Archive pour le 27 juin, 2013

Le chemin de la gare

27 juin, 2013

« Ne me parles pas sur ce ton ! »

« Je vous parle normalement. C’est quoi cet énervement soudain ? »

« Non, vous me parlez avec arrogance, tout en me toisant du regard. Comme si vous aviez quelque chose  à m’apprendre ! »

« Vous plaisantez : je vous explique juste le chemin de la gare puisque vous me l’avez demandé. »

« Peut-être, mais il faut aborder la question autrement. Vous êtes en train de me donner un renseignement en insistant lourdement comme si  vous vous adressiez à quelqu’un qui ne comprends rien. »

« C’est-à-dire que ça fait une demi-heure que je vous explique et on n’avance pas beaucoup. »

« Ce n’est pas une raison pour me regarder comme ça. C’est vous qui expliquez mal. On se demande si vous contrôlez bien ce que vous dites. Pour transmettre un savoir, il faut commencer par faire preuve d’humilité et se remettre en cause soi-même. Allez-y, essayez ! »

« Bon d’accord. Mon Dieu ! Vais-je savoir expliquer le chemin de la gare ? Et puis, même si je prends le train tous les jours, est-ce que je sais vraiment où se cache la gare ? C’est vrai,  beaucoup croient qu’elle se situe rue de la Gare, mais n’est-ce pas là une vue de l’esprit ? Une espèce de reconstruction de la réalité ? »

« Bon, c’est pas mal. Mais on se demande si vous savez où est la gare. Un bon enseignant doit partir du savoir de l’élève pour l’amener peu à peu à trouver les ressources nécessaires pour découvrir la réalité. »

« Bon d’accord. Cher élève, commençons par le début. Connaissez-vous le nom de la ville où nous nous trouvons ? »

« Bien sûr, pour qui me prenez-vous ? Progressons, progressons… »

« Que connaissez-vous de cette ville ? »

« La maison de ma tante Hélène. Celle qui est au bout de la rue, derrière la Poste. »

« Euh… c’est tout ? Vous ne voyez pas où est la Préfecture par hasard ? Ça m’arrangerait. »

« Bien sûr que non, sinon, je ne vous demanderais pas mon chemin. Et puis pourquoi vous me parlez de la Préfecture, moi c’est la gare qui m’intéresse. Vous ne comprenez pas vite ! »

« Parce qu’à partir de la Préfecture, nous aurions pu construire le savoir qui vous aurait mené à la gare. »

« Vous ne seriez pas en train de prendre des détours compliqués par hasard. Pour que je ne comprenne rien. Pour me faire sentir votre supériorité intellectuelle. Avec moi, ça ne prend pas. Soyez simple ! »

« Bon .. eh bin, pour la gare… vous n’avez qu’à suive les rails. »