Archive pour septembre, 2013

Le conte du Comte

20 septembre, 2013

Le Prince Ipe n’est pas charmant.

Il a pris le Marquis

Et l’a attaché à un oléoduc.

Le Comte viendra le délivrer car le Comte est bon.

Le Comte est le Roi de la pince-monseigneur.

Auparavant, il doit finir son baron d’agneau.

Et rendre visite à son vignoble.

Le Comte est un gentil homme.

Une nomination espérée

19 septembre, 2013

« Il se chuchote que je vais être nommé. »

« Nommé à quoi ? »

« J’en sais rien. Ce qui est important, c’est d’être nommé. On a l’impression d’être distingué. Que ce soit comme ministre des Anciens Combattants ou chef du Bureau des Horodateurs, c’est pareil. Des gens importants se sont réunis pour penser qu’ils me verraient bien dans cette distinction. »

« C’est en effet très valorisant. »

« Et le fait que ça se chuchote, c’est encore mieux. Ça donne l’impression que cette désignation est d’une grande gravité. On n’en parle pas trop car l’ébruiter pourrait déstabiliser la collectivité. On murmure mon nom simplement, sans être sûr du résultat, tout en le laissant prévoir. »

« Vous avez l’air bien certain de vous. »

« Vous avez raison. Il y a un doute. Il faut d’ailleurs qu’il y ait un doute de façon à ce qu’on pense que j’ai arraché ma nomination de haute lutte devant des adversaires coriaces et très motivés. Ma victoire sera d’autant plus belle. »

« Et si vous étiez battu, vous auriez l’air fin d’avoir laissé entendre que vous alliez être nommé. »

« C’est un risque à prendre. C’est pourquoi je préférerais qu’on dise que cela se chuchote ‘dans les milieux bien informés’. Alors, je serais certain que les gens, chargés de la désignation, auraient parlé. »

« Qu’est-ce que vous allez faire si vous êtes battu ? »

« Je vais me précipiter pour féliciter mon adversaire, en lui laissant entendre que de toute façon, je n’étais pas aussi candidat que certains l’ont prétendu pour la bonne raison que je vise un poste beaucoup plus élevé. Il sera un peu déconfit. D’autant plus que j’aurais laissé fuiter l’information selon laquelle je n’étais absolument pas candidat et que j’ai été le premier surpris qu’on cite mon nom. »

« Et si vous êtes nommé et que votre adversaire tente la même manœuvre. »

« Il n’est pas question que je laisse minimiser ma victoire. D’abord, je lui dirai qu’il a été un candidat valeureux, ce qui situera bien ma performance à ses yeux. Et ensuite, je dirai publiquement que je serais enchanté de travailler avec mon ex-adversaire. On admirera ma largeur d’esprit de lui tendre ainsi la main et d’oublier notre rivalité. »

« Et s’il vous prend au mot, vous serez bien embêté d’avoir à travailler avec lui. »

« Non pas vraiment, car j’aurais présenté les choses de manière à ce qu’il soit clair que c’est moi qui donnerai les ordres et que c’est lui qui sera chargé de les exécuter. » 

Musique !

18 septembre, 2013

Il s’appelait Octave.

Il avait deux femmes : une blanche et une noire.

Il habitait l’ile de Ré.

C’était son sol natal.

Le matin, il coupait son bois avec une scie.

Puis il allait au village à dos d’âne,

Après avoir fermé sa porte à clé.

Plus tard, il prenait soin de la portée de sa lapine.

Il rédigeait des notes pour écrire ses mémoires

Dans la mesure de ses moyens.

Il faut mettre un bémol à cette histoire sans intérêt :

Octave chantait comme une casserole.

L’art du conflit

17 septembre, 2013

« J’ai horreur des conflits. »

« Ce n’est guère courageux. Ce n’est pas viril. »

« Peut-être, mais j’en ai rien à faire d’être viril. Je pense d’abord à me défendre. Dans un conflit, je suis forcément perdant car je suis très émotif. »

« Vous êtes mal barré. Analysons votre problème. Qu’est-ce que vous craignez dans un conflit ? »

« D’abord d’être gravement blessé. Surtout dans mon amour-propre, ce sont les blessures les plus douloureuses et les plus longue à cicatriser. »

« Il faut vous forger une carapace. Et puis ensuite, il faut blesser les autres. C’est œil pour œil, dent pour dent… »

« C’est peut-être un peu primitif, non ? »

« C’est comme ça que ça se passe. Avant de s’engager dans un conflit, essayez de rassembler des armes contre votre adversaire. Trouvez quelque chose de bien sordide dans son passé pour lui balancer dans le figure au moment décisif. Si vous n’avez rien, vous allez au massacre… »

