Liberté chérie

« Moi, j’aime bien la liberté. »

« Moi, pas tellement. Si j’étais libre de faire ce que je veux, il faudrait que je me demande ce que j’ai envie de faire. Pire, il faudrait que je sache faire quelque chose. Et alors là…. Je serais sans doute très déstabilisé par la faiblesse de mes envies et de mes dons. »

« Rassurez-vous. Je le regrette, mais on est rarement libre. Il y a toujours eu quelqu’un pour me dire ce qu’il était bien que je fasse : mes parents, les instituteurs, les curés, les femmes, la télé, les voisins qui savent toujours tout, les politiciens que j’ai élus… Bref, les donneurs d’ordre et de leçons, ce n’est pas ce qui manque. Et puis quand ils ont fini, vous vous apercevez que vous êtes vieux, à la retraite et que vous n’avez plu beaucoup de temps devant vous pour faire ce qu’il vous plait. »

« En d’autre termes, vous me dites que personne n’est libre alors que tout le monde aime la liberté. C’est assez déprimant, je préfère ne pas aimer la liberté pour ne pas être trop frustré. »

« Il faut le voir comme un idéal, ça vous donne un but dans la vie, une raison d’exister. Vous comprenez ? Sinon, vous vous condamnez à faire ce qu’on vous dit de faire. C’est-à-dire à une existence de machine-outils. »

« Bon d’accord. Admettons que je sois libre. Qu’est-ce que je fais ? »

« Vous vous levez quand vous voulez, si vous voulez. Vous vous livrez à vos occupations préférées ou à rien, si ça vous chante. Mais il vaut mieux faire quelque chose. Je reconnais que la difficulté d’être libre, c’est qu’on est vite limité par son manque d’argent, son manque de culture, son manque de courage et qu’on se trouve confronté à son vide intérieur. Il faut être très riche pour être libre. »

« Ah, vous voyez, c’est encore un truc pour les gens de la haute société !»

« Euh… il suffit de prendre des cours. Des cours de liberté, ça devrait exister. »

« Ce serait encore des endroits où l’on me dirait ce que je dois faire pour être libre. On n’en sort pas. C’est très paradoxal. »

« Non ! On peut vous aider à trouver en vous ce qui vous intéresse. C’est comme faire de la gym. C’est très exigeant, mais ça se passe mieux quand on fait ça à plusieurs. »

« Le problème, c’est que mes centres d’intérêts ne sont pas forcément ceux de ma famille et que ça va me créer encore des tas d’histoires avec ma femme. Elle a horreur que j’aille à la pêche, par exemple. Je suis nettement plus tranquille quand je ne suis pas libre. »

« C’est le nœud de la question. Être libre, c’est  ne pas être tranquille. C’est l’aventure et le risque. Il faut être fort pour être libre. »

« C’est bien ce que je disais, c’est un truc pour les riches et les forts. Quand on est pauvre et faible comme moi, on préfère être tranquille. Ma devise pourrait être tranquillité, futilité, nullité »

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