Archive pour le 6 octobre, 2013

Une journée idéale

6 octobre, 2013

« Imaginons ce qui pourrait être une journée heureuse pour vous. »

« Bon d’accord, ça m’intéresse. »

« Ça commence au petit déjeuner… »

« Alors là, ça va mal débuter : Josiane oublie toujours de racheter du café… »

« Eh bien, non. Non seulement, vous vous levez, attiré jusqu’à la cuisine par une bonne odeur de café chaud, mais en plus Josiane ou vos gamins sont descendus pour vous acheter des  croissants. »

« Ce serait un exploit…. Jérémy et Nadine attendent plutôt leur pitance, l’œil morne, avachi sur leur tasse, comme deux bovins devant leurs râteliers. »

« C’était une supposition. Continuons… vous prenez le bus. Il n’y a pas trop de monde, vous pouvez vous asseoir et entrer doucement dans la réalité quotidienne de la ville… »

« Moi, je veux bien, mais en général le bus est bourré. Je suis collé à une ménagère qui dégage un fumet insistant de mauvais parfum ou alors je suis carrément assis sur les genoux d’un gamin qui passe son temps à téléphoner aux copains qu’il va rejoindre dans le prochain quart d’heure. »

« Ce n’est pas grave, poursuivons notre journée idyllique. Vous arrivez à votre bureau bien décidé à empoigner vos dossiers. Votre chef arrive et vous félicite chaleureusement pour votre exposé de la veille. Mais voici qu’il a un nouveau problème urgent sur les bras, il vous dit que vous seul, grâce à votre expérience, pourra le tirer de l’embarras. Immédiatement, fier d’être indispensable à votre hiérarchie, vous vous rendez disponible… »

« Faux…  dès qu’il y a une occasion de se faire remarquer par la direction, c’est Duchemin qui saute dessus. Je ne sais pas comment il fait, mais il est averti avant tout le monde… »

« Admettons…. A midi, vous vous rendez, content de vous, à la cantine. Le menu est simple et léger, tout à fait ce qui vous convient pour bien terminer la journée. Vous installez votre plateau à côté de celui de Madame Bouquet, du service compta. Une conversation agréable s’en suit sur les vacances des uns et des autres… »

« Bin non… le plat le plus léger de la cantine, c’est le couscous du jeudi et la mère Bouquet passe son temps à gémir sur son sort… »

« Bon, l’après-midi, vous vous distinguez par la pertinence de vos remarques dans une réunion de service… »

« Non plus, c’est Mollard et Boudin qui monopolisent la parole pour se plaindre de leur manque de moyens et de leur surcharge de travail. »

«  Bon … alors le soir, vous rentrez au bercail familial, heureux et fourbu, mais avec le sentiment du devoir accompli. Vous avez durement travaillé pour nourrir votre famille comme il se doit. Votre femme et vos enfants vous en sont reconnaissants et vous le montrent dès votre arrivée… »

« Ça m’étonnerait… Josiane est à la piscine, Jérémy répète avec son groupe de rock et Nadine dort chez sa copine. »