Archive pour le 7 février, 2013

Savoir attendre

7 février, 2013

« Aujourd’hui nous allons nous intéresser au problème de l’attente. C’est très important de savoir attendre. C’est une école de la vie. »

« Bin… non. Moi, ça me stresse. C’est une véritable agression d’attendre. Ou au moins une incertitude. Quand je suis dans une file d’attente devant un cinéma, je me demande toujours si la file s’écoule correctement. S’il n’y a pas, par hasard,  une cliente en tête de la queue qui éprouve le besoin de raconter sa vie à la caissière. Ou bien si lorsqu’arrive mon tour, un agent de sécurité ne va m’arrêter en disant que c’est complet. Souvent il ne me dit pas que c’est complet, mais il m’avertit qu’il ne reste qu’une place au premier rang, le nez collé à l’écran. Pour corser le tout, dans ce genre de circonstances, vous avez une bonne chance d’être assis à côté de gamins qui vont gesticuler pendant toute la séance. »

« Je reconnais que c’est un peu gênant. Mais s’il y a du monde, vous pouvez être certain que vous avez fait un bon choix de film. »

« Sauf si on me jette dehors parce que c’est complet. »

« La gestion des files d’attente s’est beaucoup améliorée. A la poste, vous n’attendez pas plus de dix minutes. On n’a plus le temps de bavarder dans les queues. »

« A condition d’être dans la bonne file d’attente. Moi à la Sécu, j’ai attendu dans une queue pendant un bon moment pour qu’une fois arrivé devant l’employé, m’entendre dire que je devais me présenter au guichet voisin. C’est très sympa ! »

« C’est effectivement un élément d’incertitude supplémentaire qui peut exaspérer. A la SNCF, il y a des gens qui se baladent le long des files pour vous demander ce que vous attendez de façon à s’assurer que vous attendez au bon endroit. »

« Vous voyez non seulement il faut attendre, mais en plus il faut attendre correctement. Sinon, vous êtes remis en place, et il faut recommencer l’attente depuis le début. Et même si vous attendez bien, vous pouvez encore avoir des surprises. Au supermarché, après avoir attendu une bonne demi-heure devant une caisse, j’ai été prié de recommencer devant une autre parce que la caisse en question venait justement de tomber en panne. C’est intéressant. Vous sortez de là-dedans dans un état nerveux qui inquiète même le corps médical… »

« C’est une manière de s’endurcir, de se forger un caractère. C’est très formateur finalement ! »

« Oui, sûrement. L’été dernier, je me suis formé au péage de l’autoroute. La barrière a refusé de se lever juste au moment où je passais. Il n’y eut qu’à faire reculer cinquante voitures alignées derrière la mienne. Et bien entendu, à ce moment là, il n’y a aucun agent de la société pour vous aider. Je me suis donc formé à leur boulot, je me suis fait engueulé par cinquante automobilistes dans un concert de klaxons et bien entendu, j’ai payé deux fois mon passage ! »

« Vous avez au moins un bon souvenir de vacances… »

« J’en ai même plusieurs. Quand je suis arrivé pour prendre ma location, j’ai du patienter deux heures trente pour qu’une employée veuille bien m’accompagner et me remettre les clés, le tout en plein soleil. Je ne vous raconte pas, le jour du départ, le temps qu’il a fallu pour attendre le chargé de l’état des lieux… »

« Le mieux, pour vous,  serait d’être riche et de posséder votre hélicoptère pour survoler le péage et votre propre villa sur la Côte pour éviter la location… »