Archive pour décembre, 2012

La vie d’un grand homme qui n’était pas sot

10 décembre, 2012

Marius aimait manger des nouilles.

En ayant une gourde de bon vin à ses cotés.

Ou alors une cruche du même nectar.

Mais il pouvait aussi déguster une andouille

Avec une patate

Et des cornichons.

Il élevait un oiseau à ses cotés : un serin, pour être précis.

Pour vivre, il vendait des truffes.

Car ce n’était pas une cloche.

Il a longtemps demeuré dans mon village.

Mentir bien

9 décembre, 2012

« Je trouve que vous trichez beaucoup aux jeux. »

« Bin… oui, je n’aima pas trop me sentir inférieur aux autres, intellectuellement ou physiquement. Ça diminue ma confiance en moi. »

« Et avec la vie, vous trichez ? »

« Bof…. Comme tout le monde ! Par exemple, je traverse la rue en diagonale quand il n’y  a pas de policier pour regarder. Ou alors, je pousse la poussière sous le tapis quand ma femme n’est pas là et quand j’ai la flemme de sortir l’aspirateur. » 

« Oui, mais tout le monde le fait, ça. Vous n’auriez pas quelque chose de plus croustillant. Une maîtresse que vous cacheriez à Madame, par exemple. »

« Euh… oui, mais ça ce n‘est pas de la triche. C’est la vie. »

« Je ne sais pas si c’est de la triche, mais c’est un gros mensonge. Vous trompez votre épouse et si ça trouve, vous trompez votre maîtresse si vous ne lui avez pas dit que vous êtes marié. »

« Mais tout le monde ment. Votre patron, par exemple, celui qui vous a fait beaucoup de compliments dans votre dernier entretien d’évaluation. Eh bien, il a menti…. La procédure d’entretien d’évaluation lui pompe tout son temps et son énergie. Il n’a aucune intention de se mettre encore plus de soucis sur le dos en vous adressant les reproches que vous méritez. »

« Il ne manquerait plus que ça… Mon travail est irréprochable ! »

« Vous voyez vous vous énerver tout de suite. Votre patron, il a besoin de paix sociale autour de lui qu’il achète avec un peu de mensonge. Le mensonge a des vertus qu’on ne soupçonne pas toujours. Sauf quand on a l’habitude de mentir. »

« Vous y parvenez ? »

« Euh… je me débrouille pas trop mal. Mais ce n’est pas toujours simple. Il faut savoir mentir efficacement. Par exemple, si je vous dis que j’aime bien parler avec vous, je mentirais, mais ce ne serait guère intéressant parce que vous allez en prendre ombrage et je risque de perdre un auditeur. Je ne tiens pas à me retrouver tout seul. Il me faut des interlocuteurs que je n’aime pas pour apprécier les autres. »

« Ça tombe bien parce que je ne vous aime pas beaucoup non plus. Mais ça m’intéresse toujours de savoir ce que pensent les gens que je ne supporte pas. Finalement, nous ne nous disons pas la vérité, mais ça nous arrange tous les deux. Le mensonge nous rapproche. »

« Euh… ça s’appelle plutôt de l’hypocrisie. »

« Si je résume : pour bien vivre avec autrui, il faut tricher avec les règles légales, mentir à ses proches et ne pas oublier d’être hypocrite pour maintenir ses relations avec les autres. Il ne faut pas s’étonner que l’on recense de plus en plus d’exclus de la société quand on voit le nombre d’honnêtes gens qui continuent imperturbablement à rester loyaux. »

Il ne faut pas s’énerver comme ça !

8 décembre, 2012

Le cheval rua dans les brancards

La mouette poussa de hauts cris

Le guerrier leva son bouclier

Le paysan fit du foin

Le gendarme se gendarma

Le musicien éleva le ton

Le sourd ne l’entendit point de cette oreille

Le tonnerre gronda

Le vent se mit debout

Tous des chefs !

7 décembre, 2012

Karim menait une vie de pacha.

C’était le roi de la conserve.

Il savait jouer les grands seigneurs.

Les barons de la drogue l’avaient approché.

De même que les caïds de quartier.

Mais il n’avait pas envie de prendre des bosses.

Il préférait rester avec Lola qui lui faisait des massages à l’huile

Ainsi que son père Raymond, le doyen de la famille

Qui portait toujours un gros bonnet de laine.

Et Monique, sa mère, qui cultivait des mandarines.

Donnant-donnant

6 décembre, 2012

« La vie est une succession de contrats. C’est normal. Vous avez continuellement le besoin d’échanger avec les autres. Vous donnez quelque chose et en contrepartie on vous rend un service ou un bien de valeur supposée égale. »

« Oui, c’est comme ça que ça fonctionne de manière plus ou moins implicite. L’école, le mariage, le boulot. Mais c’est autant de liens qui bâillonnent votre liberté. J’aimerais bien, par exemple, recevoir de l’argent sans rien faire.»

