1500 mètres

« Qui veut voyager loin ménage sa monture. Vous êtes parti beaucoup trop vite. Nous courons un 1500 mètres, pas un 200 ».

« Vous avez raison, je ne sens pas toujours ma force. Je vais ralentir mon allure. Passez devant je vous en prie. Votre foulée est plus longue que la mienne. Vous n’irez pas loin comme ça ».

« Sûrement pas, vous allez encore profiter de mon corps pour vous protéger du vent comme la dernière fois. Je ne me ferai pas encore avoir ».

« On fait comment alors ? Moi, j’ai besoin d’une stratégie de course. Sans quoi, je ne peux pas me sentir bien dans mon allure ».

« Vous vous débrouillez comme vous voulez, je ne vais pas vous dévoiler mes batteries, sinon vous allez me contrer et je vais encore finir dernier ».

« Ce n’est pas grave. Vous perdez tout le temps, mais on dit de vous que vous avez du panache. Tout le monde vous aime bien. Vous êtes invité partout. Moi, je passe pour le type prétentieux parce que je gagne trop souvent ».

« Peut-être, mais j’aimerais bien gagner un peu de temps en temps pour être prétentieux. Un petit peu. Passez donc devant. Comme ça, vous allez vous fatiguer et je pourrai vous surprendre dans la dernière ligne droite ».

« Je n’ai pas trop envie d’être surpris. Sinon les commentateurs vont dire que je vieillis, que c’est la fin de mon règne. Vous comprenez. Continuez à mener la course. Courrez n’importe comment comme d’habitude. Moi, ça me convient très bien. Avec vous, j’ai l’impression de courir intelligemment ».

« Et si je m’arrêtais ? »

« Vous n’y pensez pas, on m’accusera encore d’avoir gagné sans opposition. Il faut des faibles pour qu’il y ait des forts. C’est le sens de la vie. Courez. Je vous dépasserai, mais je vous féliciterai à la fin avec beaucoup de sportivité pour votre acharnement complètement vain ».

« Si je comprends bien, je suis votre faire-valoir ».

« C’est un peu ça. Mais ce n’est pas honteux. Au lieu de parler accélérez ! Les anglais vont encore nous passer devant. Pensez un peu au drapeau national. Ce serait très patriotique de votre part que vous vous sacrifiiez pour moi, ça se fait ».

« Et pourquoi, ce ne serait pas l’inverse ? »

« Vous n’y pensez pas. Les journalistes comptent plus sur moi que sur vous. Je passe beaucoup mieux à la télé. J’ai les sponsors sur le dos. Vous ne pouvez pas vous imaginer les soucis que ma notoriété me procure ! »

« Euh… je crois que les anglais ont déjà passé la ligne d’arrivée… »

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