Archive pour le 10 octobre, 2013

Chacun pour soi ?

10 octobre, 2013

«Alors si je comprend bien, c’est chacun pour soi et Dieu pour tous. »

« C’est vrai, je m’occupe d’abord de mon  bien-être. Je ne suis pas très généreux. J’ai tellement de besoins. Mon bonheur m’est bien plus important que le vôtre. Je ne vois pas pourquoi je me sacrifierais pour vous. »

« Ce serait pourtant sympa. »

« Il faudrait demander à Dieu de vous donner un coup de main. »

« Oui, mais il y a des contreparties. Il faut avoir une vie exemplaire, aider et aimer les autres, rendre des comptes. Ce n’est pas dans mes habitudes puisqu’on est dans le chacun pour soi. Et puis en ce moment je n’ai pas la tête à ça. Je préfère ne pas m’adresser à Lui. »

« Vous avez raison, d’ailleurs je ne lui demande jamais beaucoup de choses de peur qu’il m’oblige à vous aider. »

« Nous sommes en pleine contradiction. Il faudrait faire un effort pour en sortir. Vous me donnez mille euros pour boucler mon mois. J’avertis Dieu que vous vous êtes bien comporté envers moi et vous bénéficiez d’un crédit auprès de lui. »

« Bin… non. Il a horreur du commerce. Il faut aider les autres de manière désintéressée. Pour bien faire, il faudrait que je vous fasse un don sans espoir de retour et en toute discrétion pour ne pas avoir l’air de me vanter de ma générosité. »

« On n’avance pas beaucoup… Vous pourriez être généreux envers moi, et c’est moi qui me chargerais de vanter votre générosité. »

« Vous n’y pensez pas… Pour que tout le voisinage vienne me taper de mille euros !!! Il n’en est pas question.»

« Eh bien alors, vous me donnez mille euros et je parlerai partout de votre pingrerie en soulignant le fait que vous auriez pu m’en donner deux mille. »

« Je préférerais qu’on en reste à chacun pour soi, je ne me prends pas pour Dieu. Il me manque une dimension spirituelle. Et puis si je vous donne de l’argent, vous seriez obligé de m’aimer, et peut-être de m’admirer. »

« Pas du tout, votre geste sera très humiliant pour moi. On dirait vraiment que je vous fais pitié. Qu’est-ce que vous faites de ma dignité ? »

« Ça commence à être compliqué. Ecoutez : je vais vous prêter de l’argent à un taux parfaitement usuraire, comme ça votre dignité sera préservée, vous pourrez dénoncer mon âpreté au gain dans le quartier, je ne prendrais pas la place du Bon Dieu et en plus, ce sera tout bénéfice pour moi. »

« On pourrait peut-être imaginer un prêt sans remboursement. C’est une solution qui me conviendrait davantage. »