« C’est que je n’aime pas bien blesser les autres et encore moins ramasser mes arguments dans le caniveau, j’ai l’impression de me salir… »

« Ce que vous pouvez être délicat ! Si vous avez un vrai conflit, il ne faut pas être trop regardant. Détectez les points faibles de votre adversaire et appuyez bien fort ! Et puis surtout hurlez plus fort que lui. »

« C’est complètement animal. Et puis, je veux bien hurler, mais je ne sais pas toujours ce qu’il faut hurler. Pour bien hurler, il faut des phrases courtes, alors que j’ai toujours des raisonnements longs à l’esprit, ça me désavantage fortement dans les phases d’hystérie collective. »

« Il faut apprendre à faire bref pour bien crier sur votre partenaire. »

« Et puis je manque de répartie. Moi, j’ai besoin de réfléchir. Mes meilleurs arguments arrivent longtemps après la dispute. »

« Bon, si je comprends bien, pas moyen de s’engueuler avec vous. Vous n’êtes pas très convivial. Un peu fruste, dirais-je même. »

« Bin… je m’excuse. Je préfère le dialogue intelligent à la violence verbale. On peut ne pas être d’accord et se le dire respectueusement. »

« Avec ce genre d’état d’esprit, vous n’êtes pas près de vous faire votre place. Il faut dominer vos adversaires pour qu’ils vous respectent. Une fois que vous les aurez bien houspillés, on n’aura peut-être pas beaucoup avancé, mais vous passerez pour un mec à qui on ne marche pas sur les pieds. »

Pourvu qu’on est l’ivresse

16 septembre, 2013

La nuit est partie.

Avec son café noir,

Il prend une tartine beurrée

Pourtant la baguette n’est pas assez cuite.

Avant de s’enfoncer dans le petit matin gris

Il fait le plein d’essence.

Le gazole augmente : il n’a plus un rond.

Il prendra le bus même s’il est bourré

Avec un bon livre.

Dans l’attente

15 septembre, 2013

« Moi, je n’aime pas attendre. »

« Ah bon, pourquoi ? »

« Parce que des pensées négatives m’envahissent quand ça dure trop longtemps. Par exemple quand j’attends le bus qui tarde, je pense qu’il a eu un accident, que je vais être en retard au bureau et que ça va faire encore un tas d’histoires. Ou alors quand j’attends chez le médecin, je me figure que le patient qui passe avant moi a une maladie très grave et inconnue qui va laisser le médecin pantois pendant des heures !! »

« Je vois… Vous n’êtes guère optimiste. Mais on peut attendre positivement en regardant la vie autour de soi… Les gens dans votre abri de bus par exemple. Il y en a qui téléphonent, d’autres qui rigolent, d’autres encore qui ne pensent à rien… Enfin, qui ont l’air de penser à rien, car c’est très difficile de penser à rien… Bref, tout ça, c’est la vie… C’est intéressant, non ? »

« Bof. Moi, j’ai toujours l’impression que les autres ont moins de problèmes que moi. C’est assez agaçant, d’ailleurs. Le pire, c’est quand le bus arrive… il  y a un instant stressant, c’est celui où il faut se positionner sur le trottoir de manière à être parmi les premiers à monter. Moi, je rate mon coup à chaque fois, si bien que non seulement j’ai attendu, mais je ne suis pas sûr de monter ou alors en prenant le risque d’être découpé par la porte. »

« Mais il y a quand même des moments de soulagement. Par exemple quand le médecin vous accueille après vous avoir fait attendre pendant deux heures. »

« Bin… non, ce n’est pas certain. Moi, j’ai toujours le sentiment qu’il a été tellement contrarié par la maladie incurable du patient précédent qu’il va trouver ridicule mes petits bobos de rien du tout. Peut-être qu’il va me dire que je lui fais perdre son temps. »

« Evidemment … dans ces conditions… Essayez de penser à l’attente de la nuit de Noël quand vous étiez enfant. C’était un moment excitant et heureux. »

« Pas tellement, mon père ne voulait pas que je crois au Père Noël, je n’étais donc pas très excité. Et puis, je pensais surtout au lendemain, c’est-à-dire au jour où je n’attendrai plus rien. C’est assez déprimant de ne plus rien attendre de la vie. »

« Moi, j’ai bien aimé attendre mon gamin pendant neuf mois. Penser à ce que je ferai avec lui. Penser à son avenir… »

« Et maintenant, vous êtes bien avancé !… Il vous donne satisfaction ? »

« Euh…. Il est un peu coquin de temps en temps, mais enfin… »

« C’est ça le problème. Quand on attend des choses heureuses, on est déçu soit parce que la réalité est moins joyeuse, soit parce qu’une fois que l’évènement est là, on n’a plus le plaisir d’attendre des choses heureuses. Le mieux c’est d’avoir l’attente pessimiste, comme ça, soit on peut avoir une issue heureuse, soit l’évènement est défavorable et on ne regrettera pas de ne plus être dans l’attente d’un évènement aussi nuisible. »

Nos mauvais poèmes

14 septembre, 2013

De rage, son père est vert

Lorsque Louis a, dans le nez, un verre.

