Archive pour le 17 octobre, 2013

Les comédies romantiques

17 octobre, 2013

« J’aime bien les comédies romantiques. Tout est cousu de fil blanc. On est sûr du coup. Au début, l’homme et la femme sont séparés par la vie, souvent ils se disputent… mais tous les spectateurs savent qu’ils finiront ensemble… Il n’y a que les deux protagonistes qui font semblant de ne pas s’en douter. »

« D’ailleurs, ils font tout pour entretenir l’incertitude. A deux minutes de la fin, la jeune femme doit prendre le train pour un très long séjour au pôle nord. Elle ne reverra plus le jeune homme. Le spectateur est aux cent coups. Se serait-il trompé ? La jeune femme est déjà à la gare avec ses valises… Elle va prendre son billet au guichet… et là, pof ! Au dernier moment, le syndicat des cheminots déclenche une grève illimitée, ce qui laisse le temps au jeune homme d’accourir. Il arrive, tout mouillé de chaud dans le hall de la gare, aperçoit la belle et lui déclare sa flamme pour l’éternité. »

« C’est là que le spectateur respire. Il ne s’était pas trompé. Remarquez qu’il y a aujourd’hui des scénarios un peu plus sophistiqué. Par exemple, on peut imaginer que le jeune homme est très riche et la jeune fille très pauvre. La jeune fille se dérobe, elle ne veut pas avoir l’air de s’accoquiner avec le jeune homme à cause de son argent. Le jeune homme fait tout pour avoir l’air pauvre : il l’emmène dans des restaurants pourris ou alors s’habille de vieilles nippes. Pendant ce temps- là, le spectateur trépigne d’indignation : à notre époque, les sentiments ne devraient pas s’embarrasser des différences sociales. Heureusement, le héros ne s’énerve pas et accomplit un exploit qui montre bien qu’il n’est pas intéressé que par l’argent. Par exemple, il sauve un bébé de la noyade au péril de sa vie. La jeune fille est alors rassurée, se marie avec lui et le spectateur peut rentrer tranquille à la maison. »

« Remarquez qu’on a vu l’inverse, ça permet de varier les plaisirs. La jeune fille est très riche et le jeune homme très pauvre. Le père de la jeune fille s’en mêle. Il est intraitable, il veut marier sa fille à un époux fortuné au grand dam du jeune homme pauvre. Le futur époux riche, désigné par la famille, agace tout le monde par son arrogance et bien entendu, la jeune fille ne l’aime pas, mais comme elle a peur de son père, elle est à deux doigts de se résigner. Le spectateur trépigne de rage devant cette injustice. A-t-il bien fait de choisir ce film ? Mais à deux minutes de la fin, dans l’église où le mariage de la jeune fille et du jeune arrogant est célébré, le jeune homme pauvre fait irruption, tout essoufflé. Il brandit dans la main la preuve que le futur époux est un parrain de la mafia. Un frisson d’indignation parcourt l’assistance, le père de la mariée s’évanouit et le spectateur peut rentrer à la maison, bien content.»

« Il n’y a pas des histoires qui se terminent mal ? Par exemple, le jeune homme pauvre n’arrive pas à temps à l’église à cause des embouteillages. Ou bien le jeune arrogant richissime n’est pas de la mafia. On apprend, au contraire que c’est un brave type ? »

« Bin… non, c’est interdit. C’est comme les histoires de gendarmes et de voleurs. Il faut que les voleurs restent des voleurs, sinon le spectateur n’y comprend plus rien. On ne peut pas faire un film ou des gendarmes courent après des gendarmes, ce n’est pas possible. »

« Bon, alors faisons au moins un film où les deux intéressés ne se marient pas à la fin. »

« Euh…non plus. Vous les voyez se dire : bon, eh bin… on va se pacser. Ça n’a pas tout de même le même chic que la scène finale en habits de mariés avec plein de gens autour d’eux qui applaudissent et lancent des grains de riz. »