Archive pour octobre, 2013

Ah dis donc !

21 octobre, 2013

Les hommes l’abordaient en disant : « on dine ? »

Avec des jeux de jambes arrondies

« Ne faisons pas de salmigondis,

Allons jusqu’à Bondy

Sans rencontrer de bandit

Comme celui qui, sur moi, bondit »

Ils plaisaient à Ondine.

Ne la condamnons pas sur des on-dit.

Mais ne restons pas dans le non-dit.

Un monde fini ?

20 octobre, 2013

« Je sens que vous allez encore me parler. »

« Il faut bien si l’on veut échanger quelques idées entre nous. Comme des êtres humains. »

« Oui, mais alors, allez y doucement. Pas trop d’idées nouvelles, ça me déstabilise. »

« Si je dis que nous serons bientôt dans un monde fini, ça peut aller ? »

« Ouh là ! C’est trop pour moi, je ne comprends pas bien. Et puis ça sent la réflexion pour assemblée de déprimés. D’abord qu’est-ce que c’est qu’un monde fini. »

« C’est un monde ou les ressources naturelles seront épuisées, où il n’y aura plus de croissance, où on fera du sur-place, obligés que nous serons de faire avec ce qu’on a sans espérer plus. On ne produira plus, il n’y aura plus de travail. »

« C’est bien ce que je disais, vous êtes encore en train de miner le moral. Moi, je n’ai pas envie de penser à un monde fini, d’autant plus qu’il faut que je change de voiture. Vous ne croyez tout de même pas que je vais racheter la vôtre sous prétexte que le monde est fini et qu’on ne produit plus de bagnoles. »

« Soyons lucides. Vous êtes comme tout le monde finalement, vous vivez dans l’opulence les yeux fermés, alors que nous allons tous dans le mur. »

« Bon d’accord, mais avant qu’on en finisse avec le monde, ça m’arrangerait que vous embauchiez mon gamin dans votre entreprise. Comme ça il pourra assister tranquillement à la fin du monde. »

« Je n’ai pas dit que ce serait la fin du monde, j’ai dit que nous allions vers un monde fini. Vous ne comprenez pas grand-chose. C’est-à-dire que nous vivrons bientôt dans des sociétés où le gâteau à se partager ne pourra plus s’accroître, il faudra mieux le partager pour que tous les habitants puissent survivre. »

« Ouh là ! Je n’ai aucune envie de partager ma maison avec qui que ce soit. On me fera des remarques sur mes placards mal rangés et ma façon de tout laisser traîner. Vous trouvez ça agréable, vous ? »

« Ce n’est pas le problème. Vous n’aurez pas le choix sinon les SDF prendront d’assaut votre villa et vous mettront dehors. »

« Alors là, les bras m’en tombent. Vous pourriez me faire part de réflexions plus optimistes. Par exemple, dites-moi que, dans votre monde fini, je pourrai partager vos prochaines vacances sur votre yacht à la Barbade. »

« Euh… non. Je ne tiens pas à partir en vacances avec vous et votre optimisme béat. »

« J’en déduis que le monde ne sera pas fini pour tout le monde puisque vous trouvez encore de l’énergie pour aller vous pavaner sur les mers du Sud. »

« Vous ramenez tout à de basses considérations de jalousie. »

Atelier de couture

19 octobre, 2013

Max est un modèle.

 Il ne porte point de croix sur son dos.

Il est cousu d’or

Car il a trouvé l’aiguille dans la meule de foin.

Et en plus il gagne de l’argent en jouant aux dés.

Il ne brode jamais d’histoire

Pour ne pas se faire piquer par son patron.

Je vais lui donner un coup de fil.

Notre rubrique auto

18 octobre, 2013

Georges a  été capot au poker

Il n’a plus de volant de crédit

Mais il a encore des roues  de secours

Car il a du piston.

Il va rebondir en quatrième vitesse.

Personne ne mettra  de frein à ses ambitions.

Il ne fera pas rouler le tambour

Mais il va mettre le turbo

Il a un grand réservoir d’énergie.

Les comédies romantiques

17 octobre, 2013

« J’aime bien les comédies romantiques. Tout est cousu de fil blanc. On est sûr du coup. Au début, l’homme et la femme sont séparés par la vie, souvent ils se disputent… mais tous les spectateurs savent qu’ils finiront ensemble… Il n’y a que les deux protagonistes qui font semblant de ne pas s’en douter. »

« D’ailleurs, ils font tout pour entretenir l’incertitude. A deux minutes de la fin, la jeune femme doit prendre le train pour un très long séjour au pôle nord. Elle ne reverra plus le jeune homme. Le spectateur est aux cent coups. Se serait-il trompé ? La jeune femme est déjà à la gare avec ses valises… Elle va prendre son billet au guichet… et là, pof ! Au dernier moment, le syndicat des cheminots déclenche une grève illimitée, ce qui laisse le temps au jeune homme d’accourir. Il arrive, tout mouillé de chaud dans le hall de la gare, aperçoit la belle et lui déclare sa flamme pour l’éternité. »

