Archive pour février, 2013

L’ivresse des profondeurs

18 février, 2013

Il  s’abîme dans un abîme de réflexion sur le sens de la vie.

Oui, mais  ça vaut mieux que de se précipiter dans  un précipice.

Ou alors de s’engouffrer dans un gouffre de dépenses.

Moi, je réfléchis en curant mes fosses nasales.

Les marins plongent plutôt dans un abysse de pensées.

C’est que c’est une question profonde.

Comment faisaient les hommes préhistoriques au fond de leurs cavités rocheuses ?

Quand on commence à se poser ce problème, c’est un puits sans fond.

On peut être vite atteint de dépression.

De toute façon, on se retrouvera tous dans les entrailles de la terre.

Vive le progrès !

17 février, 2013

« Il ne faut pas s’accrocher au passé. Allons de l’avant. »

« Sauf qu’il y a cinquante ans, le facteur passait deux fois dans la journée. Aujourd’hui, je ne suis même pas sûr qu’il passe tous les jours. »

« Oui, mais maintenant, vous pouvez envoyer des mails. »

« A condition d’avoir un ordinateur et de comprendre comment ça marche. Non seulement, on n’a plus de courrier, mais il faut être intelligent pour pouvoir rester en contact avec son prochain qui, lui, a tout compris aux nouvelles technologies. »

« On a inventé la formation continue. »

« Même pour manipuler les pompes à essence ? Parce que dans le temps, le pompiste faisait tout. On lui disait : le plein ! Et il savait ce qu’il avait à faire. Maintenant, il faut comprendre comment marchent les automates. Je n’ai pas encore saisi à quel moment je dois introduire ma carte bancaire. Et en plus, je me fais houspiller par l’automobiliste qui attend derrière moi et qui sait se débrouiller avec la machine et n’admet pas que je ne sache pas. Ah ! Il est beau le progrès ! »

« Admettez quand même qu’il y a plus de liberté pour le consommateur. Vous pouvez retirer de l’argent quand vous voulez au guichet distributeur, par exemple. »

« A condition de ne pas se faire agresser et de ne pas oublier son code. Moi, avant, j’allais au guichet. Je donnais à Albert le montant voulu et il me comptait les billets nécessaires. En plus, il me demandait des nouvelles de ma santé. Ça me donnait l’occasion de me plaindre un peu, ce qui me soulageait fortement. Maintenant, le distributeur automatique ne me demande rien du tout. Je ne sais plus où aller pour gémir tranquillement. »

« Effectivement, ça manque peut-être de rapport humain. Mais les services sont de plus en plus accessibles au consommateur. Par exemple au super marché… »

« Parlons-en. J’ai acheté l’autre jour des mandarines qui ont toutes pourri en deux jours. Dans le temps, j’allais dans l’épicerie du père Dubois. Je lui disais : elles sont bien vos mandarines ? Et il me servait de la bonne marchandise. J’étais sûr du coup ! »

« Il y a des règles pour protéger les clients ! »

« Je ne me vois pas bien rapporter ma mandarine pourrie sur le bureau du directeur de mon supermarché pour exiger un remboursement. Il y aurait de quoi rire. »

« A propos de rire, vous avez maintenant de nombreux comiques qui passent à la télé pour vous faire rigoler ! »

« Ils disent tous des gros mots et tout le monde trouve ça drôle. Dans les années soixante dix, on savait s’amuser avec distinction. Le défilé militaire de Fernand Raynaud est un grand moment de divertissement. De même que ses démêlés avec Mademoiselle Lelongbec et Madame Procul . On ne se croyait pas obligé d’être vulgaire pour être amusant. »

« Heureusement, il reste le Pastis au café du coin. Vous reprenez un verre ? »

« Oui, mais dépêchons-nous, maintenant, le bistrot ferme beaucoup plus tôt. Et puis, on ne peut même plus venir le dimanche après la messe, il n’y a plus personne pour parler… Ils sont tous en week-end ! Je ne sais pas où c’est le week-end… mais ils y vont tous… ».

