Archive pour septembre, 2013

Une affaire d’honneur

10 septembre, 2013

« Puisque c’est comme ça, je vous provoque en duel. L’épée ou le pistolet ? Mes témoins rencontreront les vôtres. »

« Bin… non, les duels c’est interdit par la loi. »

« Ah bon ? C’est donc pour ça que personne ne veut se battre avec moi. C’est gênant. Dans le temps, on savait en découdre. Comment règle-t-on les questions d’honneur maintenant ? »

« On discute entre individus civilisés. »

« Ça ne me convient pas. Si vous avez sali mon honneur, je ne me considère pas comme vengé en vous le disant. Vous devez souffrir. »

« On a le droit de s’insulter un peu, si on a du vocabulaire. En choisissant bien ses mots, on peut provoquer des blessures d’amour-propre, c’est déjà pas mal. »

« C’est un peu juste. A-t-on encore le droit de se taper dessus ? »

« A la rigueur, mais il faut faire ça discrètement pour être sûr de ne pas être accusé de coups et blessures. Ça peut entrainer des ennuis interminables. »

« C’est compliqué, maintenant. »

« Si je vous agresse, vous pouvez aussi utiliser l’arme du silence. C’est très agressif le silence. Si vous l’accompagnez d’un regard noir et perçant, je comprendrai que vous me mépriser profondément. »

« C’est contraire à mon code de l’honneur. Et puis, le regard noir, je ne sais pas bien faire. J’ai toujours une flamme de gaité au fond des yeux. »

« Je comprends… Ce n’est pas facile de mépriser. »

« Ça ne me dit pas comment je lave mon honneur. Moi, je ne veux pas rester avec ma tâche. »

« Vous pouvez essayer de me déshonorer en jetant l’opprobre sur mon nom. Par exemple, vous dites que j’ai un compte en banque à Jersey pour échapper à la loi française. C’est défendu et en plus, on me regardera comme un mauvais citoyen dans la rue. »

« C’est pas mal, mais vous pourriez aussi vous promenez avec un écriteau pendu au cou. Comme ça, les enfants pourraient vous jeter des cailloux. Les parents vous insulteraient. Bon enfin… votre affaire de compte, ça me va. »

« Le seul problème c’est que je n’ai pas de compte à l’étranger. »

« Vous le faites exprès ? J’essaie de vous arranger et vous vous défilez. Comment je fais ? je vous signale que mon honneur attend réparation. »

« A propos, qu’est-ce que je vous ai fait ? »

« Vous m’avez dit que j’étais susceptible, devant tout le monde. J’en suis froissé. »

Un esprit torturé

9 septembre, 2013

Il avait la langue bien pendue

C’était un bourreau des cœurs.

Il brûlait de conquérir les femmes

Sans se préoccuper de leurs tourments,

En exécutant un numéro de séduction

Ou en montrant ses estampes, hautes œuvres de l’art japonais.

Au début, elles ne lui soumettaient pas de questions.

Mais à la fin, elles s’étranglaient parfois de fureur

Même si certaines se sentaient écartelées par leurs contradictions

Ou torturées par leurs sentiments.

Alors, ces vacances ?

8 septembre, 2013

« On avait une vue sur la mer, sur le balcon, en se haussant sur la pointe des pieds. »

« C’est pas si mal que ça, moi j’avais la ligne de chemin de fer sous mes fenêtres. »

« La plage la plus proche était à cinq cent mètres. Mais c’était des galets, ça faisait mal aux pieds. Enfin bref, on a pu prendre des coups de soleil tranquillement. »

« Moi j’étais « les pieds dans l’eau »… selon le propriétaire. Il fallait juste avoir de grands pieds. »

« A midi, on mangeait des pizzas et on buvait des Cocas sur la plage… Une vrai vie de patachon, quoi ! »

« Moi, à midi, il fallait que j’aille chercher les gamins au club Mickey, puis qu’on leur fasse des pâtes. Ils avaient l’air très content. »

« L’après-midi, Josiane avait envie de faire les boutiques du front de mer. On a rapporté de merveilleux coquillages. Ils sont dans ma bibliothèque.»

« Vous ne faisiez pas de sieste ? C’est un moment sacré, qu’est-ce que j’ai pu en écraser ! Je me suis bien reposé. Remarquez… j’en avais besoin. Et le soir, vous faisiez quoi ? »

« On allait manger une pizza en regardant le soleil se coucher derrière la gare. Grandiose, je vous dis. On n’a pas ça chez nous ! »

« De notre côté, il y avait souvent des concerts gratuits. Pour ce prix-là, il fallait rester debout, mais on a pu revisiter le répertoire de Claude François et de Sheila. Qu’est-ce qu’on s’est amusé ! »

« Vous n’avez pas fait quelque chose de culturel ? »

« On a visité l’église du village. C’était assez émouvant, ces vieilles pierres, ces vitraux, quelle audace architecturale ! »

« Mais vous avez la même dans votre quartier. »

« Ah bon ? Mais, elle n’est pas au bord de la mer. Et vous comment vous êtes-vous enrichi culturellement ? »

