Archive pour novembre, 2012

Justice !

10 novembre, 2012

Pierre accuse le coup.

Jean témoigne de sa bonne volonté.

Chez lui, il ne fait pas la loi.

Berthe déguste son avocat.

Louise appelle son chat « le greffier ».

Celui-ci joue entre les barreaux de sa chaise.

Marcel n’a juré de rien.

Eve se donne de la peine.

Georges joue au foot comme défenseur,

Dans la cour.

Tous se retrouvent à la « Brasserie du Tribunal ».

Juste à coté du Palis de Justice.

Glou et glou

9 novembre, 2012

Les deux hommes sont sur la même longueur d’onde.

Ils nagent dans les mêmes eaux.

L’un dispose de beaucoup de liquide.

L’autre sait se mouiller quand il le faut.

Ils ne font pas de vagues.

Mais ils sont au courant de tout ce qui se passe.

Ils n’ont jamais leurs vapeurs.

Ils font des affaires dans leur style très fluide.

Avec eux, tout coule de source.

Ce n’est jamais la mer à boire.

 

Sortir de la crise ou pas ?

8 novembre, 2012

« Il ne faut pas toujours jouer les Cassandre ».

« Peut-être, mais enfin les gens sont beaucoup plus intéressés par les mauvaises nouvelles que par les bonnes. Quand vous leur annoncez que tout va mal et que ça va encore aller plus mal, vous faites courir un frisson de terreur le long des échines, c’est très excitant ! »

« Moi, j’aimerais bien qu’on me dise que je vais sortir de la crise ».

« Vous êtes spécial.  Si je vous dis ça, vous allez vous trouver sans perspective. Vous n’allez plus avoir de quoi vous plaindre. Vous vous trouverez très mal tandis que si je vous dis de vous attendre à souffrir encore plus, vous serez de plus en plus soucieux donc plus intéressant pour vous et les autres. Vous vous imaginez vous lever le matin  d’une humeur joyeuse, sans préoccupation ? »

« Je pourrais me préoccuper d’autre chose que de nourrir ma famille. Me cultiver par exemple ou faire du sport ».

« Euh… bin, non. Lire ou aller au musée exige une tension intellectuelle dont vous êtes incapable. Vous êtes beaucoup trop sollicité : le bureau, la voiture, les enfants, la télé … Quant à faire du sport, vous n’avez pas un dynamisme suffisant. Vous attrapez des courbatures à la moindre gesticulation corporelle et vous finissez par gémir sur votre sort. Avec la crise, vous gémissez aussi, mais dans le confort de vos articulations ».

« Bon d’accord. Mais reconnaissez que la crise est difficile à supporter. Ce n’est pas la peine de m’expliquer toute la journée que ça va être encore plus difficile ».

« Euh… si. Parce qu’il ne faut pas que vous ayez un espoir. Sinon, vous allez relâcher vos mœurs. Peut-être même que vous vous offrirez le voyage de vos rêves. A ce train-là, nous allons vers une société avachie, faible, déclinante. Pensons un peu à nos enfants ! »

« Justement, j’aimerais bien qu’ils ne souffrent pas trop. Julien déprime facilement et Marie me fait une colère dès qu’elle est contrariée ».

« C’est la crise de l’adolescence. On a tous connu ça. Quand ils deviendront adultes, ils feront comme tout le monde : ils accepteront la dureté des temps et ils seront très contents de gémir. Vous n’allez tout de même pas les priver de se lamenter sur leur sort pour attirer l’attention d’autrui. Pauvres enfants ! Vous les voyez sérieusement, à quarante ans, arriver au bureau en sifflotant et en repartir en trouvant que la vie est belle ! ».

« Vous avez raison. Je vais essayer de les culpabiliser davantage pour qu’ils s’acclimatent à l’idée de pâtir. Après tout, moi il y a quarante ans qu’on me parle de crise. C’est vrai qu’ils me coûtent cher. Je vais réduire le budget de Noël ».

« Voilà qui est sérieux. Vous verrez, vous leur donnerez une raison de vous en vouloir, donc de se sentir vivre. Un adolescent qui est content de tout ne se prépare pas un bel avenir ».

« Euh…. Vous n’auriez pas un autre bon conseil ? Vous êtes bien sûr qu’on ne va pas sortir de la crise rapidement ? Je ne voudrais pas qu’on n’ait plus assez d’ennuis ».

Mettons du lien entre nous

7 novembre, 2012

Il y a la queue pour entrer au cinéma.

Nous sommes en file indienne.

Nous faisons les poireaux.

Bien encadrés par un cordon de police.

Mais Jean connait les ficelles.

Il travaille à la chaîne.

Dans une fabrique de câble.

Personne ne le tient en laisse, Jean.

Il ne perd pas son temps à dire son chapelet.

Il saute plusieurs rangées.

Il se fait un peu enguirlandé.

Tandis que moi, je rattache mon lacet 

Un débat de haute tenue

6 novembre, 2012

« Il fait froid. Je parle rarement de la météo, parce qu’après tout chacun est capable de se rendre compte qu’il fait froid. On n’a pas besoin de moi ».

