Archive pour mars, 2013

Quelqu’un ?

21 mars, 2013

« Je sème la pagaille partout où  je passe. »

« Comment ça se fait ? »

« Je ne sais pas trop. C’est comme ça, j’ai du mal à m’insérer. Les gens m’énervent. Ils ne font rien comme je veux. Je crois qu’ils ne m’aiment pas beaucoup. »

« Vous savez que pour vivre en société, il faut que vous fassiez des efforts. Des concessions aussi. Ce n’est pas toujours aux autres de s’accommoder de votre personnalité. »

« Moi, il faut me prendre comme je suis. Hein ! Je ne suis pas du genre à louvoyer, moi ! »

« Avec des principes comme ça, c’est sûr que vous ne risquez pas d’attirer les foules. Si vous étiez encore quelqu’un de particulièrement intéressant. Vous êtes vedette de cinéma, de la chanson, du sport ? Vous avez un don particulier ? »

« Euh, non ! Pas vraiment… »

« Alors là, c’est compliqué de faire le malin. Il va falloir que vous alliez vers les autres sans attendre qu’ils fassent l’effort de s’intéresser à vous. »

« Si je comprends bien, il faut avoir du fric pour que les autres s’adaptent à vous et vous trouvent beaucoup de qualités. »

« Si vous n’avez pas d’argent, essayez d’être joyeux ou marrant. Si vous faites rire, en principe les gens recherchent votre compagnie. »

« Je ne connais pas beaucoup d’histoires drôles et puis j’aimerais mieux qu’on m’apprécie pour mon sérieux, la profondeur de la réflexion ou l’originalité de mes idées. »

« Je suppose qu’il faudrait toujours être d’accord avec vous. »

« Ce serait mieux. Il faudrait commencer par me tenir tête pour que je vous respecte. Mais pas trop longtemps quand même. Il est important de reconnaître que j’ai raison, et que, finalement, je vous fais progresser. »

« Si tout le monde est comme vous, on n’est pas prêt de vivre calmement en collectivité. Chacun a ses idées et y tient. Je ne vois pas pourquoi j’admettrais systématiquement la supériorité des vôtres sur les miennes. »

« Vous ne m’aimez pas non plus. »

« Ce n’est pas le problème. »

« Comment voulez-vous qu’on s’aime si on n’est pas d’accord ? »

« On peut ne pas être d’accord et ne pas se faire la guerre, sans s’aimer pour autant, ça s’appelle la civilisation. »

« Je ne recherche pas la guerre, je suis un être civilisé, mais j’aime bien que d’autres êtres civilisés se préoccupent de moi. »

Un tissu de tissus

20 mars, 2013

Gus a été élevé dans du coton.

Il a un regard de velours.

Mais Il n’a pas l’étoffe d’un héros.

Il manifeste un certain quant-à-soi.

Parfois, il peut débiter un tissu d’âneries pour faire le malin.

Dans ce genre de situation, il ne fait pas dans la dentelle.

Gus est avare : il a un gros bas de laine.

Son métier est de vendre des stylos feutre.

Pour déjeuner,  il peut se contenter d’une purée mousseline

Et d’une crêpe.

Puis, il va se faire une toile.

Il est prudent et tient à la vie, ce n’est pas lui qui ira se jeter dans l’Ain.

 

Avec qui partir en vacances ?

19 mars, 2013

« Je ne partirai pas en vacances avec vous car vous trainez les pieds. C’est un tic qui m’agace prodigieusement. »

« C’est sympa ! Vous ne m’aimez pas à cause de mes pieds ! « 

« Et vous ! Vous ne supportez pas Duchemin parce qu’il a l’habitude de finir les phrases de ses interlocuteurs. Je reconnais que c’est énervant, mais vous avez aussi vos têtes ! »

« Ce n’est pas pareil, on ne peut pas discuter avec Duchemin. Il interrompt toujours ma conversation au motif que je ne parle pas assez vite. Mais vous…  »

« Moi, rien que le bruit de vos savates sur le sol me crispe les nerfs, il ne faut pas compter que je vous parle dans ces conditions. »

« Vous n’allez tout de même pas partir avec Michelet, non seulement il traine les pieds mais il interrompt tout le monde ! C’est le bouquet ! »