« On allait chaque semaine, au marché local… il y avait plein de marchands avec l’accent du midi… »

« Euh…. Si vous pouviez ne pas imiter l’accent du Midi… Merci. Et en quoi, était-ce un moment de culture ? »

« Bin… parce que leur faconde et leur ton bonimenteur, ça sentait bon le terroir, c’était la vraie vie, avec de vrais gens. Ce n’est pas comme au bureau. »

« Si je comprends bien, c’était un marché coloré comme on n’en voit plus beaucoup dans nos provinces. »

« Euh… bin…. Non, c’était au rayon poissonnerie de l’hypermarché du coin. »

Eh bien, ça alors…

6 septembre, 2013

C’est stupéfiant tous ces stupéfiants.

J’en suis bluffé dit le buffle.

J’en reste bouché bée, affirma le boucher.

La méduse est médusée.

L’équilibriste tombe de haut.

L’inuit trouve ça inouï.

Jean est épaté en dégustant son pâté.

Thomas est estomaqué.

Son épouse est époustouflée.

Vive les voyages !

5 septembre, 2013

« Comment ça ? Vous n’aimez pas les voyages ? »

« Bin…non ! C’est mal ? »

« C’est grave. C’est un peu comme si vous n’aimiez pas aimer la crème caramel de la cantine. C’est absolument inconcevable.  Qu’est-ce qui vous dérange dans les voyages ? »

« J’ai horreur de l’ambiance des gares ou des aéroports. C’est glauque. On tombe souvent sur des gens louches qui ont toujours l’air d’en vouloir à votre portefeuille. Ou alors des personnes tristes qui ont de la peine de quitter leurs proches ; moi, la tristesse des autres, ça me mine le moral. »

« Vous êtes spécial. »

« Et puis en outre, j’ai toujours peur de me tromper de train ou d’avion. Si je me retrouve à Brest au lieu de Toulon, j’aurais l’air malin. »

« Oui, mais enfin que faites-vous du dépaysement du plaisir de la découverte de monuments anciens, d’églises, de vestiges… ?»

« Je rembourse ma maison depuis vingt ans, ce n’est pas pour m’enfuir dès que je peux. Quant aux monuments, je ne vais jamais à l’église qui est au bout de la rue, alors je ne vois pas pourquoi  j’entrerais dans celles d’Istanbul ou de Dakar. »

« Et rencontrer de nouvelles populations ? C’est enrichissant. Il faut vous bouger un peu, mon vieux. »

« Euh… non. J’ai déjà du mal à trouver un sujet de conversation avec mon voisin. Alors aller tailler une bavette avec un tibétain ou un Kazakhe… qui, en plus, ne parleront surement pas français… »

« Bon… prenons le problème autrement : vous pourriez commencer par un voyage organisé, encadré par un accompagnateur qui vous faciliterait la tâche. »

« Non, ça ne me convient pas non plus. L’idée de me trouver dans un troupeau sous la houlette d’un guide qui raconte les mêmes histoires depuis dix ans, aux mêmes troupeaux de touristes ignares, me révulse. »

« Eh bien avec vous, l’industrie touristique a du souci à se faire ! Pourtant, les séjours en hôtel sont confortables maintenant. Vous ne devriez pas être trop déstabilisé… »

« Euh… oui, à condition de ne pas se faire enlever par des rebelles avides d’argent frais, dans des contrées lointaines… »

« Essayez l’Hôtel de la Plage à Palavas, je n’ai pas entendu parler de soulèvement populaire dans ce coin. Vous devriez être tranquille, personne ne veut y aller. Vous pouvez vous dispenser de la visite des églises locales. A part vos arrêts sur les aires de repos de l’autoroute, vous ne devriez pas rencontrer de personne qui ait l’air louche ou triste. »

Un joli bouquet

4 septembre, 2013

Louis est piquant comme un chardon.

Il aurait intérêt à se montrer plus lisse.

Il se croit immortel.

Il aime Marguerite

Ou peut-être Rose

Et Violette.

Il leur fait des coucous.

Il dit qu’elles sont les reines des prés.

Aux autres, il tire une gueule de loup.

Il ne se couvre pas des lauriers de la renommée.

On peut se faire du souci pour lui.

Aujourd’hui, tout se complique

3 septembre, 2013

« On se demande ce que les gens ont dans la tête. »

« Bin… non, moi je ne me le demande pas. Avec les millions de neurones qui s’agitent en tous sens dans un crâne, il n’est pas possible de chercher à comprendre. Je ne suis même pas capable de maîtriser ce qui se passe dans ma propre tête …alors, les autres… »

« Oui, mais enfin, on a tous un minimum de réactions rationnelles : manger, boire, dormir..   »

« Les chats et les chiens aussi, ce sont des instincts de survie. Le jour où vous n’avez plus envie de boire, manger, dormir, vous êtes mal barré. »

« Bon, mettons de côté les instincts primaires. Il reste quand même qu’on a tous envie de plaisir et pas la moindre intention de s’infliger de la peine. »

