Archive pour le 15 septembre, 2013

Dans l’attente

15 septembre, 2013

« Moi, je n’aime pas attendre. »

« Ah bon, pourquoi ? »

« Parce que des pensées négatives m’envahissent quand ça dure trop longtemps. Par exemple quand j’attends le bus qui tarde, je pense qu’il a eu un accident, que je vais être en retard au bureau et que ça va faire encore un tas d’histoires. Ou alors quand j’attends chez le médecin, je me figure que le patient qui passe avant moi a une maladie très grave et inconnue qui va laisser le médecin pantois pendant des heures !! »

« Je vois… Vous n’êtes guère optimiste. Mais on peut attendre positivement en regardant la vie autour de soi… Les gens dans votre abri de bus par exemple. Il y en a qui téléphonent, d’autres qui rigolent, d’autres encore qui ne pensent à rien… Enfin, qui ont l’air de penser à rien, car c’est très difficile de penser à rien… Bref, tout ça, c’est la vie… C’est intéressant, non ? »

« Bof. Moi, j’ai toujours l’impression que les autres ont moins de problèmes que moi. C’est assez agaçant, d’ailleurs. Le pire, c’est quand le bus arrive… il  y a un instant stressant, c’est celui où il faut se positionner sur le trottoir de manière à être parmi les premiers à monter. Moi, je rate mon coup à chaque fois, si bien que non seulement j’ai attendu, mais je ne suis pas sûr de monter ou alors en prenant le risque d’être découpé par la porte. »

« Mais il y a quand même des moments de soulagement. Par exemple quand le médecin vous accueille après vous avoir fait attendre pendant deux heures. »

« Bin… non, ce n’est pas certain. Moi, j’ai toujours le sentiment qu’il a été tellement contrarié par la maladie incurable du patient précédent qu’il va trouver ridicule mes petits bobos de rien du tout. Peut-être qu’il va me dire que je lui fais perdre son temps. »

« Evidemment … dans ces conditions… Essayez de penser à l’attente de la nuit de Noël quand vous étiez enfant. C’était un moment excitant et heureux. »

« Pas tellement, mon père ne voulait pas que je crois au Père Noël, je n’étais donc pas très excité. Et puis, je pensais surtout au lendemain, c’est-à-dire au jour où je n’attendrai plus rien. C’est assez déprimant de ne plus rien attendre de la vie. »

« Moi, j’ai bien aimé attendre mon gamin pendant neuf mois. Penser à ce que je ferai avec lui. Penser à son avenir… »

« Et maintenant, vous êtes bien avancé !… Il vous donne satisfaction ? »

« Euh…. Il est un peu coquin de temps en temps, mais enfin… »

« C’est ça le problème. Quand on attend des choses heureuses, on est déçu soit parce que la réalité est moins joyeuse, soit parce qu’une fois que l’évènement est là, on n’a plus le plaisir d’attendre des choses heureuses. Le mieux c’est d’avoir l’attente pessimiste, comme ça, soit on peut avoir une issue heureuse, soit l’évènement est défavorable et on ne regrettera pas de ne plus être dans l’attente d’un évènement aussi nuisible. »