La valse des prénoms

16 février, 2013

Il n’était pas un dom Juan.

Même si Maria disait qu’il était son Jules.

Il portait souvent un Marcel.

Il ne collectionnait pas des louis d’or.

Ce  n’était pas un richard.

Car pierre qui roule  pas mousse.

Il savait se faire désirer

Mais il se retrouvait souvent Gros-Jean-comme-devant.

Il aimait les chansons des frères Jacques.

Dont il jouait la musique sur tous les octaves.

Notre rubrique haute couture

15 février, 2013

Jean et Mike se sont raccommodés.

Leur fausse dispute était cousue de fil blanc.

Mais, à la reprise de leur débat

Ils se sont examinés sous toutes les coutures

Comme s’ils étaient des pièces rapportées.

L’un craignait de se faire piquer ses idées par l’autre.

Les deux hommes avaient de l’étoffe.

Ils n’étaient point disposés à céder.

Une nouvelle fois, Jean aura sûrement maille à partir avec Mike.

Mike ne fera pas dans la dentelle non plus.

Ne brodons pas davantage !

Le calcul des Mayas

14 février, 2013

« Les Mayas avaient raison, tout ça finira un jour. Ils se sont simplement trompés de date. Ne leur en voulons pas. »

« Vous avez la nouvelle date ? »

« Euh… non, parce qu’avec les progrès de la médecine, on est sûr de rien. Les toubibs sont en passe de savoir remplacer toutes les pièces du corps humains. Bientôt, vous serez vous, mais plus vous. Votre corps sera un puzzle reconstitué à l’aide de morceaux venant d’autres personnes ou alors des machins synthétiques. Vous risquez donc de vous survivre. Le seul problème c’est que vous serez un autre. Les Mayas n’ont pas prévu cet inconvénient. »

« J’espère que mon remplaçant prendra soin de moi. Je suis très propre. Je n’aime pas le désordre. Il faudra qu’il range mes affaires comme il faut. J’ai aussi bonne réputation dans le quartier, si je suis surpris à faire n’importe quoi, ce sera la fin de ma popularité. »

« Euh… vous serez matériellement remplacé, mais peut-être que votre esprit sera encore là pour habiter et animer la machine. Ou pas. C’est un mystère. Les Mayas n’ont rien dit là-dessus. »

« Effectivement, si je suis moi, mais pas moi, je vais être déstabilisé. Déjà que je ne me reconnais pas toujours quand je m’énerve au bureau. »

« Les médecins nous allongent la vie, mais ne nous la facilitent pas. Je ne vois pas bien ce que je ferai à cent soixante ans. On va encore nous embêter avec le financement de la retraite. Il faudra inventer la super-retraite qui sera payée par les simples retraités. »

« Donc résumons-nous : on ne meurt plus, on est soi mais pas soi, et on attend la fin du monde sans connaître l’échéance.  Mais ce n’est même pas sûr que ce sera la fin puisqu’on sera remplacé par on-ne-sait-quoi. »

« En gros, c’est ça. Pour bien faire, il faudrait que les médecins nous ressuscitent un ou deux Maya. Puisqu’ils sont si malins, ils nous diront sûrement où on va.»

« Oui, mais il faudrait retrouver le Maya spécialisé dans le calcul de la fin du monde. S’ils font revenir à la vie le Maya-épicier de quartier, on ne sera pas beaucoup avancé. »

« En attendant, profitons de ce que nous sommes. Par exemple, moi je suis vivant et sympathique. Demain, je serai encore vivant, mais pas forcément sympathique si on me remplace des morceaux de moi-même par des pièces d’origine douteuse. »