« C’est là que le spectateur respire. Il ne s’était pas trompé. Remarquez qu’il y a aujourd’hui des scénarios un peu plus sophistiqué. Par exemple, on peut imaginer que le jeune homme est très riche et la jeune fille très pauvre. La jeune fille se dérobe, elle ne veut pas avoir l’air de s’accoquiner avec le jeune homme à cause de son argent. Le jeune homme fait tout pour avoir l’air pauvre : il l’emmène dans des restaurants pourris ou alors s’habille de vieilles nippes. Pendant ce temps- là, le spectateur trépigne d’indignation : à notre époque, les sentiments ne devraient pas s’embarrasser des différences sociales. Heureusement, le héros ne s’énerve pas et accomplit un exploit qui montre bien qu’il n’est pas intéressé que par l’argent. Par exemple, il sauve un bébé de la noyade au péril de sa vie. La jeune fille est alors rassurée, se marie avec lui et le spectateur peut rentrer tranquille à la maison. »

« Remarquez qu’on a vu l’inverse, ça permet de varier les plaisirs. La jeune fille est très riche et le jeune homme très pauvre. Le père de la jeune fille s’en mêle. Il est intraitable, il veut marier sa fille à un époux fortuné au grand dam du jeune homme pauvre. Le futur époux riche, désigné par la famille, agace tout le monde par son arrogance et bien entendu, la jeune fille ne l’aime pas, mais comme elle a peur de son père, elle est à deux doigts de se résigner. Le spectateur trépigne de rage devant cette injustice. A-t-il bien fait de choisir ce film ? Mais à deux minutes de la fin, dans l’église où le mariage de la jeune fille et du jeune arrogant est célébré, le jeune homme pauvre fait irruption, tout essoufflé. Il brandit dans la main la preuve que le futur époux est un parrain de la mafia. Un frisson d’indignation parcourt l’assistance, le père de la mariée s’évanouit et le spectateur peut rentrer à la maison, bien content.»

« Il n’y a pas des histoires qui se terminent mal ? Par exemple, le jeune homme pauvre n’arrive pas à temps à l’église à cause des embouteillages. Ou bien le jeune arrogant richissime n’est pas de la mafia. On apprend, au contraire que c’est un brave type ? »

« Bin… non, c’est interdit. C’est comme les histoires de gendarmes et de voleurs. Il faut que les voleurs restent des voleurs, sinon le spectateur n’y comprend plus rien. On ne peut pas faire un film ou des gendarmes courent après des gendarmes, ce n’est pas possible. »

« Bon, alors faisons au moins un film où les deux intéressés ne se marient pas à la fin. »

« Euh…non plus. Vous les voyez se dire : bon, eh bin… on va se pacser. Ça n’a pas tout de même le même chic que la scène finale en habits de mariés avec plein de gens autour d’eux qui applaudissent et lancent des grains de riz. »

 

Sur le pré

16 octobre, 2013

En préambule à cette histoire,

J’ai pris des précautions.

J’ai taillé ma haie de cyprès

Puis tondu mon pré.

Ensuite j’ai eu un pressentiment.

Comme un mauvais présage,

Le préposé au courrier n’est pas passé.

Enfin, j’ai rencontré un imprévu

Très préoccupant

Ce qui explique mon visage empourpré.

 

Des pieds et des mains

15 octobre, 2013

« Il faut toujours que j’ai les mains occupées. »

« C’est normal, sinon vous avez l’impression de ne rien faire ou alors d’être décédé.  Quand vous n’avez rien dans les doigts, vous touchez une partie de votre corps : vous vous grattez la tête, ou vous palpez le menton, comme pour être certain d’être encore là. Ça vous rassure. Tout le monde fait ça. »

« Vous avez raison. Si je ne fais rien de mes mains, je suis obligé de faire travailler mon cerveau, en plus j’ai l’air nigaud avec les bras ballants. »

« C’est un peu stressant de travailler du cerveau, d’abord parce que l’on se pose des questions qui n’ont pas forcément de réponses, ensuite parce qu’on ne voit pas nos neurones à l’œuvre. Les autres personnes de votre entourage peuvent facilement en déduire que vous n’en fichez pas une rame tandis que lorsque les mains s’agitent, vous soulevez l’admiration par votre activisme. »

« D’où le succès du travail sur ordinateur. Taper sur un clavier est une dépense d’énergie très favorablement remarquée. Dans ces conditions, on peut se demander pourquoi les travaux manuels sont peu considérés ? »

« C’est une erreur historique. Mais ça va changer car on manque de plombiers et de maçons. Et puis le geste de l’artisan a quelque chose de noble. On a cru pouvoir s’en passer en automatisant la production, mais maintenant on revient à l’authentique. »

