Archive pour le 20 octobre, 2013

Un monde fini ?

20 octobre, 2013

« Je sens que vous allez encore me parler. »

« Il faut bien si l’on veut échanger quelques idées entre nous. Comme des êtres humains. »

« Oui, mais alors, allez y doucement. Pas trop d’idées nouvelles, ça me déstabilise. »

« Si je dis que nous serons bientôt dans un monde fini, ça peut aller ? »

« Ouh là ! C’est trop pour moi, je ne comprends pas bien. Et puis ça sent la réflexion pour assemblée de déprimés. D’abord qu’est-ce que c’est qu’un monde fini. »

« C’est un monde ou les ressources naturelles seront épuisées, où il n’y aura plus de croissance, où on fera du sur-place, obligés que nous serons de faire avec ce qu’on a sans espérer plus. On ne produira plus, il n’y aura plus de travail. »

« C’est bien ce que je disais, vous êtes encore en train de miner le moral. Moi, je n’ai pas envie de penser à un monde fini, d’autant plus qu’il faut que je change de voiture. Vous ne croyez tout de même pas que je vais racheter la vôtre sous prétexte que le monde est fini et qu’on ne produit plus de bagnoles. »

« Soyons lucides. Vous êtes comme tout le monde finalement, vous vivez dans l’opulence les yeux fermés, alors que nous allons tous dans le mur. »

« Bon d’accord, mais avant qu’on en finisse avec le monde, ça m’arrangerait que vous embauchiez mon gamin dans votre entreprise. Comme ça il pourra assister tranquillement à la fin du monde. »

« Je n’ai pas dit que ce serait la fin du monde, j’ai dit que nous allions vers un monde fini. Vous ne comprenez pas grand-chose. C’est-à-dire que nous vivrons bientôt dans des sociétés où le gâteau à se partager ne pourra plus s’accroître, il faudra mieux le partager pour que tous les habitants puissent survivre. »

« Ouh là ! Je n’ai aucune envie de partager ma maison avec qui que ce soit. On me fera des remarques sur mes placards mal rangés et ma façon de tout laisser traîner. Vous trouvez ça agréable, vous ? »

« Ce n’est pas le problème. Vous n’aurez pas le choix sinon les SDF prendront d’assaut votre villa et vous mettront dehors. »

« Alors là, les bras m’en tombent. Vous pourriez me faire part de réflexions plus optimistes. Par exemple, dites-moi que, dans votre monde fini, je pourrai partager vos prochaines vacances sur votre yacht à la Barbade. »

« Euh… non. Je ne tiens pas à partir en vacances avec vous et votre optimisme béat. »

« J’en déduis que le monde ne sera pas fini pour tout le monde puisque vous trouvez encore de l’énergie pour aller vous pavaner sur les mers du Sud. »

« Vous ramenez tout à de basses considérations de jalousie. »