« Vous avez raison, je vais plutôt choisir Rossignol. Lui, il ne fait rien, mais alors strictement rien. Il marche comme il faut et il attend que j’aie fini de parler pour s’exprimer. »

« Il doit attendre longtemps. »

« Oui, mais ce n’est pas grave parce qu’il n’a rien à dire. Il est plus poli que vous. Je vous conseille d’envisager un séjour avec Borniflon, il a un très joli trainé de pieds aussi, vous pourriez vous entendre ! »

« Si je vous comprends bien, pour vous, il vaut mieux côtoyer soit un être insignifiants soit un individu qui présente les mêmes défauts que soi. On n’est pas prêt de s’enrichir de nos différences avec ce genre de principe ! »

« Peut-être mais traîner les pieds n’est pas un principe, c’est une habitude horripilante. »

« Soit, mais vous vous privez de partager les nombreuses richesses de ma personnalité. Il faudrait que vous dépassiez quelques petits inconvénients apparents pour accéder à la profondeur de mon tempérament. »

« Je me sentirais mieux si je savais que vous accédez à la richesse de la personnalité de Borniflon. Vous ne seriez pas gêné par le bruit de ses pieds. Moi avec Rossignol, je n’accéderai pas à grand-chose, mais je ne serai dérangé par rien. En plus, je me sentirai valorisé puisque je lui ferai le cadeau de partager gratuitement à ma grande culture. »

« Comment pouvez-vous parler de votre culture ? Il n’y a pas de culture s’il n’ya pas de partage culturel ! »

« Vous n’arrangez pas les choses. Non seulement vous traînez les pieds, mais en plus vous dites des trucs compliqués. Les vacances doivent être infernales avec vous. Vous réfléchissez trop pour moi. Rossignol, lui au moins, il sirote son pastis en m’écoutant, il mange, il va à la sieste et il participe à la pétanque en me laissant gagner. Quel repos pour les autres ! »

« Bon, puisque c’est ça, je vais faire un stage pour apprendre à lever les pieds et à ne rien dire d’intéressant. »

« D’accord, ça me va. Vous voyez quand vous voulez… »

A notre rayon boulangerie

18 mars, 2013

Louis est né en Isère : il est viennois.

Pour réussir, il a roulé tout le monde dans la farine.

Il a obtenu son bâton de maréchal et sa couronne.

Et mène son monde à la baguette.

Il en fait tout une tartine.

Il se conduit parfois comme un maquignon.

Maintenant, il gagne bien son pain.

Il s’est constitué une bonne galette.

Il peut porter un toast à sa réussite.

Une femme et un homme

17 mars, 2013

« Je suis une femme. Donc, je suis votre égale. Dans la discussion, vous ne devez pas être plus convaincant que moi. Ni ne rien dire, pour que je ne vous méprise pas. L’idéal serait que vous me résistiez un peu, mais pas trop. »

« C’est compliqué. »

« C’est nécessaire, il faut que je trouve ma place. Et puis comme ça, vous ne serez pas arrogant. Si ça se trouve, ce sera l’occasion de remettre en cause vos certitudes. Vous voyez, je peux même vous rendre service. Ne me remerciez pas. »

« Mais si je suis trop dominé, je risque d’en prendre ombrage. Mon orgueil masculin va souffrir et je peux avoir des réactions néfastes. »

« Ce serait pas mal, ça me donnerait l’occasion de dire que c’est toujours pareil avec les hommes : ils ne comprennent pas que les temps ont changé et qu’il faut partager le pouvoir avec les femmes. »

« A vrai dire, je n’ai pas beaucoup de pouvoirs à partager. J’essaie de survivre comme tout le monde. Si vous voulez partager mon impuissance, ce sera avec plaisir. »

« Vous essayez de me prendre pour une naïve. C’est une manœuvre de mâle aux abois. »

« Bon d’accord, vous avez raison. Vous venez de me démontrer la pertinence de vos vues et la nécessité de faire aux femmes la place qui leur revient dans la société. »

« Non, ça ne va pas. Vous rendez les armes trop tôt. Je ne peux même pas vous traitre de machiste. Allons ! Allons ! Accrochez-vous un peu à vos privilèges. Par exemple, dites-moi que je suis charmante, c’est énervant pour une femme de n’être appréciée que par son physique. »

