Archive pour le 17 février, 2013

Vive le progrès !

17 février, 2013

« Il ne faut pas s’accrocher au passé. Allons de l’avant. »

« Sauf qu’il y a cinquante ans, le facteur passait deux fois dans la journée. Aujourd’hui, je ne suis même pas sûr qu’il passe tous les jours. »

« Oui, mais maintenant, vous pouvez envoyer des mails. »

« A condition d’avoir un ordinateur et de comprendre comment ça marche. Non seulement, on n’a plus de courrier, mais il faut être intelligent pour pouvoir rester en contact avec son prochain qui, lui, a tout compris aux nouvelles technologies. »

« On a inventé la formation continue. »

« Même pour manipuler les pompes à essence ? Parce que dans le temps, le pompiste faisait tout. On lui disait : le plein ! Et il savait ce qu’il avait à faire. Maintenant, il faut comprendre comment marchent les automates. Je n’ai pas encore saisi à quel moment je dois introduire ma carte bancaire. Et en plus, je me fais houspiller par l’automobiliste qui attend derrière moi et qui sait se débrouiller avec la machine et n’admet pas que je ne sache pas. Ah ! Il est beau le progrès ! »

« Admettez quand même qu’il y a plus de liberté pour le consommateur. Vous pouvez retirer de l’argent quand vous voulez au guichet distributeur, par exemple. »

« A condition de ne pas se faire agresser et de ne pas oublier son code. Moi, avant, j’allais au guichet. Je donnais à Albert le montant voulu et il me comptait les billets nécessaires. En plus, il me demandait des nouvelles de ma santé. Ça me donnait l’occasion de me plaindre un peu, ce qui me soulageait fortement. Maintenant, le distributeur automatique ne me demande rien du tout. Je ne sais plus où aller pour gémir tranquillement. »

« Effectivement, ça manque peut-être de rapport humain. Mais les services sont de plus en plus accessibles au consommateur. Par exemple au super marché… »

« Parlons-en. J’ai acheté l’autre jour des mandarines qui ont toutes pourri en deux jours. Dans le temps, j’allais dans l’épicerie du père Dubois. Je lui disais : elles sont bien vos mandarines ? Et il me servait de la bonne marchandise. J’étais sûr du coup ! »

« Il y a des règles pour protéger les clients ! »

« Je ne me vois pas bien rapporter ma mandarine pourrie sur le bureau du directeur de mon supermarché pour exiger un remboursement. Il y aurait de quoi rire. »

« A propos de rire, vous avez maintenant de nombreux comiques qui passent à la télé pour vous faire rigoler ! »

« Ils disent tous des gros mots et tout le monde trouve ça drôle. Dans les années soixante dix, on savait s’amuser avec distinction. Le défilé militaire de Fernand Raynaud est un grand moment de divertissement. De même que ses démêlés avec Mademoiselle Lelongbec et Madame Procul . On ne se croyait pas obligé d’être vulgaire pour être amusant. »

« Heureusement, il reste le Pastis au café du coin. Vous reprenez un verre ? »

« Oui, mais dépêchons-nous, maintenant, le bistrot ferme beaucoup plus tôt. Et puis, on ne peut même plus venir le dimanche après la messe, il n’y a plus personne pour parler… Ils sont tous en week-end ! Je ne sais pas où c’est le week-end… mais ils y vont tous… ».