Archive pour le 3 février, 2013

L’homme est solitaire et grégaire

3 février, 2013

« On est plus intelligent à plusieurs que tout seul. »

« C’est très discutable. On peut être très bête en groupe. La foule est stupide, animalière, c’est bien connu. D’ailleurs ce qui distingue l’homme de l’animal n’est-ce pas la capacité de l’être humain à se retrancher dans la solitude ? Le loup a besoin de sa meute. L’homme peut s’en dispenser de temps à autre. »

« Oui, mais enfin, vous ne pouvez pas prétendre tout savoir. Le boulanger vous fait votre pain, le garagiste répare votre voiture, la maître d’école enseigne à vos enfants. On est tous interdépendants les uns des autres. »

« Vous avez raison. Mais du fait du progrès technique, on va vers une individualisation excessive de la vie quotidienne. Par exemple, on a inventé la machine à fabriquer du pain qui pourrait me permettre de ne plus entretenir de relations chaleureuses avec le boulanger de mon quartier. La seule façon de sauver le métier du boulanger et mes relations sociales serait que le dit boulanger invente une recette fameuse de baguette que la machine ne saurait pas imiter. Le progrès tue la solidarité, mais on peut ne pas se laisser faire en développant l’initiative et le génie individuel. »

« C’est compliqué votre truc. Si je comprends bien, on est tous liés entre nous –au coude à coude dans la joie- mais il faut quand même que certains soient plus intelligents que d’autres pour éviter un nivellement par le bas. »

« Bin… oui. En 1998, on a été champion du monde foot parce qu’on avait Zidane, mais aussi une équipe qui jouait en équipe. En 2010, on n’avait plus Zidane et plus d’équipe non plus. C’est là l’ambivalence de la condition humaine. On est plus intelligent à plusieurs, mais il ne faut pas se sous-estimer quand on est tout seul. »

« Les gens qui se sous-estiment deviennent idiots en groupe. Je l’ai bien remarqué quand je vais au stade. Tout seul, je n’insulterais pas l’arbitre, mais à vingt mille on peut le traiter de tous les noms. Je ne risque rien. »

« Finalement, la bonne solution ce serait d’être intelligent tout seul tout en étant intelligent en groupe. »

« Oui, mais alors, il faut bien choisir son groupe. Si vous allez avec des gens moins subtils que vous votre niveau va baisser, vous allez en concevoir de l’amertume et la production du groupe va s’en ressentir. Si vous êtes en-dessous de la moyenne, vous allez vous sentir dévalorisé par le brio de vos voisins, vous allez alors entrer dans un processus de sous-estimation de votre personne et donc devenir complètement idiot. »

« Bon, alors qu’est-ce qu’on fait ? Il ne faut pas entrer dans un groupe ? Ou alors faire passer un test de QI aux autres avant de leur parler ? »

« Il y a bien la méthode qui consiste à parler de rien avec les autres, enfin de rien d’intelligent : du temps, de votre belle-mère, du gouvernement… »

« Finalement : je préfère votre solution  … Pas trop intelligent tout seul, ni en groupe. C’est moins risqué. »