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C’était mieux avant ?

3 octobre, 2013

« Dans le temps, la question de l’honneur était très importante. Dès qu’on estimait son honneur écorné, on provoquait en duel. On y perdait éventuellement la vie, mais tout valait mieux que de voir son honneur foulé au pied. »

« Oui, maintenant les choses ont changé. Si vous mettez votre honneur en avant, vous allez passer, au mieux, pour un individu très susceptible et au pire pour un emmerdeur de première classe. Baisser la tête et ravaler ses blessures d’amour-propre est bien vu. »

« Autrefois, on faisait aussi grand cas de la tradition familiale. On alignait pieusement les portraits de ses ancêtres dans la montée d’escalier de la demeure familiale. »

« Aujourd’hui, c’est compliqué avec toutes ces familles recomposées, les gamins descendent de beaucoup de gens. On ne peut pas mettre les portraits de tout le monde dans son salon. De toute façon, il faut d’abord établir un arbre généalogique, ce qui devient compliqué. »

« Ça devient difficile d’accrocher des portraits dans la demeure familiale, vu que la mobilité géographique devient la règle.  Vous habitez Perpignan un jour, Clermont-Ferrand le lendemain et Dunkerque la semaine suivante. »

« Eh oui, l’attachement au terroir des ancêtres a disparu ! On ne peut plus dire qu’on est de telle région… Et puis si vous êtes né dans une ville, c’est quasiment un hasard. Le lendemain de votre naissance, vous auriez très bien pu naître à l’autre bout du pays, si la trajectoire des mutations de vos parents l’avait décidé ainsi. »

« On n’attache plus assez d’importance à la renommée de son nom et de sa famille. Il y a quelques siècles, chaque foyer avait son blason. Essayez donc aujourd’hui de peindre votre blason familial sur le capot de votre voiture… Outre quelques quolibets, vous devrez encaisser une moins-value d’au-moins 5000 euros à la revente. »

« Nous avons beaucoup moins de classe que nos ancêtres. Ils n’en fichaient pas une rame, mais ils savaient vivre. Maintenant, on bosse comme des fous et on passe le reste du temps à être fatigués. C’est le progrès ! »

« Oui, mais apparemment vos ancêtres étaient plutôt du côté de la noblesse. Quand on descend d’une longue lignée de serfs et d’esclaves, on est habitué à bosser et à n’avoir rien, même pas un peu de classe ! »

« On pouvait être esclave et avoir de l’honneur à défaut de biens. Voyez Spartacus. »

« Euh… oui, mais ça se termine mal. »

« Remarquez qu’on a coupé la tête aux nobles à une certaine époque. Ce n’était pas terrible non plus. »

« Finalement on a le choix entre être prêt à donner sa vie pour son nom et sa famille, et donner sa vie en bossant comme un dingue pour son patron. C’est gai. »

« Heureusement, le progrès est là : la télé, internet, la Ligue 1, l’i-phone… »

« Je ne vois pas ce que ça change. »

« Ça permet de se distraire et de ne pas penser au côté misérable de la condition humaine. »

« Vous avez raison… on va au match, samedi soir ? Apportez de la bière, on se marrera… »