Partir un jour

« Je n’aime pas les ambiances de gares ou d’aéroport. C’est plein de gens tristes : ceux qui partent et qui se séparent de ceux qui restent. Ou alors, il y a des gens louches qui ne rêvent que de vous dérober votre portefeuille. Et puis pour alourdir l’atmosphère, on rencontre aussi des militaires avec des fusils d’assaut en bandoulière. C’est gai ! »

« C’est tout ? »

« Non, car en plus, je suis stressé. J’ai toujours peur d’avoir oublié quelque chose. Ou bien d’avoir perdu mon billet. Ou encore de monter dans le mauvais train ou le mauvais avion. Dès que j’aperçois un uniforme officiel, je lui demande toujours si je suis bien dans le train ou l’avion où je dois prendre place. C’est assez énervant pour les autres voyageurs qui eux ont toujours l’air d’être sûrs de leur coup ! »

« Vous n’avez qu’à prendre le métro. »

« Bin…là, les gens ne sont pas très gais non plus. Ils vont au boulot ou alors ils en reviennent. Personne n’est très joyeux. Sans compter ceux qui vont à Pôle Emploi et qui sont en situation de fraude puisqu’ils n’ont pas de quoi se payer un billet de métro. »

« Il reste l’automobile. »

« Oui, c’est pas mal. Je me sens plus chez moi. J’arrive à faire mon malin en mettant le coude à la portière. Mais le problème, ce sont les embouteillages : de la promiscuité entre individus, on passe à la promiscuité entre voitures. Certains en profitent pour se montrer dans un véhicule plus puissant que le mien, ça me contrarie. Avec leurs grosses bagnoles, ils polluent beaucoup, ils devraient se dispenser. »

« Et le vélo, vous pratiquez le vélo ? »

« C’est très tendance à condition d’échapper aux automobilistes qui ne font pas très attention en tournant à chaque carrefour. Et puis, j’ai horreur d’arriver tout mouillé de chaud à mes rendez-vous. C’est un très bon moyen de locomotion pour les jeunes. »

« Il reste la marche à pied. »

« C’est pareil que dans les gares. Les gens n’ont pas l’air très heureux. Surtout s’il pleut ou s’il fait froid et qu’ils n’ont pas d’argent pour prendre le métro ou pour avoir une auto. Il y aussi les gens qui marchent plus vite que moi et qui me jette un coup d’œil de commisération en me dépassant. Tout ça, ça pèse sur mon moral. »

« Il faut rester chez vous. »

« Non plus, je m’ennuie. L’idéal serait que je puisse aller quelque part dans un moyen de transport collectif qui enchanterait tous les voyageurs. Ce ne serait pas cher. Tout le monde serait riche, il n’y aurait donc pas de pickpocket. Ça ne sentirait pas mauvais, ça ne polluerait pas. Je ne perdrais jamais mon ticket pour la bonne raison qu’il n’y aurait pas besoin d’en avoir. Je ne me tromperais jamais de wagon. Aucune valise ne me marcherait sur les pieds. Bref, on serait heureux ensemble et je pourrais enfin voyager tranquillement. »

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