« Vous êtes délicieuse. »

« Très bien ! C’est encore pire ! Vous ajoutez une note sensuelle ! Nous sommes au bord du harcèlement ! C’est bien ça, les hommes ! Un peu de respect, que diable ! »

« Finalement ce qui nous manque, à nous les hommes, c’est une grande cause pour laquelle nous pourrions combattre. Comme vous. Quelque chose qui nous permettrait de prendre conscience de notre identité. Nous nous sentirions mieux, On ne va tout de même pas revendiquer l’égalité avec les femmes. »

« C’est vrai. Vous êtes en manque. Vous n’avez aucune entité en vue que vous pourriez avoir envie d’égaler. Ce doit être dur à vivre. »

« Oui, c’est peut-être pour ça que l’égalité des hommes et des femmes ne progresse pas trop vite. Vous vous retrouveriez dans la même difficulté. »

« Vous allez me dire que vous nous rendez service, peut-être ! C’est bien ce que je pensais ! Fondamentalement, vous êtes un vrai réactionnaire. Super ! On va pouvoir se battre. »

A sa santé !

16 mars, 2013

Ce matin, Georges ingurgite ses tartines beurrées.

Puis il monte dans sa voiture : le pare-brise est givré.

Le temps est gris

Il faut quand même qu’il fasse le plein.

Tant pis, il travaillera au noir

Dans la fabrique de queues de pelle.

Sa vie tourne en rond.

Mais les carottes ne sont pas cuites.

Il n’est pas encore parti.

Il se met à chanter tout son soûl.

 

Des grades dégradés

15 mars, 2013

En général, j’aime bien aller dans ce pub

Dont l’enseigne m’attire quand je passe dans la rue.

En été, je prends une glace : une coupe colonel par exemple.

J’aime ce lieu, tenant lieu de place publique où on peut parler à son voisin.

Je plaisante avec mes copains tout en commandant ma consommation.

Je suis bavard, je n’ai pas de handicap oral.

Parfois mes amis râlent à cause du mauvais temps.

Ou parce qu’il faut désigner un capitaine de soirée qui les ramènera chez eux.

Je les calme tout en aspirant mon verre avec une paille.

Silence !

14 mars, 2013

« Il faut que nous parlions aujourd’hui du silence. »

« C’est bizarre comme expression : parler du silence. Mais vous avez raison : le silence, c’est important, on n’en parle pas assez. Il faudrait faire du bruit autour du silence. »

« La vie moderne est bruyante, c’est épuisant. Un moment de silence, c’est particulièrement reposant. »

« Quoique le silence absolu, c’est rare. Et puis, c’est inquiétant. Quand on n’entend plus rien, on peut se demander si l’on entend bien. Et puis, quand le silence est total, il peut devenir carrément angoissant. Le moindre craquement peut paraitre menaçant ! »

« L’idéal, c’est un silence agrémenté d’un petit bruit harmonieux : le pépiement des oiseaux dans les arbres au printemps, par exemple. »

« Oui, mais ça, c’est ce que j’appellerais le silence de luxe ou  le silence de tout repos. Il faut aussi savoir fabriquer du silence. D’où la célèbre expression : faire silence. Mais il faut faire un silence efficace. Celui qui permet de réfléchir à ce que l’on va dire, par exemple. »

« Alors là, c’est compliqué. Pour réfléchir, on est toujours plus ou moins dans le bruit. Vous commencez à réfléchir dans votre bureau et hop ! Votre voisin entre en sifflotant pour vous demander un renseignement. Pour bien faire, il faudrait utiliser un moment de silence de tout repos pour y glisser un instant de silence efficace. »

« N’oublions que le silence est aussi une arme qui permet de se défendre contre des importuns. Je vous conseille ainsi le silence manipulatoire, c’est le plus facile. Pervers, mais facile et très utile. Il vous permet de ne pas répondre à l’interpellation gênante d’un interlocuteur. Vous ne répondez pas ou plus exactement, vous répondez par un silence et votre vis-à-vis s’en trouve déstabilisé. En prime, vous pouvez ajouter une moue désabusée que votre partenaire ne prendra pas très bien pour la bonne raison qu’il n’a aucune idée de ce qu’elle signifie. Il peut devenir complètement fou. »

