Archive pour juin, 2013

L’art de la controverse

9 juin, 2013

« Vous êtes de droite ou de gauche ? »

« Je ne sais pas. Comment on fait pour savoir ? »

« Contre quoi vous vous insurgez ? Si vous vous insurgez contre le laxisme, l’égalitarisme, les impôts, vous êtes plutôt de droite. Si vous vous révoltez contre le capitalisme, la Bourse, l’ordre, vous êtes plutôt de gauche. »

« Oh, vous savez, moi je ne m’insurge plus beaucoup. J’essaie de survivre. »

« Eh voilà ! Il y a toujours des gens qui essaient de faire les malins en disant qu’ils ne sont ni d’un coté ni de l’autre. Ou qu’il y a du bon dans tous les partis. Ça ne va pas. C’est comme si on disait qu’on est à la fois thé ou café. Il faut prendre parti. »

« Moi, j’aime le thé et le café. Le thé pour son arôme discret et le café pour sa bonne odeur de moka qui me flatte les narines le matin. »

«  Vous êtes au plus mal ! Comment voulez-vous vivre dans ces conditions ? Pour exister, il faut vous opposer à quelque chose ou quelqu’un ! Par exemple, vous préférez la mer ou la montagne ? C’est pas compliqué ça ! »

« J’aime bien les deux. »

« Vous n’êtes pas raisonnable. Soit vous avez envie d’attraper mal au pied en faisant de longues courses en montagne, soit vous frémissez d’aise à la pensée de vous entasser sur la plage pendant des heures aux cotés de gens que vous ne connaissez pas, tout en chopant des mycoses. C’est ça le choix ! Et il est défendu de dire qu’on préfère rester chez soi ! »

« Bon, je vais faire un effort : je préfère le soleil à la pluie. C’est bon, là ? »

« Bin non ! Vous aimez mieux le beau soleil d’été au milieu d’un beau ciel d’azur. Ou bien le discret soleil  qui jette ses derniers feux à travers les feuillages empourprés de l’automne finissant, »

« Euh… je sais pas. Moi j’aime quand la nature me donne envie de prendre l’air : c’est tout ! »

« Ce n’est pas avec ça qu’on va pouvoir se disputer. Moi j’aime bien avoir des interlocuteurs de mauvaise foi avec qui je peux me prendre le bec et leur faire prendre conscience de leurs contradictions. Si vous dénouez les contradictions avant même que j’ai eu le temps de m’en occuper, vous ne m’arrangez pas. »

« Mais si je dis que je suis de droite, ce n’est pas une contradiction, c’est une conviction. »

« Les convictions, c’est ennuyeux, c’est inattaquable. Aussi, je me ferai un plaisir de vous démontrer que votre conviction repose sur des contradictions. Et vous serez bien embêté d’être de droite. Ne vous en faites pas, si vous vous dites de gauche, je ferai la même chose. Vous comprenez : dans tous les cas de figure, il y aura de l’ambiance. Moi, j’ai des arguments pour m’opposer à n’importe quoi ou n’importe qui. »

Pas de tir

8 juin, 2013

Chacun tire la couverture à soi.

Certains se font tirer l’oreille pour travailler.

D’autres  tirent le diable par la queue.

Les malheureux tirent la langue devant les vitrines de Noël.

Pendant que les riches tirent sur leurs cigares.

Rares sont ceux qui tirent leur épingle du jeu.

L’abbé Pierre a pourtant tiré la sonnette d’alarme.

Mais il n’a tiré que des larmes.

Maurice s’en sortira : il a tiré un trait sur son passé.

Il faut lui tirer son chapeau.

Cette histoire est tirée par les cheveux.

Il faut appeler le Samu

7 juin, 2013

 

Louis a encore fait une entorse au règlement.

Il casse les pieds à tout le monde.

Car Louis ne se foule pas beaucoup.

Georges  lui a claqué le beignet.

Ce n’est pas un luxe.

Louis est blessé dans son amour-propre.

Il est froissé.

Georges pense que Louis est un peu fêlé.

Il ne faut pas qu’il atteigne un point de rupture.

Il faut lui donner un os à ronger

Arc-en-ciel

6 juin, 2013

« Vous êtes blanc comme un cachet d’aspirine ».

« C’est que je viens justement d’en prendre un. Les réunions de service avec le patron, ça me fait mal à la tête ! ».

« Hier, vous étiez jaune ! »

« C’est normal, j’ai eu mon entretien d’évaluation avec Duchemin. Il me file la jaunisse ce type, avec sa manie de vouloir contrôler mes objectifs tous les huit jours. Il ne vous fait pas cet effet là, vous ? »

« Non, moi je suis plutôt vert de rage quand je le bois arriver avec ses gros sabots. Il ne comprend rien et se mêle de tout ».