« Bon, alors examinons le statut des pieds. On peut se demander pourquoi ils sont moins populaires que les mains. Certains disent avec mépris d’un artiste ou d’un sportif : il joue comme un pied. Pourtant les pieds ont un rôle fondamental. »

« C’est-à-dire qu’on peut difficilement se gratter la tête avec les pieds… Les pieds, ça rassure moins que les mains. Néanmoins, se déplacer vivement dans des couloirs de bureau d’un pas déterminé est très bien vu, ça donne l’impression d’être très actif. Et puis le pied peut parfois exprimer un sentiment : l’impatience par exemple. Par-dessus tout, les Chinois savent que beaucoup de nos émotions ou de nos fonctions physiques sont directement connectées au-dessous de la voute plantaire. D’où le succès des massages de cette zone. Ce ne sont pas les pieds qui touchent les parties du corps, c’est l’inverse. En l’occurrence c’est la main qui prend soin du pied. »

« Si je comprends bien, on pourrait parler d’une revanche du pied sur la main. »

« Oui, d’ailleurs on commence à en prendre conscience. Ne dit-on pas souvent : bien dans ses baskets ? Ou alors : droit dans ses bottes ? Le pied contribue fortement à notre capacité d’expression. »

« Exactement ! Le pied prend donc ses lettres de noblesse. Je ne regarderai plus mes orteils de la même façon. Ceux qui ont leurs deux mains et leurs deux pieds ne connaissent pas leur bonheur. »

« Bien, nous nous interrogerons plus tard sur le statut social du genou. »

Ah ! L’oral !

14 octobre, 2013

Je n’ai pas le moral,

Car j’ai raté l’oral.

Puis j’ai été battu au scrutin électoral.

Je ne vais plus chanter à la chorale.

Je suis parti sur le littoral.

Pour participer à une fête florale

En compagnie du caporal

Et un membre de la préfectorale

Qui n’avait pas de morale.

Il faut que quelque chose sepasse dans ma vie

13 octobre, 2013

« Je vous signale que je vous drague. »

« Ah bon ? Je ne ris pas beaucoup. D’habitude, quand on me drague, l’homme cherche à me faire rigoler. Mais vous… »

« C’est que je ne connais pas beaucoup d’astuces. Alors je préfère dire que je vous drague pour que vous soyez au courant. »

« Certes, mais enfin il faut que vous le démontriez matériellement. »

« Et si je vous lance des regards expressifs, comme ça. »

« Ce n’est pas très intéressant, on dirait que vous regardez un bock de bière… Il faudrait que vous vous adressiez aussi à mon intellect pour que je vous trouve un intérêt quelconque. Je ne suis pas un animal. »

« Le problème, c’est que je n’ai aucun talent. »

« Même pas un petit. Vous savez bien faire quelque chose d’original ? »

« Bin non, c’est même assez consternant. Je vis comme une machine… »

« Ce n’est pas très draguant, en effet.  Comment voulez-vous que je sois séduite ? »

« Mais vous n’avez pas besoin d’être séduite. Au contraire, si vous me rejetez d’un air hautain, ça m’arrangera ? »

« Comment ça ? »

« Oui, j’aurai  l’impression d’un drame sentimental dans ma vie de machine. C’est bien mieux que rien du tout. »

« Evidemment, vu comme ça… Vous avez d’autres drames en vue ?… Parce qu’on peut en chercher ensemble pour remplir votre existence. »

« Euh… en ce moment ça va : l’équipe de France a encore été battue par le Luxembourg. C’est pas mal : je me sens très humilié. Meg Ryan a été quittée par son petit ami. C’est Ici Paris qui l’affirme : je suis révolté. Mon bistrot habituel, accablé par la concurrence et les charges, va fermer : je suis indigné pour un bon moment.  Donc, j’ai mon lot d’émotions… négatives, mais enfin de quoi me sentir vivre quand même. »

« Donc si je vous dis que vous m’indifférez complètement, je vous fournis un souci supplémentaire pour animer votre vide intérieur. »

« Tout à fait, je vous remercie. Si vous me disiez que je vous intéresse, je serais bien embêté. Je me demanderais ce que vous pourriez me trouver et puis la conséquence, c’est que je me trouverais encore confronté à la vacuité de ma personnalité. Ce ne serait pas très sympa de votre part ! »

« En effet, je m’excuse d’avance… »

Le mur du son

12 octobre, 2013

Jules fait courir le bruit qu’il est sot.

Il fait l’âne pour avoir du son.

Mais son père ne le prend pas sur ce ton.

Maurice est un garçon sage : il ne sort jamais en boum.

Il s’occupe plutôt de sa collection de timbres rares.

En sport, c’est un crack.

Pour ses loisirs, il paie son écot.

On ne l’a jamais vu fumer un pétard.

Il n’est pas du genre à faire du grabuge.

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