« Oui, on n’a pas besoin de vos remarques qui n’apportent rien au débat. Ceci dit, c’est vrai qu’on sent bien la fraîcheur matinale ».

« Vous introduisez une nuance importante et pertinente. La baisse de la température se fait effectivement davantage remarquer le matin au moment où nous nous extrayons de la chaleur des couvertures. Merci de cette précision ».

« Je voudrais aller un peu plus loin, si vous le permettez. Certes, la sensation de refroidissement est désagréable alors que nous resterions volontiers au lit. Mais remarquons bien qu’il s’agit d’un froid sec. Bien plus favorable à la santé que l’humidité. Les miasmes et les microbes sont détruits. C’est peu favorable à leur développement. Hop ! Partis les miasmes et les microbes ! »

« Votre remarque est particulièrement intéressante. Je pense que je vais me lever plus facilement demain. J’ai toujours l’impression d’être assailli par les miasmes et les microbes. Finalement, vous avez raison, il fait froid, mais c’est préférable à un temps pluvieux qui, lui, est responsable de tout un tas de maladie ».

« Absolument ! Heureusement que je suis là pour le faire remarquer. La plupart des gens disent : il pleut ! Benoitement, sans se soucier davantage des méfaits d’un ciel humide. Au mieux, ils ajoutent : mince alors, j’ai oublié mon parapluie ! Quelle imprudence, en effet ! Je suis obligé chaque fois de les morigéner. Mais c’est pour leur bien ».

« Remarquons quand même que s’il y a un intérêt à observer qu’il fait un froid sec ce matin et de nous en réjouir vivement, il ne faut pas oublier que la douceur de l’automne dernier n’était pas désagréable ».

« Oh la ! Comme vous y allez ! Il faut faire très attention aux automnes qui ressemblent trop à l’été. D’abord parce que cela favorise la mollesse des tempéraments et ensuite parce qu’il faut que les saisons se fassent comme disaient nos ancêtres. Un automne doit être maussade par définition pour endurcir les caractères et ainsi mieux les préparer à l’hiver. Il serait extrêmement dangereux pour la population que les gens arrivent au 21 décembre complètement hilares et heureux de vivre ! ».

« Vous avez encore raison : il est nécessaire de vivre pendant trois mois dans une froidure mordante en espérant tous les jours la douceur du printemps. Je pense même qu’il y a un intérêt à ce que le printemps fasse languir un peu plus longtemps le public de façon à ce que son arrivée soit mieux appréciée ».

« Je le crois : un printemps trop précoce n’est pas une bonne chose. On se croit délivrer des frimas et paf ! Une bonne gelée arrive derrière ! Quelle frustration ! ».

« Quand à l’été n’en parlons pas. Les gens vont encore se plaindre qu’il fait chaud. Mais bien sûr, leur dis-je : c’est l’été ! Certains en profitent pour se promener quasiment nus. Le froid a au moins l’intérêt d’interdire à ceux-là de se livrer à leur fantasme indécent. »

« Il est vrai que je n’ai vu personne en bras de chemise, ce matin. A moins 10, les indécents reculent devant l’expression de leur vice préféré. Ah ! Ah ! »

« Bon, vous descendez à cet étage, je crois ? »

« A demain. Il reste encore quelques points à éclaircir dans notre débat ! ».

Nos très mauvais poèmes

6 novembre, 2012

John se fait de la bile

Il a des soucis avec son automobile.

Il ne s’entend plus avec son ami Bill.

Aux jeux de fléchettes, il n’est pas très habile.

Il ne peut plus payer le forfait de son mobile.

Il hésite à se marier avec Sybille.

Est-elle vraiment nubile ?

Elle lui parait bien trop volubile.

Il est épuisé par son babil.

 

Notre rubrique financière

4 novembre, 2012

« A la radio, ils ont annoncé que la dette de l’Etat représente plus de 25 000 euros par habitants. C’est inquiétant. Vous n’avez pas l’air dérangé par cette nouvelle ».

« Bin… non, moi je suis créancier de l’Etat alors…. » .

« Ah bon, et vous êtes content ? Vous avez un bon placement ? »

«Bin… non, je suis pas content. L’Etat augmente mes impôts pour rembourser ma créance. Autrement dit, je rembourse moi-même le prêt que j’ai accordé. C’est fortiche ! ».

« Moi, de toute façon, je n’ai pas 25 000 euros pour rembourser ma part, je suis tranquille».

« Je pourrais vous envoyer l’huissier, ce serait plus pratique pour moi, parce que envoyer l’huissier à l’Etat, je ne vous dis pas la galère… ».

« Ne craignez rien, l’Etat emprunte à l’étranger pour vous rembourser ».

« Autrement dit, il faudra que je rembourse les étrangers une fois que j’aurais retrouvé mon capital augmenté de mes intérêts. On progresse ! ».

« Euh… si je comprends bien, vous êtes créancier et vous voulez être exonéré d’impôts ? ».

« Je me sentirais beaucoup mieux en effet, si ça ne vous dérange pas trop ».

« Tout de même, vous utilisez les routes et les hôpitaux pour votre usage personnel ».