« Ça s’appelle la retraite. C’est pas mal, c’est un début de liberté, sauf que ça arrive à la fin. Comme pour vous donner un regret. En gros, on vous dit : voilà comment ça aurait pu se passer si vous aviez été libre de vos faits et gestes, mais vous n’allez pas en profiter longtemps. Dommage pour vous.»

« Remarquez, il y a une autre solution pour se sentir dégagé de tout lien. C’est de donner quelque chose sans attendre de contrepartie. Par exemple, vous décidez de traverser le Pôle Nord en traineau par un froid de canard. Gratuitement. Pour rien. »

« C’est assez noble comme ambition. Mais vous ne croyez pas que vous aurez envie de raconter votre exploit dans un livre au retour. Pour que ça vous rapporte argent et notoriété. Le mieux, ce serait que vous arpentiez la banquise sans que personne ne le sache ; ça ne me dérangerait pas. Ou encore que vous vous enfonciez sur les glaces sans en revenir. C’est pas mal non plus. »

« Si je comprends bien, c’est toujours du donnant-donnant. Et quand vous n’avez rien à donner, vous vous excluez de la société, voire de cette planète. »

« Il peut y avoir des exceptions. Par exemple, vous me devez cent euros. Mais comme je suis sympa, je ne vous les réclame pas. Vous êtes donc libre de me les rembourser ou pas ! »

« Bin… non. Parce que je suis taraudé par le remord et la gêne si je ne vous les rends pas. Je suis en quelque sorte prisonnier de moi-même et de mon amour-propre. C’est encore plus dérangeant que d’être contraint par une obligation sociale. Vous ne vous rendez pas compte ! Même quand on n’échange pas avec les autres, on échange encore avec soi-même. Et là, ça ne rigole pas. Les négociations sont sévères. »

« Vous avez bien raison. Prenons un autre exemple pour bien nous faire comprendre : je suis à la retraite et je n’en fiche pas une rame. Certes je ne dois rien à personne. Mais, au bout du compte, je vais me trouver paresseux et indolent. Ma dignité va m’interpeller. Il ne faut pas compter sur mon ego pour me ficher la paix ! »

« Bon d’accord. Je vais essayer un truc. J’arrive justement à la retraite moi aussi. Je m’embarque demain pour le Pôle Nord. Comme ça ma dignité, mon amour-propre … tout le monde sera content. En revenant, si je reviens, je ne dis rien à personne. Je mentirais en disant que je me suis offert une croisière au Bahamas. Tout le monde sourira : quelle chance ils ont ces retraités ! Mais je compte sur vous pour faire semblant de découvrir publiquement mon exploit sur la banquise en couvrant de louanges ma grande modestie puisque je ne m’en serai pas vanté. Après, je pourrai écrire tranquillement un livre sur ma traversée. »

Tout contre

6 décembre, 2012

C’est un individu controversé.

Il n’hésite pas à aller à contre-courant des opinions admises

Et à prendre ses interlocuteurs à contre-pied.

S’il le faut, il se dresse contre vents et marées.

Personne n’ose le contredire.

Ni même le contrarier.

Cependant, il aime faire des contrepèteries

Ce qui contraste avec son frère

Qui pratique la contrebande

Pour le contrarier.

Nos très mauvais conseils

5 décembre, 2012

« Je vais peut-être dire une bêtise… »

« C’est bien possible, ça vous arrive souvent. »

« Vous pourriez m’encourager à m’exprimer. Si vous croyez que c’est facile ! »

« Mais mon pauvre, il ne faut pas commencer comme ça. Certes, c’est une manière de vous défendre par avance de toute moquerie, mais on a l’impression que même vous, vous êtes convaincu de ne dire que des âneries ! »

« Bon, alors on fait comment ? »

« Bin… dites : j’ai beaucoup réfléchi et j’en suis venu à la conclusion que… Ainsi, vous donnez beaucoup plus de poids à ce qui suit. Allez-y ! Essayez ! »

« J’ai beaucoup réfléchi et j’en suis venu à la conclusion que… »

« Bin, non… ça le fait pas. »

« Ah bon et pourquoi ? »

« Parce qu’il faut prévoir un comparse dans la salle qui hoche vigoureusement la tête et qui déclare que votre intervention est particulièrement importante et qu’elle vient à point pour enrichir le débat. S’il peut vous remercier de la pertinence de vos remarques, c’est encore mieux. »

« Oui, mais je ne suis pas toujours très sûr de ce que je raconte. »

« Alors là, il faut prévoir un contradicteur. Evitez de choisir la personne qui sera chargée de vous appuyer. Votre contradicteur devra s’opposer à votre thèse sans vous froisser. Il peut dire qu’il va rebondir sur ce que vous avez dit, tout en affirmant le contraire. Ainsi il aura placé sa façon de voir les choses sans vous mettre publiquement en difficulté. Vous donnerez le sentiment d’avoir participer activement à la controverse. Votre dynamisme sera remarqué.»