« Finalement si les Mayas avaient prévu les progrès de la médecine et toutes leurs conséquences, ils se seraient sans doute plus appliqués dans leurs calculs. Mais j’y pense…. Ils ont peut-être déterminé une marge d’erreur. A-t-on recherché leur intervalle de confiance ? Si ça se trouve la vie va finir avant que les savants ne sachent la reconstituer. »

 

Les aventures de Martial, le martien

12 février, 2013

« Hier Martial, le martien a posé sa soucoupe volante dans l’un des plans d’eau du parc du château de Versailles. Son engin est tombé en panne. Il ne pouvait pas atterrir ailleurs. Au passage, il a démoli une grande partie de la principale roseraie du parc. »

« Et alors ? Qu’est-ce qu’il a fait, Martial? »

« Il a demandé à voir Louis XIV. Le Conservateur accourut et lui dit que Louis XIV est mort depuis longtemps. Alors, Martial a répondu : c’est vous le nouveau patron ? Ça change tout le temps chez vous ! »

« Il a réparé et est reparti ? »

« Bin…non. Il lui manquait une pièce de rechange. Il a du prendre sa sous-soucoupe pour aller la chercher à Paris. Chez Claudius le mécanicien. »

« Sa sous-soucoupe ? »

« Oui, tous les martiens transportent une sous-soucoupe dans leur soucoupe pour ne pas être immobilisés en cas de panne. C’est assez ingénieux. » 

« Donc Claudius a dépanné Martial… »

« Bin… non. Il y avait un délai car il fallait commander la pièce. Peut-être dans dix jours, mais ce n’était pas sûr car la Poste ne fonctionne pas bien en ce moment. Alors Claudius a conseillé à Martial de patienter au Château. Le conservateur lui a donné asile et l’a couché dans le lit de Louis XIV. »

« Il devait être content Martial. »

« Bin … non parce que ce matin, il n’a pas pu sortir de sa chambre car l’employé préposé aux clés avait pris une journée de RTT pour mener son chat au vétérinaire. Le Conservateur a du évacuer Martial par la fenêtre et le long d’une corniche. »

« Et après, ils se sont arrangés entre eux ? »

« Oui, mais le Brigadier Boulardon est arrivé. Il n’était pas content. Il a demandé à Martial, d’un ton rogue, s’il se rendait bien compte du bazar qui régnerait si chacun garait son véhicule dans les fontaines du parc du château de Versailles. »

« Martial était embêté, je suppose … »

« Un peu. En plus, il avait oublié de poser un triangle à terre pour signaler qu’il était en panne. Vu la situation, le Brigadier a téléphoné au Commissaire Michon pour avoir des instructions. »

« C’est normal, il faut que la hiérarchie assume ses responsabilités. Qu’a dit le Commissaire ? »

« Il a dit qu’il était en train de réprimer une émeute dans une banlieue sensible et qu’il invitait fortement le Brigadier a se débrouiller avec son histoire. Le Brigadier Boulardon a raccroché en marmonnant que lui aussi était sensible. Puis il a décidé de convoquer le martien au Tribunal pour s’expliquer devant le Juge. »

« Bon, alors ça va se régler à l’amiable. »

« Bin… non, parce qu’il y a un délai. Les tribunaux sont encombrés. Et puis la greffière est en congé maternité. »

« Martial était légèrement agacé. Il a donc fait appel au Médiateur de la République qui lui a répondu qu’effectivement son souci donnait une mauvaise image de l’accueil dans l’administration. D’ailleurs, il ne manquerait pas de le signaler dans son prochain rapport. Martial a demandé : alors qu’est-ce que je fais, moi ? Le Médiateur a déclaré qu’il comprenait sa question mais que pour sa réponse, il fallait instruire son dossier et compter un délai de six mois environ. Ne vous inquiétez pas a-t-il ajouté, je suis le dossier, je vous tiens au courant. »

Métiers et adverbes

11 février, 2013

L’écuyer ménage sa monture de lunettes pour voir loin.

L’italien mange des pâtes comme les coqs.

Marc lit dans celui de café.

