Un rendez-vous

« Je suis tombé dans un embouteillage. Après, il a fallu trouver une place de parcmètre, puis j’ai cherché l’horodateur. Mais je n’avais pas de monnaie. J’ai arpenté les rues espérant trouver une boutique ouverte. Dans une boulangerie, j’ai acheté trois pains au chocolat avec un billet de dix euros en calculant mon coup de manière à ce que la boulangère me rende des pièces compatibles avec la machine à distribuer des tickets de stationnement ».

« Et ensuite qu’est-ce que vous avez fait ? »

« Je suis allé à mon rendez-vous. Dans le hall d’accueil, il y avait une queue de dix personnes devant l’unique préposée. Je suis tombé derrière une dame qui ne comprenait rien aux instructions de l’employée. J’ai du l’aider en la réorientant car elle s’était trompée d’adresse. Ce faisant, j’ai laissé passer mon tour et j’ai du reprendre la file d’attente ».

« Et alors ? »

« Quand j’ai énoncé le nom de la personne que je devais voir, la chargée d’accueil l’a appelée au téléphone. Malheureusement, elle ne répondait pas. La jeune femme a reposé son combiné et m’a prié d’attendre. Elle a ensuite reçu un monsieur âgé qui patientait depuis un moment. Le monsieur entendait mal, j’ai du lui retraduire ce que disait la jeune femme qui parlait très vite comme tous les jeunes d’aujourd’hui ».

« C’est courant, en effet. Et puis ? »

« A ce moment là, la personne de l’accueil paraissait avoir oublié mon rendez-vous. Je lui ai reformulé la raison de ma présence. Elle m’a jeté un coup d’œil agacé et puis elle a sonné mon interlocuteur. Elle est tombée sur sa secrétaire avec laquelle elle devait être copine puisque que la chargée de m’accueillir s’est marrée pendant un bon moment. Elles se sont raconté des choses à voix basse en pouffant pour que je n’entende pas. A la fin, la femme a raccroché en soupirant ».

« Et là, elle vous a dit de monter …. »

« Non elle a d’abord dit : sacré Bernadette, va ! Et puis comme je continuais à l’interroger du regard, elle m’a lancé : quatrième gauche, bureau 212, ascenseur derrière vous ».

« Vous êtes donc monté… »

« Bin, pas tout de suite, parce que l’ascenseur était plein. Je l’ai rappelé trois fois. A la quatrième, il y avait une place pour moi. Mais, comme quelqu’un l’avait programmé avant moi, nous sommes descendus au deuxième sous-sol. J’étais en compagnie d’une dame qui partait en voyage, il a fallu donc débarquer ses valises une par une avant que l’ascenseur ne puisse remonter ».

« Vous êtes enfin arrivé au quatrième ».

« Oui, mais le bureau 212 avait été déménagé par décision du directeur. Il était au second ce qui avait semblé beaucoup plus cohérent à la direction. J’ai donc cherché un escalier pour redescendre dans l’espoir d’aller un peu plus vite ».

« Et c’est comme ça que vous êtes parvenu jusqu’à moi ! »

« Bin… non. Car quand je suis parvenu au second, c’était l’heure de fermeture des bureaux. J’ai donc campé dans le couloir pour être là à l’ouverture comme lorsque j’ai acheté un billet pour le dernier concert de Britney Spears. Vous aimez Britney Spears ? »

« Non pas vraiment. Ecoutez : vous avez peut-être du temps à perdre, mais moi j’ai du boulot. Je suis navré mais la date de limite de dépôt pour votre dossier était hier soir… Je ne peux pas vous le prendre. Vous devriez essayer de déposer un recours, il suffit de prendre un rendez-vous et… ».

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