Winner ou looser

« Moi, je ne sais pas grand-chose. Je suis un vrai looser. »

« Ah bon ? Ça ne vous dérange pas de dire les choses comme ça ? »

« Bin… non, c’est vrai. Je mange, je dors, je bosse un peu pour faire vivre la famille. Je vote comme on a dit de le faire au journal de 20 heures. Je suis le foot et la météo à la télé. Et puis après ? Je ne sais pas rien. Je ne serai jamais un grand savant ou un homme politique. Personne ne s’en plaindra. »

« Mais vous êtes un citoyen, vous avez le droit d’exprimer une personnalité ou des idées originales. Peut-être même d’entrainer d’autres citoyens derrière vous. »

« Non plus. Je suis un citoyen qui fait ce qu’il peut avec des moyens intellectuels limités. Par exemple, je pars en congé dans le Midi, tous les 14 juillet. Il y a un monde fou, je râle en sachant très bien que je recommencerai l’année suivante. C’est tout. »

« Oui, en effet, ce n’est pas très malin. Mais vous avez sûrement un petit talent : en sport, en peinture, en cuisine… »

« Oui, je réussis assez bien le gratin dauphinois, mais je ne vais tout de même pas me gaver de gratin dauphinois pour être considéré comme un winner. Comment vous faites, vous d’abord ? »

« D’abord, moi je ne me précipite pas sur l’Autoroute du Sud tous les 14 juillet. Je me contente de m’entasser dans l’aéroport pour partir à Marrakech. Quand il n’y a pas trois jours de grève qui obligent à dormir sur sa valise, ça se passe très bien. »

« Vous pouvez jouer à la pétanque avant le pastis, là-bas ? »

« Oui, bien sûr, en plus nous avons le contact avec la population locale. »

« D’accord, mais qu’est-ce qu’il faut faire encore pour être un winner comme vous ? »

« Il faut lire des livres, vous avez de très bons résumés dans les journaux hebdomadaires. Il faut aussi avoir l’air sportif : un petit jogging autour de votre maison, en fin de dimanche, peut faire l’affaire. Ensuite ayez des opinions politiques… plutôt à gauche pour avoir l’air préoccupé par la misère sociale, et aussi à droite pour qu’on sache que vous n’aimez pas la chienlit et le laxisme…  Vous suivez ? »

« Euh… j’essaie.. »

« N’oubliez pas de dire que vous avez des responsabilités hiérarchique dans votre entreprise. Il faut qu’on ait l’impression de parler à un chef quand on vous regarde. Un homme qui sait manier les autres, qui a beaucoup de soucis importants, mais qui sait rester humain malgré tout. Il y a tant de chefs qui se prennent pour des chefs. Si vous pouviez dépenser un peu d’argent pour n’importe quoi… Juste pour montrer que vous en avez… »

« Euh, c’est compliqué. Finalement, je me sens mieux en looser. Je vais fonder un syndicat ou une amicale. »

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