« Sauf qu’on peut trouver pas du plaisir dans la souffrance comme les coureurs du Tour de France ou de la peine dans le bonheur, comme les gens qui deviennent fous après avoir gagné au loto. »

«Vous avez raison. Tout se mélange facilement. Plus personne ne s’y retrouve. Et en plus, tout est beaucoup plus compliqué que dans le temps. Par exemple, autrefois, il y avait les croyants et les incroyants à la religion, maintenant on peut être entre deux, on doute, on évolue. Avant, on avait le foyer familial où les parents vivaient avec les enfants, maintenant on peut avoir deux ou trois maisons… »

« A qui le dites-vous ! Moi je suis marié mais plus vraiment marié sans être divorcé, si vous voyez ce que je veux dire…  il y a des jours où je ne vois plus rien…  Du temps de nos pères, on était chômeur ou salariés, c’était simple. Eh bien non, il faut faire compliqué maintenant, vous pouvez être sans travail, mais travailler quand même un peu, pas trop… »

« Tout ça m’embrouille l’esprit…. Tenez, avec le développement du crédit, on ne sait plus à qui appartiennent les choses. Vous pouvez rouler plusieurs années dans votre voiture qui n’est pas à vous. Ou bien habiter dans la maison de votre banque jusqu’à la fin de votre vie. »

« Il y a pire. On ne peut même plus avoir d’opinion politique. Avant, on était à droite ou à gauche. Maintenant on change de camp comme de chemise. Allez comprendre..  »

« Et les retraités ? Dans le temps, quand on partait à la retraite, on était vieux. Maintenant, on peut être un jeune retraité. C’est bizarre…  D’ailleurs, on est en train de reculer l’âge de la retraite, pour être sûr qu’on soit vieux quand on y arrive. »

« Et le commerce, vous vous rendez compte ? Il y a cinquante ans, on allait chez le boulanger pour acheter sa baguette, bavarder un peu, perdre son temps… Maintenant, vous vous achetez une machine et vous faites votre pain chez vous, dans votre coin, sans pouvoir faire la causette ou alors à votre chien…Quelle tristesse ! »

« Bon, pour oublier cette morosité, je pars en vacances. Vous êtes juilletiste ou aoutiens, vous ? »

Encore un très mauvais poème !

2 septembre, 2013

Il n’est pas grand

C’est flagrant

Mais on dirait Gary Grant.

C’est un migrant.

Qui prend son café dans un mazagran

Comme lui a appris sa mère-grand

Qui a épousé Monsieur Legrand .

Tout en ses fourrures tigrant.

Ne soyons pas dénigrants.

Il faut nous mettre sur pause

1 septembre, 2013

« Vous travaillez trop vite. C’est nuisible à l’emploi. »

« Ah bon ? Comment ça ? »

« Bin…oui, si vous travaillez comme quatre, vous mettez trois autres personnes au chômage. En plus, vos collègues de travail ont l’air de paresseux. Vous êtes dangereux pour tout le monde. »

« D’accord, mais je ne sais pas travailler plus lentement. »

« Prenez des pauses. La pause café, la pause cigarettes, la pause syndicale, la pause de midi, la pause plainte… »

« C’est quoi la pause-plainte… »

« C’est pas compliqué, ça consiste à passer dans tous les bureaux pour vous plaindre d’avoir trop de boulot. C’est très performant : ça prend beaucoup de temps… »

« On a le droit de faire ça ? »

« Je le pense puisque tout le monde le fait. Vous pouvez aussi faire trainer les réunions improductives en posant des questions oiseuses. »

« Ce n’est pas très correct. »

« Il ne s’agit pas d’être correct. Il faut ralentir. C’est aussi votre intérêt car si vous atteignez vos objectifs trop facilement, ils vont être relevés et vous risquez de ne plus y parvenir, auquel cas la porte vous attend et vous augmentez aussi le chômage. »

« Il faut donc être moyen, ne pas se distinguer de la masse… »

« Tout à fait, comme ça en cas de baisse d’activité, vous serez licencié avec les autres. C’est moins stressant. »

« Ne seriez-vous pas en train de m’expliquer que les salariés sont perdants dans tous les cas de figure, par hasard ? »

« Je croyais que vous le saviez. »

« Enfin quoi… nos pères et grands-pères pouvaient passer toute leur vie dans la même entreprise sans problème. »

« Oui, mais on n’avait pas encore inventé le management et la mondialisation. Il faut vous y faire. Pour s’en sortir, il faut adopter le système des pauses. C’est un bon moyen de défense contre la mondialisation, les Chinois ne le pratiquent pas. Ils travaillent trop, trop vite. Leurs produits se vendent très bien. Ils vont saturer les marchés, exaspérer tout le monde et au final ils seront bien obligés d’y venir. On dira qu’ils améliorent enfin les conditions de travail de leurs salariés. C’est donc le moment de prendre de l’avance en s’entrainant aux pauses pour être meilleurs qu’eux dans ce domaine. Allez, au boulot ! »

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