«Remarquez, il suffit de lui démontrer son incompétence, il devient rouge de confusion et nous fiche la paix tout en prétendant qu’il sait nous déléguer le dossier ».

« En attendant, je le soupçonne d’entretenir une caisse noir pour récompenser ses protégés. Qu’en pensez-vous ? »

« C’est bien possible. Martin en croque par exemple. J’en suis presque certain. Il a une peur bleue de Duchemin. Il fait ce qu’il veut ».

« Oui, il parait que Duchemin lui paie son abonnement chez Orange. C’est une pratique assez vile ».

« C’est sûr, Martin est un jaune. Il faut se méfier ».

« Il a fouillé dans mes dossiers l’autre jour, mais il n’a rien trouvé de compromettant contre moi. Il en est ressorti marron ».

« Je l’ai vu. Il faisait grise mine ! ».

« Pour se faire bien voir, il parait qu’il a offert un bouquet de violettes à la femme de Duchemin. Quelle honte ! ».

« Il l’appelle même par son prénom : Rose ! ».

« Il y a peut-être de l’espoir. On dit que Duchemin  pourrait être muté outremer ».

« Décidément,  il nous en aura fait voir de toutes les couleurs ! ».

Des hauts et des bas

5 juin, 2013

J’en ai un haut-le-cœur.

J’avais pourtant une opinion élevée à son sujet.

Mais il s’est bassement compromis.

Il s’est laissé dominer

Par un voyou issu des bas-fonds

Qui se prend pour un être supérieur.

Désormais, il est au niveau du caniveau.

Il vit de petits trafics

A plat-ventre dans son tonneau,

Avec un nain de sa connaissance.

C’est une grande déception.

Il aurait pu être un homme éminent.

Diversité culturelle

4 juin, 2013

« Vous ne me respectez pas beaucoup ! ».

«Moi, je veux bien mais comment on fait pour vous respecter ? ».

« Par exemple, on me salue quand j’apparais, on a l’aird’avoir de la considération pour ce que je dis, on peut même me dire que c’est intéressant et qu’on en tiendra le plus grand compte ».

« Dites-moi quelque chose d’intéressant pour voir ce que je peux faire ! On ne sait jamais… ».

« Nous sommes en pleine crise ».

« Oui, ça j’avais remarqué. Je respecte votre capacité à dire ce que tout le monde sait. Si, si ! Si vous n’étiez pas là, je me demande comment on ferait pour porter un diagnostic aussi précis ».

« Vous voyez, vous recommencez vos sarcasmes. C’est un signe. Vous vous croyez infiniment supérieur à moi. Remarquez que vous avez raison, je n’ai pas autant de culture que vous. Vous faites partie des gens qui peuvent dire quelque chose d’intelligent sur n’importe quel sujet sans préparation. J’admire ! Respect ! ».

« Il est vrai que mes longues études supérieures m’ont préparé à affronter tous les combats de la vie. Je vous remercie de respecter mon remarquable esprit de synthèse. Finalement, vous n’êtes pas aussi  nul que vous en avez l’air. Mais c’est difficile pour moi de me mettre à votre niveau. Ceci dit, je vous remercie d’exister, ça me permet de mesurer le chemin que j’ai  parcouru ».

« Moi aussi, je vous remercie d’exister. Sans vous je ne saurais pas à quoi ressemble une pensée élevée, un vocabulaire riche, un discours habilement structuré. C’est vraiment intéressant, je vous assure. Quand on compare ce que vous dites à ce que je balbutie, on comprend tout de suite où est le pouvoir et le science ».

« Puisqu’on en est aux remerciements, je tiens aussi à vous remercier chaleureusement de votre lucidité. Je rencontre tellement de gens qui s’imaginent pouvoir rivaliser avec moi sur le plan intellectuel qu’il fait bon discuter avec quelqu’un de modeste. Je respecte votre modestie. Continuez ! L’humilité vous va très bien ! ».

« Je vais faire pour le mieux, mais je ne promets rien. Parfois, je dis des choses qui ont du sens sans le faire exprès. Des éclairs d’intelligence peuvent m’échapper. Il n’est pas facile de rester à sa place culturelle. Je vais peut-être résilier mon abonnement au théâtre, ça m’aiderait ».

