Archive pour le 1 octobre, 2013

Faut-il être parfait ?

1 octobre, 2013

« J’ai horreur de la perfection. »

« C’est pourtant bien la perfection. C’est mieux que la médiocrité. »

« Dans une maison où tout est rangé de manière parfaite, je me sens mal à l’aise. On a l’impression que ce n’est pas habité, comme si on se trouvait dans un catalogue aux pages de papier glacé. »

« Bon d’accord, mais quand on voit votre souk… on se demande comment vous retrouvez vos affaires. »

« A l’instinct, comme le chat ou le chien retrouve automatiquement son écuelle. Quand tout est rangé, c’est une catastrophe, je perds tout. »

« Comment ça se fait ? »

« Pour ranger, il faut une logique de rangement. Et pour retrouver vos affaires, il faut se souvenir de la logique que vous avez employée. Lorsque vous êtes pressé, vous n’avez pas forcément envie de compulser les trois pages de votre plan de classement pour vous souvenir de l’endroit où vous avez classé vos factures EDF. »

« Bon… enfin, il y a des moments où on a besoin d’un peu d’ordre dans ses  affaires. Et puis, la perfection c’est aussi le soin que l’on apporte à l’endroit dans lequel on vit. »

« Là, nous abordons la douloureuse question du ménage. Moi, je m’oblige à ne pas me préoccuper du ménage plus d’une fois par semaine, sinon ça devient de l’esclavage, et l’esclavage a été aboli. »

« Eh bien, ça doit être propre chez vous ! »

« Pas trop, d’autant plus que je nettoie en gros. Rien ne vaut qu’on se casse le dos pour aller dépoussiérer des endroits inaccessibles. »

« Mais vous ne trouvez pas que c’est agréable des endroits qui respirent le frais et le net. »

« Euh… si à la rigueur, mais des maisons qui sentent le vieux et l’usager, ça a du cachet  et de l’authenticité. C’est chargé d’histoire. Vous n’êtes pas un peu ému quand vous venez chez moi ?»

« Pas vraiment. Bon… alors, on pourrait parler de la perfection dans les rapports humains, non ? »

« Euh… non, ça m’énerve aussi. Quand quelqu’un est trop poli, trop bien habillé ou trop lisse, j’ai envie de lui casser la figure pour lui apprendre à être imparfait. Tout le monde devrait être comme moi. Il y a toujours un petit quelque chose qui ne va pas chez moi, j’y tiens. J’oublie de saluer quelqu’un ou je me gratte l’oreille en public ou alors je renifle fortement ou alors j’ai oublié de repasser ma chemise. »

« Vous n’êtes pas très agréable. »

« Oui, mais on sent tout de suite que je suis humain. On a l’impression de pouvoir se laisser aller avec moi, puisque j’en fais autant avec les autres. »

« Euh… bin, je vous remercie de cette conversation. J’aperçois le Mercier là-bas, lui il porte une chemise qui n’est pas froissée et il ne se gratte pas tout le temps l’oreille. »