Vous êtes au parfum

« Votre parfum est suave et capiteux. »

« C’est quoi la différence ? »

« Suave c’est quand c’est agréable aux sens, capiteux c’est quand ça monte à la tête en provoquant une sorte d’ivresse. »

« Dites tout de suite que j’aguiche !»

« Bin… peut-être ! Vous comprenez mon odorat est agressé toute la journée. Le matin, ça sent le café, le midi, des odeurs de cuisine, le soir la transpiration des corps. Sans compter les odeurs de pétrole dans la rue, de désodorisant dans les toilettes ou de cuir mouillé quand il pleut… »

« Alors, évidemment dès que vous sniffez un parfum de femme, vous êtes complètement affolé. Il ne vous en faut pas beaucoup ! »

« Peut-être. Ce qui me contrarie, c’est qu’aucune femme n’est bouleversée par mon eau de toilette dont je m’asperge abondamment. Je me suis toujours demandé si une femme parfumée sent le parfum des autres. Peut-être qu’elle se parfume pour ne pas sentir les autres ! Comme une armure odorante»

« Votre eau de toilette ne m’intéresse pas particulièrement…. Il faut que je me sente bien dans mon parfum. C’est tout.»

« Oui, mais on vous suit à la trace. Si c’était plus discret vous pourriez peut-être vous laisser subjuguer par mon eau de toilette.  Vous ne savez pas ce que vous perdez. »

« Je me fais remarquer comme je peux. Vous, vous auriez intérêt à miser sur autre chose que votre eau de toilette pour que je vous observe favorablement. »

 « Finalement, c’est très injuste, vous avez l’autorisation de vous envelopper d’effluves sensuelles et nous, les hommes, il faut qu’on se contente d’une misérable odeur de violette ou alors de sentir mauvais. Si on se parfume, on est pris pour des femmelettes. »

« Euh… non, vous  n’êtes pas obligé d’infester l’atmosphère, c’est très désagréable et ça m’obligerait d’être encore plus capiteuse pour résister. Vous risqueriez de succomber à mon charme aromatique et là on ne s’en sort plus. »

« Bon, alors je sens quoi ? »

« J’en sais rien. De toute façon, je ne vous sens pas. »

« Alors c’est pas la peine que je me ruine en eau de toilette. »

« Euh… oui, ce n’est pas la peine. Mais quand je disais que je ne vous sens pas, je voulais dire que je ne vous aime pas beaucoup. A la violette ou à la rose, c’est pareil, je vous trouve un peu trop bizarre à mon goût. »

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