Archive pour le 16 juin, 2013

Nos bons conseils

16 juin, 2013

« Les conseilleurs ne sont pas les payeurs. »

« J’espère bien, c’est mieux comme ça. Si je devais payer chaque fois que je donne un mauvais conseil, je serais ruiné. »

« Pourquoi les donnez-vous s’ils sont mauvais ? C’est d’une grande imprudence ! »

« Non, c’est une preuve de ma profonde humilité. Le problème, c’est qu’au moment où je donne mon conseil, je ne sais pas s’il est bon ou mauvais. Je le donne, mais en prévenant bien qu’il s’agit là de mon avis sur la marche à suivre et que c’est peut-être pas ça qu’il faut faire. »

« Dans ces conditions, vos conseils ne doivent intéresser personne. »

« Détrompez-vous. Il faut simplement bien utiliser ce que je dis. Si vous me prodiguez un avis complètement idiot, vous m’aidez puisque ça réduit le champ des possibles. Autrement dit, je me trouve conforté dans l’idée qu’il ne faut absolument pas faire ce que vous dites. Comprenez-vous ? »

« Est-ce que le mieux, ce ne serait pas que vous vous absteniez de donner des conseils aux autres ? J’ai l’impression que vous les plongez dans l‘incertitude. »

« Vous ne savez pas que le doute est créateur ? Quand je donne un avis, beaucoup de gens n’en reviennent pas. Personne n’ose penser comme moi. C’est très original, ça suscite du débat. Et puis, si je ne donne plus de conseils, une grande voix va manquer. Qu’est-ce que je vais bien pouvoir dire ? »

« Vous pourriez au moins prodiguer des conseils utiles. » 

« Donnez-moi un exemple. »

« Eh bien, je viens de me faire voler mon porte-monnaie. Je suis très ému, je ne sais pas vers qui me retourner. Qu’est-ce que vous me dites ? »

« Que c’est bien fait pour vous, vous auriez du faire attention à vos poches. »

« Oui, mais ça c’est un conseil a posteriori. C’est facile. »

« C’est déjà pas si mal que ça. Les conseils qui sont dépassés par les évènements sont au moins des conseils sûrs ! On ne risque pas de se tromper. C’est un vrai cadeau que je vous fais. »

« Oui, mais enfin… je vais à la police ? Je crie : au voleur ! Je ne fais rien ! Qu’est-ce que vous me conseillez ? Un conseil utile évidemment. »

« L’affaire est bien trop grave pour que je me risque à dire quelque chose. Moi, je veux bien donner des conseils, mais sur des sujets complètement futiles. Si je me trompe, ça ne se verra pas trop. Et puis de toute façon, celui qui suit mes mauvais conseils est plus coupable que moi. Je ne manque jamais de le lui faire remarquer. Il est donc normal que je ne paie rien en cas d’échec. »