« Oui, ce serait bien pour vous. Et puis si vous pouviez arrêter de lire aussi. Surtout des trucs qui pourraient élever votre niveau de compréhension des mécanismes socio-économiques. Je ressens vos lectures comme une véritable agression à mon égard. Une espèce de tentative de putsch, si vous voyez ce que je veux dire. Regardez la télé. Comme ça, vous n’aurez pas le temps de faire quelque chose qui forme votre capacité à raisonner ».

« Vous avez raison. Et je vous ferai un compte-rendu pour que vous compreniez  mon vide intellectuel. Si chacun admire ce qu’il y a de mieux chez l’autre, nous nous entendrons beaucoup mieux ».

Dans leurs petits souliers

3 juin, 2013

Max  n’est pas dans ses petits souliers.

Il est droit dans ses bottes.

Et très bien dans ses baskets.

Il fait des pompes pour rester en forme.

Ce  n’est pas un pantouflard.

En plus, il ne sabote pas son boulot.

Avec Marie, il a trouvé chaussure à son pied.

Ce n’est pas une traine-savate.

Marie est une ancienne ballerine.

Elle est née à Angoulême : c’est une Charentaise.

Son père y élevait des mules.

Et son frère y jouait au tennis.

Peut-on rire de tout ?

2 juin, 2013

« Vous passez votre temps à vous moquer de nos petits travers. C’est un peu facile. Si vous croyez qu’on va sortir de la crise en faisant les malins… »

« J’aime bien mettre le doigt sur les hypocrisies sociales… »

« Vous raillez surtout les valeurs fondamentales de notre société. Par exemple, le travail. Ce n’est pas vous qui vous levez à cinq heures pour aller à l’usine. Vous vous contentez de taper sur votre PC des âneries aux copains, sur le coup de dix heure du matin, après avoir pris un confortable petit déjeuner. Vous n’avez pas honte ? »

« Euh… bin non ! »

« C’est encore pire. Vous êtes victime d’une vraie maladie. Les gens comme vous ne savent que persifler, encore persifler. Et le pire, c’est que vous gagnez votre vie en insultant l’ordre social. Vous vous nourrissez du labeur des autres ».

« Vous savez, les rois ont toujours eu leurs bouffons à leur disposition. Leu rôle était de rire de leurs prérogatives pour les ramener sur Terre ».

« Mais vous ne me faites pas rire, mon petit monsieur. Pour que la société vive, il faut produire des richesses. Vous vous contentez de regarder les autres produire. Alors bien sur, les travailleurs sont fatigués le soir. Ils n’ont pas forcément le temps de se cultiver. Ils allument la télé, ingurgitent des émissions débiles, vont au supermarché le samedi, chez belle-maman le dimanche parce que c’est le seul jour de liberté, font des enfants, se disputent pour savoir qui ira aux réunions de parents d’élèves après la journée de travail, vont en vacances dans le Périgord parce que la Côte c’est trop cher, ont peur que le chômage leur tombe dessus, s’indignent des piètres résultats de l’équipe de France… et tout ça, vous trouvez le moyen d’en rire ! »

« Disons que j’essaie de provoquer des prises de conscience… »

« Mais mon cher ami, vous ne provoquez rien du tout. Nous nous dispenserions volontiers de votre ironie. Quant à votre cynisme légendaire, vous pourriez le garder pour vous, ça ne dérangerait personne. Si vous tenez à vivre de votre plume, ce qui n’est pas un gros effort, vous pourriez plutôt exalter la vertu des travailleurs de ce pays au lieu de vous complaire dans le sarcasme ».

« C’est moins marrant. ».

« C’est pas le problème. Il faut d’abord sortir de la crise. On rigolera après. Le rire est un luxe de riches. Quand on est pauvre, on se prend au sérieux. On ne sombre pas dans le quolibet. »

« Bon d’accord, je vais écrire un manifeste. Il sera dit que s’amuser des conventions sociales est un délit, que tout espièglerie portant sur l’existence d’injustices économiques entre citoyens est passible d’emprisonnement, que décrire d’une manière moqueuse les petites manies de son voisin sera réprimé sévèrement… Beaucoup d’intellectuels signeront… »

« Et voilà, vous recommencez… »

Encore une leçon de géométrie

1 juin, 2013

 

C’est un homme carré.

Ce n’est pas un rond-de-cuir.

Il a un large cercle d’amis.

L’ovale de son visage est régulier.

Son nez est rectiligne.

Mais il vit dans un monde parallèle.

Il ne s’intéresse qu’à lui-même, le reste lui est équilatéral.

Sur tous les autres sujets, il sait être elliptique.

Pour se détendre, il se suspend à son trapèze.

Ou monte sur sa moto à gros cylindre.

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