« Oui, mais la dette publique est plutôt destinée à payer les fonctionnaires. A propos vous êtes fonctionnaire ? Donc, c’est bien ce que je disais, vous me devez de l’argent… »

« Vous avez de drôle de raisonnements. Au nom de la solidarité nationale, vous pourriez abandonner votre dette par exemple au lieu de chercher de nouveaux avantages ».

« Bin moi je veux bien mais plus personne ne prêtera à l’Etat. Ce n’est pas souhaitable. Prenons un exemple simple. Si vous voulez que je vous prête de l’argent, il faut commencer par me rembourser celui que vous me devez. Vous comprenez ? »

« Si j’ai besoin d’argent, je ne vois pas comment je vais vous rembourser ».

« Nous y voila. Réduisez votre consommation, vendez votre maison, votre voiture. Soyez pauvre, comme tout le monde ! ».

« Mais si je suis pauvre, vous ne me prêterez plu puisque je n’aurais plus de capacité de remboursement. Si tout le monde est pauvre, vous ne pouvez plus prêter à personne. Vous voyez bien que je dois être un petit peu riche. Enfin bref, il faut que le créancier croit que le débiteur soit un petit peu riche, sinon son argent lui reste sur les bras ».

« Si je vous suis, il vaudrait mieux que je prête mon argent à des gens qui n’en ont pas vraiment besoin  pour être sûr qu’ils me le rendront ».

« Euh… là, je crois que notre raisonnement commence à s’embrouiller un peu… »

Les couvre-chefs

3 novembre, 2012

Il semble que Mauricette travaille du chapeau.

Il est vrai qu’elle change souvent de casquette.

Elle a épousé un canotier.

Qu’elle appelle affectueusement : « Mon bibi ».

Tout en lui donnant une petite calotte.

Ils reviennent de Panama.

Où ils n’ont pas fréquenté les gros bonnets de la drogue.

Ils ont le projet de cultiver des melons.

Et de vendre des stylos feutres.

Le temps au temps

2 novembre, 2012

Je suis marié avec ma seconde femme.

Je suis marchand de cocottes-minutes.

Je suis ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

Je me lève dès que se pointe le jour.

Je vis à la petite semaine.

Pour livrer mes clients, mon bourricot John porte une ânée de matériel.

Je suis aussi dans le luminaire : je fais  commerce de lustres.

Bien que nous ne soyons pas au siècle des lumières.

Riche et pauvre

1 novembre, 2012

« Je crois que je ne vous ferai pas de cadeau à Noël. C’est beaucoup trop cher. Vous comprenez avec les restrictions budgétaires… Et puis, je perds toujours un temps fou à essayer de deviner ce qui vous ferait plaisir ».

« Ça tombe bien, moi non plus. Je n’ai plus un rond devant moi. Je suis obligé de faire des priorités, vous comprenez. Votre cadeau ne m’est pas indispensable. Je peux très bien m’en dispenser».

« Et puis je vais arrêter de vous inviter à diner. Vous mangez et buvez beaucoup. La dernière fois, vous avez vidé mon bar en critiquant la décoration de mon salon».

«C’est bien comme ça.  Moi je ne peux plus vous payer à bouffer non plus. Au prix de la côtelette d’agneau, ce n’est plus possible. Et puis, quand vous venez, vous restez tard le soir et le résultat c’est que je suis crevé le lendemain ».

« Finalement, la crise détruit les relations sociales. C’est triste. On ne peut même plus dîner ensemble ».

« Oui, ce n’est pas que ça m’enchantait, mais ça me donnait un but dans la semaine ».

« Quand on est entre pauvres, on est obligé de s’ignorer alors que nous aurions besoin de solidarité. De nous serrez les coudes. Vous y avez réfléchi ? ».

« C’est vrai. Lorsque nous étions riches, je me fichais de votre sort, si bien que l’on pouvait se voir souvent. C’est assez paradoxal ».

« Le mieux serait que je redevienne riche et que vous restiez pauvre. Je pourrais plus facilement vous inviter à déjeuner. En plus, ça me donnerait bonne conscience. Votre situation émouvrait mon bon cœur ».

« Euh… non ! Je ne suis pas trop d’accord ! Ce serait un acte de charité. Ma dignité s’en trouverait gravement affectée. Faisons plutôt l’inverse. Je suis riche et vous pauvre. Je ne vous convierais absolument pas. Comme ça, on serait tranquilles tous les deux ».

« Et la solidarité citoyenne, qu’est-ce que vous en faites ? »

« Ah oui ! C’est vrai ! J’avais oublié. Ne vous en faites pas, je garderai un bol de soupe pour vous ».

« Je n’aime pas trop la soupe. Si vous sentez que vous redevenez riche, prévenez-moi. J’irai manger ailleurs ! »

« Vous aussi. La roue de la fortune tourne. Vous pourriez être appelé à un grand destin très rapidement. Passez-moi un coup de fil !».

« Pour le moment, j’ai résilié mon abonnement téléphonique, c’est beaucoup trop cher. Le mieux, ce serait de se réunir sur le trottoir pour se tenir au courant de nos évolutions respectives ».

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