Archive pour le 12 mars, 2013

Un artiste virtuel

12 mars, 2013

« Il faudrait que je puisse exprimer mon potentiel créatif. »

« Vous en avez un ? »

« J’essaie. Je pourrais peindre par exemple. »

« Non, vous ne peignez pas, vous barbouillez.  Vos champs de lavandes sont nuls, sans inspiration.  Il faut vous lâcher, mon vieux.»

« Alors je vais écrire. Ce sera une histoire incroyable. Quelque chose de jamais vu qui va secouer. J’ai pensé à une communauté de grands hommes verts qui auront pour seul objectif d’être très méchants et puis soudainement un être anormal surgit parmi eux : un grand homme vert très gentil. Il est immédiatement arrêté. Ce sera une réflexion sur la normalité. Vous comprenez ? »

« Oui, mais ça va être trop compliqué votre truc. Moi, vous savez les essais philosophiques, même sous forme de contes, ça ne me branche pas tellement. »

« Bon alors, un petit roman historique. Il se déroulerait sous le règne d’Henri  II. »

« Bin, non. Je préférerais Henri IV. Il était plus marrant. »

« Je suis moins documenté. Alors je vais faire un drame moderne. Ce sera un homme couvert de femmes. Il ne sait plus comment s’en sortir. Il finit par penser comme une femme, par agir comme une femme.  A la fin, elles ne trouvent plus rien à lui reprocher, alors il termine sa vie tout seul comme un chien. »

« C’est gai ! Non ça ne va pas non plus. Dans les histoires entre les hommes et les femmes, ce sont toujours elles qui gagnent. C’est assez déprimant. »

« Vous ne m’aidez pas beaucoup. Qu’est-ce que vous aimeriez lire vous ? »

« Euh, bin… par exemple la vie de Tino Rossi avec quelques scandales croustillants ou alors racontez nous un tsunami sur les côtes du Languedoc. Enfin des sujets comme on en voit au journal télévisé. Les gens seront un peu moins perdus. »

« Si je comprends bien, il faut être original, mais pas trop quand même pour ne pas déstabiliser les foules. »

« Oui, et puis ne faites pas trop long parce que personne n’aime lire. Il faut un effort prolongé de concentration. Vous ne pouvez pas vous imaginer ce que ça peut être casse-pieds après une journée de travail. Je supporte les humeurs de mon chef de service toute la journée, ce n’est pas pour me coltiner les vôtres dans mon lit jusqu’à minuit. »

« Bon, je vois… je pourrais ne pas écrire de livre et me contenter de rédiger en une page le résumé du livre que j’aurais pu écrire. »

« C’est mieux. Mais n’employez pas de mots compliqués. Ou alors, juste un avec sa définition, pour que je puisse le replacer dans mes dîners. »