« Si je comprends bien, il vaut mieux avoir un débat avant le débat. A part mon comparse et mon contradicteur, faut-il prévoir quelqu’un d’autre ? »

« Oui, l’animateur de la discussion. Lorsque vous n’êtes pas très au point sur une question, il faudrait lui faire un petit signe convenu pour qu’il annonce que la discussion est particulièrement intéressante, mais qu’elle s’écarte un peu du sujet et que, comme l’heure tourne, il faudrait revenir à l’ordre du jour. Il pourrait aussi proposer de renvoyer les thèmes qui vous gênent à une autre réunion dont il oubliera de fixer la date. Vous comprenez ? »

« Euh… oui, je vois. Et les autres ? »

« Les autres sont là pour ne rien dire. De toute façon ce sont tous des imprévoyants. Ils n’ont pas préparé leur réunion aussi bien que vous. Au mieux, ils peuvent prendre des notes. Faites attention au compte-rendu, il est important que votre nom soit cité à plusieurs reprises. Eventuellement contestez la rédaction en demandant un rectificatif, ça donnera encore plus d’importance à ce que vous avez dit. »

Poissons de décembre

3 décembre, 2012

Louis n’est pas un requin de la finance.

Ce n’est pas un maquereau non plus.

Il n’aime pas ce panier de crabes.

Il en rit comme une baleine.

Il se faufile comme une anguille entre les difficultés.

Il aime retrouver ses amis au bar de Léon.

C’est un lieu dont il apprécie le calme.

Mais quand Léa vient le chercher, il met le turbot.

Et file à la maison comme une torpille.

Télé-réalité

2 décembre, 2012

« Je vais faire une émission de téléréalité. Chez moi. Je serai tout seul. Comme ça, personne ne pourra m’éliminer sinon il n’y aura plus d’émission. »

« Mais il faut qu’il y ait un mystère, une intrigue, un peu d’érotisme si possible. Sinon votre émission n’intéressera pas les téléspectateurs. »

« Il n’y aura pas de suspense puisqu’on ne pourra pas me virer de chez moi. Ce sera complètement inintéressant. Si cela avait de l’intérêt, ce ne serait pas une émission de télé réalité. »

« Si je comprends bien, on ne verra que votre activité quotidienne. Ça va être gai ! »

« Parfaitement, on assistera d’abord à mon petit déjeuner. Moi aux prises avec des tartines dégoulinantes de confiture. Les gens seront ravis d’apprendre qu’ils ne sont pas les seuls à s’en mettre plein les doigts ».

« Effectivement, c’est important ! »

« Puis, il y aura la douche. Là, vous avez raison, je mettrai un peu d’érotisme pour attirer les voyeurs. Je flanquerai de l’eau parterre pour que les gens identifient mieux leurs petits soucis quotidiens. Et puis, le brossage de dents sera un moment particulièrement attendu. »

« On tient un vrai succès télévisuel. »

« Plus tard, je ferai mon ménage au vu et au su de millions de téléspectateurs. Ma façon de dépoussiérer mon tapis va me valoir un courrier monstrueux. Je ne suis pas sûr de faire face. Il sera nécessaire que je m’excuse de ne pouvoir répondre à tout le monde. »

« J’ai hâte de voir ça. Je suis impatient de comparer votre coup de main à ma technique de passage de l’aspirateur. Nous pourrions avoir un échange riche à ce sujet. »

« Vers midi, on observera à mon déjeuner. Là, la tension sera extrême. Les bookmakers enregistreront des paris sur la composition de mon menu que je ne révèlerai qu’au dernier moment ! »

« Je vais miser gros sur votre steak-petits pois.»

« Dans l’après-midi, on me verra jouer gaiement dans le jardin avec mon chien. Chacun louera la rapidité avec laquelle Médor rapporte la baballe à papa. Les gens regarderont leur animal domestique d’un autre œil. »

« Il faudrait que vous disiez des gros mots de temps en temps, ça se fait dans une bonne émission de téléréalité. Ça donne un ton naturel à l’ensemble. »

« Vous avez raison. Vous pourriez m’en préparer quelques uns. Je montrerai aussi que je suis sportif. Cinq minutes d’abdos sur mon balcon, je devrais pouvoir y arriver. »

« Et votre émission va durer combien de temps ? »

« Quatre heures trente par épisode. »

« Il faut bien ça. »

« L’apothéose, ce sera le moment où on me voit enfiler mon pyjama à rayures pour aller me coucher. La séquence sera géniale… »

« Chut ! Ne révéler pas la fin tout de suite, ce serait dommage ! »

Bande de fainéants

1 décembre, 2012

Le lézard lézarde.

Le chêne s’éveille : ses branches glandent.

Les fleurs sont encore des pousses qui se tournent vers le soleil.

Jean laisse aller sa barque sur le courant de la rivière. Dans l’eau, il ne fiche pas une rame.

Dans le jardin, apparaitront bientôt les légumes dans leurs cosses.

Jean fait ses cigarettes : il se les roule lui-même.

Jeanne s’épile : elle a un poil dans la main.

Maurice ne s’est pas chaussé : il traine ses savates.

Il n’y a que le paresseux qui s’agite.

 

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