Archive pour le 7 mars, 2013

L’utilité et le besoin

7 mars, 2013

« Existe-t-il des choses complètement inutiles ? »

« Je ne pense pas. Par exemple, la Tour Eiffel, on lui a trouvé une utilité a posteriori. Le relais de la télé, le restaurant, l’attraction des touristes…  Il y avait un besoin de regarder la capitale de haut qui a été ainsi satisfait. Par hasard peut-être, mais satisfait quand même.»

« On pourrait dire que, pour qu’il y ait utilité, il faut qu’il y ait besoin. Même si le concept de besoin est parfois un peu bizarre. Dans le cas de la tour Eiffel, cela révèle un besoin de se faire peur en s’élevant très haut dans les airs. C’est comme le train fantôme à la fête foraine. On dirait que les gens sont ravis de s’auto-flanquer la frousse. »

« Vous avez raison. L’utilité est liée au besoin, ce dernier pouvant être parfaitement irrationnel. Lorsque je fais pousser des géraniums sur le bord de ma fenêtre, c’est a priori parfaitement inutile. Sauf que ça fait joli et j’ai le besoin d’enjoliver ma fenêtre. Quand on y réfléchit, c’est assez inquiétant. »

« Ou alors, vous avez le besoin de vous créer un contrainte horticole. C’est inquiétant aussi. On peut très bien vivre sans. »

« Il y a peut-être quand même des choses inutiles. Par exemple, attraper la grippe ne sert à rien. On s’en passerait volontiers. »

« Si, ça sert à faire marcher l’industrie pharmaceutique. On est dans un cas où il n’y a pas de besoin a priori, mais où il y en a un a posteriori qui (au passage) engendre des retombées favorables pour certains. Rares sont les personnes atteintes de grippe qui ne ressentent pas le besoin de guérir de leurs maux. »

« C’est comme ça qu’on peut expliquer les excès de la société de consommation : des gens fabriquent des besoins, se proposent de les satisfaire à l’aide de prestations qui deviennent d’une grande utilité et en retirent des profits colossaux. Suivez mon regard ! »

« Nous voilà bien pessimistes tout à coup. Il y a quand même des trucs qui paraissent inutiles, mais qui sont utiles sans pour autant entraîner des bénéfices scandaleux. Par exemple, si vous souriez aux gens que vous croisez dans la rue, c’est apparemment inutile, mais utile quand même car vous les mettez de bonne humeur, et pour autant, c’est complètement gratuit. »

« Oui et non. Car vous en tirez quand même une satisfaction individuelle. Tout le monde a besoin du regard des autres. Comme vous avez souri à vos rencontres, vous vous prenez pour un individu généreux qui sait mettre ses compatriotes en confiance en leur offrant un moment agréable. Au final, vous avez fait quelque chose de spontané qui semble inutile, mais utile quand même pour les autres, dont vous retirez une gratification puisque ça satisfait votre besoin de convivialité.»

« Résumons-nous parce que je suis un peu perdu. Rien n’est inutile. Tout est utile. Quand quelque chose parait inutile, on peut lui trouver une utilité a posteriori, il suffit de fabriquer un besoin ou de se trouver un besoin inconscient pour que la chose inutile deviennent utile ce qui permet d’en tirer un profit monétaire ou non. »

« Oui, c’est à peu près ça. »