« Et s’il insiste ? »

« Vous pouvez avoir le silence méprisant. En soupirant et en secouant la tête d’un air désespéré. Si l’autre s’agite encore, vous pouvez essayer le silence de mort. Normalement, ça doit l’achever. »

« Finalement, le silence est une arme difficile à manier. Il faut être sûr de ce qu’on veut dire. Enfin, c’est une façon de parler, bien entendu, puisqu’il s’agit de ne rien dire tout en le faisant de manière expressive. »

« Vous pouvez aussi faire silence en ne faisant rien d’autre que vous taire. C’est le silence impénétrable. Dans ce moment-là, on ne sait pas ce que vous pensez : c’est le silence impénétrable : ça donne l’air intelligent. Un dernier conseil. Si vous ne trouvez pas le silence du repos ou si vous avez des remords d’utiliser le silence comme arme agressive, vous avez le recours vous réfugier à l’Eglise ou dans un monastère : le silence y est religieux. »

Au rayon librairie

13 mars, 2013

Le curé lit son bréviaire.

L’épicier figure au registre du commerce.

Le fromager débite de la tomme.

Le géomètre calcule un volume.

Le tisserand remet son ouvrage sur le métier.

L’ouvrier exerce un métier manuel.

Le chorégraphe compose un livret.

Le manifestant présente un cahier de doléances.

Et moi, je bouquine.

 

Un artiste virtuel

12 mars, 2013

« Il faudrait que je puisse exprimer mon potentiel créatif. »

« Vous en avez un ? »

« J’essaie. Je pourrais peindre par exemple. »

« Non, vous ne peignez pas, vous barbouillez.  Vos champs de lavandes sont nuls, sans inspiration.  Il faut vous lâcher, mon vieux.»

« Alors je vais écrire. Ce sera une histoire incroyable. Quelque chose de jamais vu qui va secouer. J’ai pensé à une communauté de grands hommes verts qui auront pour seul objectif d’être très méchants et puis soudainement un être anormal surgit parmi eux : un grand homme vert très gentil. Il est immédiatement arrêté. Ce sera une réflexion sur la normalité. Vous comprenez ? »

« Oui, mais ça va être trop compliqué votre truc. Moi, vous savez les essais philosophiques, même sous forme de contes, ça ne me branche pas tellement. »

« Bon alors, un petit roman historique. Il se déroulerait sous le règne d’Henri  II. »

« Bin, non. Je préférerais Henri IV. Il était plus marrant. »

« Je suis moins documenté. Alors je vais faire un drame moderne. Ce sera un homme couvert de femmes. Il ne sait plus comment s’en sortir. Il finit par penser comme une femme, par agir comme une femme.  A la fin, elles ne trouvent plus rien à lui reprocher, alors il termine sa vie tout seul comme un chien. »

« C’est gai ! Non ça ne va pas non plus. Dans les histoires entre les hommes et les femmes, ce sont toujours elles qui gagnent. C’est assez déprimant. »

« Vous ne m’aidez pas beaucoup. Qu’est-ce que vous aimeriez lire vous ? »

« Euh, bin… par exemple la vie de Tino Rossi avec quelques scandales croustillants ou alors racontez nous un tsunami sur les côtes du Languedoc. Enfin des sujets comme on en voit au journal télévisé. Les gens seront un peu moins perdus. »

« Si je comprends bien, il faut être original, mais pas trop quand même pour ne pas déstabiliser les foules. »

« Oui, et puis ne faites pas trop long parce que personne n’aime lire. Il faut un effort prolongé de concentration. Vous ne pouvez pas vous imaginer ce que ça peut être casse-pieds après une journée de travail. Je supporte les humeurs de mon chef de service toute la journée, ce n’est pas pour me coltiner les vôtres dans mon lit jusqu’à minuit. »

« Bon, je vois… je pourrais ne pas écrire de livre et me contenter de rédiger en une page le résumé du livre que j’aurais pu écrire. »

« C’est mieux. Mais n’employez pas de mots compliqués. Ou alors, juste un avec sa définition, pour que je puisse le replacer dans mes dîners. »

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