Archive pour le 17 septembre, 2013

L’art du conflit

17 septembre, 2013

« J’ai horreur des conflits. »

« Ce n’est guère courageux. Ce n’est pas viril. »

« Peut-être, mais j’en ai rien à faire d’être viril. Je pense d’abord à me défendre. Dans un conflit, je suis forcément perdant car je suis très émotif. »

« Vous êtes mal barré. Analysons votre problème. Qu’est-ce que vous craignez dans un conflit ? »

« D’abord d’être gravement blessé. Surtout dans mon amour-propre, ce sont les blessures les plus douloureuses et les plus longue à cicatriser. »

« Il faut vous forger une carapace. Et puis ensuite, il faut blesser les autres. C’est œil pour œil, dent pour dent… »

« C’est peut-être un peu primitif, non ? »

« C’est comme ça que ça se passe. Avant de s’engager dans un conflit, essayez de rassembler des armes contre votre adversaire. Trouvez quelque chose de bien sordide dans son passé pour lui balancer dans le figure au moment décisif. Si vous n’avez rien, vous allez au massacre… »

« C’est que je n’aime pas bien blesser les autres et encore moins ramasser mes arguments dans le caniveau, j’ai l’impression de me salir… »

« Ce que vous pouvez être délicat ! Si vous avez un vrai conflit, il ne faut pas être trop regardant. Détectez les points faibles de votre adversaire et appuyez bien fort ! Et puis surtout hurlez plus fort que lui. »

« C’est complètement animal. Et puis, je veux bien hurler, mais je ne sais pas toujours ce qu’il faut hurler. Pour bien hurler, il faut des phrases courtes, alors que j’ai toujours des raisonnements longs à l’esprit, ça me désavantage fortement dans les phases d’hystérie collective. »

« Il faut apprendre à faire bref pour bien crier sur votre partenaire. »

« Et puis je manque de répartie. Moi, j’ai besoin de réfléchir. Mes meilleurs arguments arrivent longtemps après la dispute. »

« Bon, si je comprends bien, pas moyen de s’engueuler avec vous. Vous n’êtes pas très convivial. Un peu fruste, dirais-je même. »

« Bin… je m’excuse. Je préfère le dialogue intelligent à la violence verbale. On peut ne pas être d’accord et se le dire respectueusement. »

« Avec ce genre d’état d’esprit, vous n’êtes pas près de vous faire votre place. Il faut dominer vos adversaires pour qu’ils vous respectent. Une fois que vous les aurez bien houspillés, on n’aura peut-être pas beaucoup avancé, mais vous passerez pour un mec à qui on ne marche pas sur les pieds. »