins en moins d’emplois, de plus en plus de bruits et de fumées polluantes, moins de logements ou des logements plus petits, donc plus de promiscuité avec les autres, donc plus de scènes de ménage, donc plus de solitude… Enfin bref, vous êtes mal barrés. »

« Bon, alors on fait comment ? »

« Bin… il faudrait que nous vivions plus longtemps pour que vous restiez jeunes. Tant qu’on est là, on vous protège… »

« Euh… sauf qu’en vieillissant, vous coûtez de plus en plus cher, vous flanquez de plus en plus de pagaille sur Terre et au final, on aura encore plus de soucis une fois que vous n’y serez plus. »

« Peut-être, mais enfin, on est de bon conseil. On a de l’expérience à faire valoir. Vous pourriez en profiter. »

« Si c’est des conseils pour faire comme vous, je préfèrerais éviter. »

« Bon, bin alors ne faites pas pareil. Je suis curieux de voir ça. Qu’est-ce que vous proposez les jeunes ? »

« C’est pas compliqué. On va faire l’inverse de vous. Par exemple, pour économiser l’énergie, on va mettre des moulins à vent partout. C’est joli des moulins à vent le long des ruisseaux glougloutant. Et puis pour diminuer la pollution automobile, on supprimera des axes routiers. On plantera des forêts à la place. Pour l’emploi, on ressuscitera les anciens métiers : meuniers, pompistes, laveur de carreaux… »

«C’est vrai que laver mes vitres, ça ne m’intéresse pas vraiment. Si je comprends bien, votre progrès sera de revenir sur le progrès. Refaire le chemin de la civilisation en sens inverse, en quelque sorte. »

« Euh… oui, mais enfin en gardant ce qu’il y a de bien dans le progrès actuel. Vous me suivez ? Par exemple vivre en bonne santé jusqu’à 90 ans, ça nous convient très bien. Nous gardons aussi les cinq semaines de vacances et la RTT.»

« Et nous vous nous gardez ? »

« Euh… oui, mais alors, il faudrait arrêter avec les conseils. Vous vous trompez trop souvent. Occupez-vous autrement : jouer aux cartes, regardez le foot à la télé, buvez des coups, racontez-vous vos histoires du passé… »

« C’est que j’ai besoin de me sentir utile, moi. Où est ma place ? »

« Vous pourriez partager votre fortune avec nous, vu que c’est vous qui avez accumulé tout le magot des années de croissance. »

« J’en étais sûr ! Faites donc comme nous ! Endettez-vous et laisser l’ardoise à vos enfants. Vous voyez que vous avez besoin de nos conseils ! »