Archive pour le 14 mars, 2013

Silence !

14 mars, 2013

« Il faut que nous parlions aujourd’hui du silence. »

« C’est bizarre comme expression : parler du silence. Mais vous avez raison : le silence, c’est important, on n’en parle pas assez. Il faudrait faire du bruit autour du silence. »

« La vie moderne est bruyante, c’est épuisant. Un moment de silence, c’est particulièrement reposant. »

« Quoique le silence absolu, c’est rare. Et puis, c’est inquiétant. Quand on n’entend plus rien, on peut se demander si l’on entend bien. Et puis, quand le silence est total, il peut devenir carrément angoissant. Le moindre craquement peut paraitre menaçant ! »

« L’idéal, c’est un silence agrémenté d’un petit bruit harmonieux : le pépiement des oiseaux dans les arbres au printemps, par exemple. »

« Oui, mais ça, c’est ce que j’appellerais le silence de luxe ou  le silence de tout repos. Il faut aussi savoir fabriquer du silence. D’où la célèbre expression : faire silence. Mais il faut faire un silence efficace. Celui qui permet de réfléchir à ce que l’on va dire, par exemple. »

« Alors là, c’est compliqué. Pour réfléchir, on est toujours plus ou moins dans le bruit. Vous commencez à réfléchir dans votre bureau et hop ! Votre voisin entre en sifflotant pour vous demander un renseignement. Pour bien faire, il faudrait utiliser un moment de silence de tout repos pour y glisser un instant de silence efficace. »

« N’oublions que le silence est aussi une arme qui permet de se défendre contre des importuns. Je vous conseille ainsi le silence manipulatoire, c’est le plus facile. Pervers, mais facile et très utile. Il vous permet de ne pas répondre à l’interpellation gênante d’un interlocuteur. Vous ne répondez pas ou plus exactement, vous répondez par un silence et votre vis-à-vis s’en trouve déstabilisé. En prime, vous pouvez ajouter une moue désabusée que votre partenaire ne prendra pas très bien pour la bonne raison qu’il n’a aucune idée de ce qu’elle signifie. Il peut devenir complètement fou. »

« Et s’il insiste ? »

« Vous pouvez avoir le silence méprisant. En soupirant et en secouant la tête d’un air désespéré. Si l’autre s’agite encore, vous pouvez essayer le silence de mort. Normalement, ça doit l’achever. »

« Finalement, le silence est une arme difficile à manier. Il faut être sûr de ce qu’on veut dire. Enfin, c’est une façon de parler, bien entendu, puisqu’il s’agit de ne rien dire tout en le faisant de manière expressive. »

« Vous pouvez aussi faire silence en ne faisant rien d’autre que vous taire. C’est le silence impénétrable. Dans ce moment-là, on ne sait pas ce que vous pensez : c’est le silence impénétrable : ça donne l’air intelligent. Un dernier conseil. Si vous ne trouvez pas le silence du repos ou si vous avez des remords d’utiliser le silence comme arme agressive, vous avez le recours vous réfugier à l’Eglise ou dans un monastère : le silence y est religieux. »