Archive pour le 1 novembre, 2012

Riche et pauvre

1 novembre, 2012

« Je crois que je ne vous ferai pas de cadeau à Noël. C’est beaucoup trop cher. Vous comprenez avec les restrictions budgétaires… Et puis, je perds toujours un temps fou à essayer de deviner ce qui vous ferait plaisir ».

« Ça tombe bien, moi non plus. Je n’ai plus un rond devant moi. Je suis obligé de faire des priorités, vous comprenez. Votre cadeau ne m’est pas indispensable. Je peux très bien m’en dispenser».

« Et puis je vais arrêter de vous inviter à diner. Vous mangez et buvez beaucoup. La dernière fois, vous avez vidé mon bar en critiquant la décoration de mon salon».

«C’est bien comme ça.  Moi je ne peux plus vous payer à bouffer non plus. Au prix de la côtelette d’agneau, ce n’est plus possible. Et puis, quand vous venez, vous restez tard le soir et le résultat c’est que je suis crevé le lendemain ».

« Finalement, la crise détruit les relations sociales. C’est triste. On ne peut même plus dîner ensemble ».

« Oui, ce n’est pas que ça m’enchantait, mais ça me donnait un but dans la semaine ».

« Quand on est entre pauvres, on est obligé de s’ignorer alors que nous aurions besoin de solidarité. De nous serrez les coudes. Vous y avez réfléchi ? ».

« C’est vrai. Lorsque nous étions riches, je me fichais de votre sort, si bien que l’on pouvait se voir souvent. C’est assez paradoxal ».

« Le mieux serait que je redevienne riche et que vous restiez pauvre. Je pourrais plus facilement vous inviter à déjeuner. En plus, ça me donnerait bonne conscience. Votre situation émouvrait mon bon cœur ».

« Euh… non ! Je ne suis pas trop d’accord ! Ce serait un acte de charité. Ma dignité s’en trouverait gravement affectée. Faisons plutôt l’inverse. Je suis riche et vous pauvre. Je ne vous convierais absolument pas. Comme ça, on serait tranquilles tous les deux ».

« Et la solidarité citoyenne, qu’est-ce que vous en faites ? »

« Ah oui ! C’est vrai ! J’avais oublié. Ne vous en faites pas, je garderai un bol de soupe pour vous ».

« Je n’aime pas trop la soupe. Si vous sentez que vous redevenez riche, prévenez-moi. J’irai manger ailleurs ! »

« Vous aussi. La roue de la fortune tourne. Vous pourriez être appelé à un grand destin très rapidement. Passez-moi un coup de fil !».

« Pour le moment, j’ai résilié mon abonnement téléphonique, c’est beaucoup trop cher. Le mieux, ce serait de se réunir sur le trottoir pour se tenir au courant de nos évolutions respectives ».