Archive pour le 23 juin, 2013

C’est pour un sondage

23 juin, 2013

« C’est pratique les sondages. Vous ouvrez ton journal. Et hop ! Vous savez ce que vous pensez sur toute chose. Vous n’avez même plus besoin de prendre la peine de vous forger votre opinion. C’est scientifique. »

« Mais comment peut-on représenter l’opinion de soixante millions de citoyens en interrogeant mille personnes ? »

« C’est magique, c’est comme ça. »

« Mais si je n’aime ni le thé ni le café, comment vais-je me situer ? »

« C’et un peu embêtant, il faudrait que vous vous décidiez. Vous ne pouvez pas rester comme ça, vous faussez tout. En attendant, vous êtes dans les sans opinion, c’est-à-dire dans les pas grands choses. C’est mal vu. »

« C’est un peu dictatorial. »

« Non au contraire, c’est très démocratique puisqu’on connait l’opinion des citoyens en temps réel.  »

« Il n’y a plus besoin d’aller voter, alors. »

« Si, car voter ça permet de montrer que les sondages ont toujours raison.  Car il y a toujours des esprits forts pour penser le contraire. »

« Et si je me pose des questions qui ne figurent pas dans les sondages, j’ai le droit d’y apporter une réponse ? »

« Non, ce n’est pas possible. Parce que les questions doivent être analysées par des spécialistes avant d’être posées. Vous n’êtes pas assez calé pour vous poser de bonnes questions. A la rigueur, vous pourriez vous payer votre propre sondage pour explorer le domaine qui vous intéresse. »

« Oui, mais avec ma malchance habituelle, je ne vais pas tomber dans l’échantillon interrogé et je ne pourrais même pas m’exprimer. »

« Vous aurez le point de vue du peuple. C’est ce qu’on appelle une opinion admise, ça vous évitera de faire l’original. C’est pour votre bien ! Les gens ne fréquentent pas ceux qui se permettent de penser différemment de la masse, ils les inquiètent au plus au point. Si vous voulez faire le malin en ne respectant pas les sondages, vous vous marginalisez. Je ne voudrais pas être à votre place. »

« Si je comprends bien, je dois me caler sur les idées des autres pour bien vivre en société. Ne serait-ce pas une forme de panurgisme ? »

« Bin… si. Mais c’est du panurgisme organisé. Tout le monde va dans la même direction. On est sûr de ne pas avoir de désordres dus à quelques éléments incontrôlés. Au moins, avec la pensée unique, le peuple sait où il va. Il faut s’élever contre la cacophonie entretenue par de mauvais citoyens qui en sont encore à penser que la démocratie, c’est la pagaille. »