Le charcutier parle : il discute du bout de gras

Avec le boucher qui lui, taille une bavette.

Le pompier se repose. Il ne brûle pas les étapes.

Le coiffeur prête ses outils : il passe un peigne fin.

Le musicien se promène, de concert avec sa sœur.

Le bûcheron est là, à l’heure H.

Le navigateur mène tout le monde dans son bateau.

Le deuxième homme

10 février, 2013

« Au début, il y avait un deuxième homme. Celui dont on ne parle jamais. Il s’appelait Georges. Adam l’a bien connu. »

« Vous êtes sûr de vos informations ? »

« Certain. On ne parle jamais de Georges car Eve a choisi Adam, ce dont le grand Georges s’est trouvé fort marri. »

« Il n’y avait donc pas de deuxième femme. »

« Si, elle se nommait Thérèse. Mais elle n’était pas d’un physique suffisamment avantageux pour intéresser Georges. Elle est décédée vieille fille. »

« Qu’est devenu Georges ? »

« Il s’est vengé de son insuccès féminin. Figurez-vous qu’il était fort et très habile dans la chasse à l’ours. Il en tirait de très belles peaux, très chaudes pour passer l’hiver. Adam, lui préférait la cueillette des cerises. C’était beaucoup moins risqué. Et comme il avait charge de famille, il fallait qu’il prenne soin de sa santé. »

« Qu’arriva-t-il ? »

« Il arriva que la famille d’Adam avait froid dans sa caverne d’une part et qu’elle était fréquemment atteinte d’indigestion de cerises d’autre part. Adam prit donc la décision de proposer à Georges d’échanger des peaux de bêtes contre des paquets de cerises. Les deux hommes se rencontrèrent pour négocier leurs marchandises. »

« Ce n’était pas idiot. »

« Au début, tout allait bien. Adam obtenait une belle peau d’ours pour 10 paquets de cerises. Mais Georges qui était d’une carrure athlétique consommait beaucoup de fruits. Il se prit à penser qu’il pouvait obtenir 12 paquets de cerises contre chacune de ses parures. Comme Adam renâclait devant cette hausse des prix inopinée, Georges eut une idée (et c’est là que sa vengeance prend corps). Il se dit qu’il lui suffisait d’attendre l’hiver et  des grands froids pour obliger Adam à accepter les nouvelles conditions du marché. »

« Et alors ? »

« Les prévisions de Georges s’avérèrent exactes. L’hiver suivant fut particulièrement rigoureux et Adam fut dans l’obligation de consentir aux conditions d’échange imposées par Georges pour protéger sa famille des basses températures. »

« Ce n’est pas très généreux de la part de Georges. »

« Oui, mais en attendant, la vengeance de Georges a été terrible. Nous en pâtissons encore, nous les descendants d’Adam qui ne sommes pour rien dans leurs histoires. Georges venait d’inventer le capitalisme et la spéculation. »

Notre rubrique sportive

9 février, 2013

Il s’en est fallu d’un cheveu que nous gagnions le match.

Mais l’arbitre a eu le toupet de ne pas siffler un penalty.

Il était peut-être de mèche avec nos adversaires.

Et puis le terrain était en mauvais état : trop de touffes d’herbe.

Il y avait encore des épis de blé partout.

Nous nous sommes donnés à fond, nous n’avons plus un poil de sec.

Nous allons relever la tête.

La prochaine fois, nous aurons le scalp de nos adversaires.

Heureusement, ce ne sera pas une équipe de coiffeurs.

L’empreinte d’un homme

8 février, 2013

Jules n’est pas un bleu.

C’ est un politicien auréolé de succès.

Il est entouré d’un halo d’admirateurs.

Il laissera sa trace dans l’Histoire.

Il est dur à la tâche.

Souvent, ses yeux sont cernés de fatigue.

Il fait toujours bonne impression.

Il n’a jamais été éclaboussé par les scandales

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