Dans ces moments-là, Louis part pour écrire des vers

Et cueillir des primevères

Après s’être acheté un nouveau pull-over

Qu’il enfile à l’envers.

Puis, il va de châteaux en châteaux,  chante comme un trouvère

Et  demande le gîte et le couvert.

Surtout pendant l’hiver.

Vive le Roi !

13 septembre, 2013

Jean est  dentiste : il pose des  couronnes.

C’est le roi de la roulette.

Il gagne sacrement bien sa vie.

Il aime se baigner avec des dauphins

Ainsi que faire de la bicyclette, la petite reine.

En rentrant il passe de la cire sur son parquet

Pour pouvoir glisser avec majesté sur ses patins.

Il ne préoccupe pas beaucoup des problèmes de la dette souveraine.

Errare humanum est

12 septembre, 2013

« Il faut savoir changer d’avis et reconnaître ses erreurs. »

« Surtout quand on se trompe. »

« Je le dis souvent : errera humanum est, perseverare diabolicum. Ça me permet de faire étalage de ma culture latine. »

« Savoir reconnaitre qu’on s’est trompé exige une grande ouverture d’esprit. »

« Il ne faut tout de même pas se tromper tous les jours dans tous les domaines. »

« Vous avez raison, moi je ne reconnais pas toutes mes erreurs sinon je ne m’en sortirais pas. J’admets m’être trompé quand ça n’a pas de conséquence néfaste pour moi.   Par exemple, je pensais que la reprise économique allait nous arriver de Chine. Eh bien, c’est faux ! Il parait que les Chinois dépriment. »

« Et vous trouvez que ça n’a pas de conséquence néfaste pour vous et pour moi. C’est un évènement considérable.»

« Bin… non puisqu’on est dans la crise… un peu plus, un peu moins… »

« Soit… mais vous devriez faire attention au public  devant lequel vous reconnaissez vous être trompé. Reconnaître des erreurs au bureau n’est pas très prudent, surtout si vous en faites beaucoup. Vous passerez peut-être pour quelqu’un d’honnête, mais vous pouvez faire une croix sur vos promotions et vos primes d’efficacité. Elles iront à ceux qui ne reconnaissent rien du tout et qui savent affirmer péremptoirement  leur opinion, même si elle et complètement idiote. En revanche, si vous avez oublié l’horodateur, vous pouvez très bien vous couvrir la tête de cendres devant le contractuel qui vous verbalise. Avec un peu de chance, il se sentira investi d’un pouvoir supérieur sur vous et se valorisera à ses propres yeux en faisant preuve de mansuétude. »

« Ça ressemble à de la manipulation votre affaire. Quand on reconnait un comportement erroné, cela doit être gratuit. On doit se frapper la poitrine courageusement, sans espoir d’en tirer un profit futur. »

« Euh… oui, alors là, il ne faut pas exagérer. Je veux bien me dire en moi-même que je me suis trompé… Mais de là à réunir tout le quartier pour expliquer que je suis complètement nul, pour le seul plaisir de se ridiculiser… »

« Vous n’avez pas besoin de la claironner, mais au détour d’une conversation vous pouvez dire sobrement que le comportement de l’économie chinoise a surpris vos prévisions et qu’il faut que vous reconsidériez vos positions sur l’évolution de l’économie mondiale. »

« C’est pas mal… Comme ça, je ne passe pas pour un idiot. « 

« Ceci dit, les gens s’intéressent plus à leur porte-monnaie qu’à celui des chinois. »

« Vous êtes sûr de ne pas vous tromper ? »

L’argent, toujours l’argent

11 septembre, 2013

Maria ne faisait pas tous les jours ses commissions.

Elle préférait faire les soldes.

Dans la foule, elle subissait souvent des mauvais traitements.

Après lesquels, elle devait prendre un cachet d’aspirine.

Son mari s’impatientait lorsqu’elle n’était pas encore revenue.

Il  était consul honoraire.

Apre au gain,

Il ne se payait pas de mots.

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