Archive pour le 19 septembre, 2013

Une nomination espérée

19 septembre, 2013

« Il se chuchote que je vais être nommé. »

« Nommé à quoi ? »

« J’en sais rien. Ce qui est important, c’est d’être nommé. On a l’impression d’être distingué. Que ce soit comme ministre des Anciens Combattants ou chef du Bureau des Horodateurs, c’est pareil. Des gens importants se sont réunis pour penser qu’ils me verraient bien dans cette distinction. »

« C’est en effet très valorisant. »

« Et le fait que ça se chuchote, c’est encore mieux. Ça donne l’impression que cette désignation est d’une grande gravité. On n’en parle pas trop car l’ébruiter pourrait déstabiliser la collectivité. On murmure mon nom simplement, sans être sûr du résultat, tout en le laissant prévoir. »

« Vous avez l’air bien certain de vous. »

« Vous avez raison. Il y a un doute. Il faut d’ailleurs qu’il y ait un doute de façon à ce qu’on pense que j’ai arraché ma nomination de haute lutte devant des adversaires coriaces et très motivés. Ma victoire sera d’autant plus belle. »

« Et si vous étiez battu, vous auriez l’air fin d’avoir laissé entendre que vous alliez être nommé. »

« C’est un risque à prendre. C’est pourquoi je préférerais qu’on dise que cela se chuchote ‘dans les milieux bien informés’. Alors, je serais certain que les gens, chargés de la désignation, auraient parlé. »

« Qu’est-ce que vous allez faire si vous êtes battu ? »

« Je vais me précipiter pour féliciter mon adversaire, en lui laissant entendre que de toute façon, je n’étais pas aussi candidat que certains l’ont prétendu pour la bonne raison que je vise un poste beaucoup plus élevé. Il sera un peu déconfit. D’autant plus que j’aurais laissé fuiter l’information selon laquelle je n’étais absolument pas candidat et que j’ai été le premier surpris qu’on cite mon nom. »

« Et si vous êtes nommé et que votre adversaire tente la même manœuvre. »

« Il n’est pas question que je laisse minimiser ma victoire. D’abord, je lui dirai qu’il a été un candidat valeureux, ce qui situera bien ma performance à ses yeux. Et ensuite, je dirai publiquement que je serais enchanté de travailler avec mon ex-adversaire. On admirera ma largeur d’esprit de lui tendre ainsi la main et d’oublier notre rivalité. »

« Et s’il vous prend au mot, vous serez bien embêté d’avoir à travailler avec lui. »

« Non pas vraiment, car j’aurais présenté les choses de manière à ce qu’il soit clair que c’est moi qui donnerai les ordres et que c’est lui qui sera chargé de les exécuter. »