Archive pour septembre, 2012

Un homme de l’ombre

9 septembre, 2012

Max était un beau ténébreux.

Il était arrivé comme passager clandestin.

Il avait fait de la prison : dans un fort intérieur à son pays.

Il s’était enfui par une porte dérobée.

Max entretenait un jardin secret.

Mais il ne dissimulait pas sa gourmandise.

Il mangeait souvent des mystères en dessert.

Tout en écoutant de la musique en sourdine.

Sa maison avait un certain cachet.

 

 

 

Révolte

7 septembre, 2012

Carole avait le nez mutin.

Et les cheveux rebelles.

Elle avait une intrigue amoureuse avec Charles.

Mais elle n’allait pas en ameuter tout le quartier.

Charles était aussi partisan de la discrétion.

C’était un agitateur d’idées.

Enfin…  lorsque il réussissait à dissiper les effluves de l’alcool.

Il manifestait alors de l’intérêt pour les livres.

Et avait envie de s’indigner.

Fable

7 septembre, 2012

« Je n’ai plus un kopeck. Je crie famine chez mon voisin ».

« C’est embêtant. Si je comprends bien, vous êtes fauché comme les blés. Et vous venez chez moi pour crier votre famine. Ne criez pas trop fort, mon enfant dort ».

« On voit bien qu’il n’a pas faim, lui ».

« Vous devriez essayer le crédit, ça se fait. A des taux faramineux, mais enfin ça se fait ».

« Oui, mais personne ne veut me prêter, je ne gagne pas d’argent. On prête de l’argent seulement aux gens qui en ont. C’est bien connu ! ».

« C’est vrai, moi je gagne ma vie et je suis endetté jusqu’au cou. Je me demande bien pourquoi. D’ailleurs, vous n’êtes pas dans ma maison, vous êtes dans la villa que mon banquier a l’obligeance de mettre à ma disposition. Faites attention à ne pas salir le tapis qui lui appartient également. Moi je ne fais que le nettoyer ».

« Si on essayait le troc ? Vous me donnez votre repas de midi et moi, je vous coupe les cheveux. C’est très sain comme échange et ainsi, nous échappons à la dictature du milieu bancaire ».

« Euh, ça va pas être possible, ma femme aime bien mes cheveux longs. Elle dit que ça me donne l’air d’être un artiste. Et puis vous y perdriez, le repas n’est pas très bon. Yvonne cuisine très mal. Son père m’avait prévenu ».

« Vous avez bien quelque chose à échanger ? »

«Mais enfin, comment êtes vous arrivé sur le paille ? »

« Le loto. On croit qu’on va gagner comme tout le monde. Et puis, vous savez ce que c’est, l’enchainement infernal…  Le Keno… le Pmu…  La roulette…..  «».

« Mon pauvre ami ! Vous avez essayé les machines à sous ? C’est très amusant ! »

« Euh, il faudrait peut-être que je restreigne un peu mes activités ludiques. Qu’est-ce que vous mangez à midi ? Vous pourriez quand même m’inviter ? »

« A vrai dire ça ne va pas être possible. Il a fallu que j’emmène Yvonne aux Canaries pour les vacances. Il faut que je paie les rentrées scolaires des gamins. C’est bientôt le troisième tiers provisionnel. Bref, le banquier commence à se dire que je prends mes aises chez lui… »

« Vous n’allez pas déjeuner ce midi ?… »

« On s’est fait invité chez votre autre voisin, Monsieur Lafourmi. Il ne veut pas me couper les cheveux lui. Vous devriez essayer de lui emprunter quelque chose ».

« C’est qu’il ne veut rien savoir. Il m’a envoyé promener sous prétexte que je passais mon temps à chantonner dans mon jardin au lieu de chercher du boulot. Je chante pourtant très bien. Vous voulez que j’entonne Gigi l’Amoroso ?  Je peux vous faire un rabais sur mon cachet habituel ! »

Un voyage

5 septembre, 2012

Jules s’est battu comme un lion.

Mais il a été limogé.

Je parie qu’il retrouvera du boulot rapidement.

Et qu’il restera digne.

Sans mot dire.

Pour le moment, il est chez lui, dans un havre de paix.

Il partira se reposer sur son bateau, près de l’île.

Il pensera au temps où il ânonnait ses poèmes devant le maître.

Et à son ami Julien qui lui a joué un vilain tour.

Il faut qu’il prenne les rennes d’une entreprise.

Et qu’il vienne s’installer dans la région.

Revoilà le sages conseils de Maître Jacot

4 septembre, 2012

« Je suis impatient ».

« C’est un vilain défaut. Il faut savoir attendre. Quand les choses ne dépendent pas de votre volonté, il faut savoir attendre qu’elles se produisent. Ou pas. Allez faire un tour tranquillement. Vous apprendrez la nouvelle quand elle surviendra. Qu’elle soit bonne ou mauvaise, vous l’examinerez sans vous énerver et vous en tirerez les conséquences qui s’imposent ».

« Ce serait sage, en effet ».

«Dans la vie, si vous voulez tout, tout de suite, vous allez vous trouver devant un tas de problèmes à régler et vous pleurnicherez en disant que vous ne pouvez pas tout faire à en même temps. Ce qui est vrai d’ailleurs. Vous ne pouvez pas être partout ! »

« Ah, cà ! Vous avez bien raison ».

« Moralité : allez donc vous promener avant d’affronter les choses de l’existence. Et puis, si la nouvelle que vous attendez n’est pas celle que vous espérez, dites-vous bien que ça n’a aucune importance car votre aspiration était, de toute façon, complètement  déraisonnable ».

« C’est beau, la sagesse ».

« Par exemple : vous n’avez pas gagné à la loterie. Dites vous bien que c’est normal. Avec une chance sur quatorze millions, c’est l’inverse qui aurait été surprenant. Autre exemple : vos analyses de sang sont mauvaises ? Vous vous en doutiez. Vous allez prendre sereinement des mesures pour réguler votre cholestérol. Faire un peu de sport : il ya longtemps que vous y pensiez ! Vous comprenez ? »

« Oui, je vois… »

« Il n’y a aucune raison d’être impatient d’apprendre des nouvelles que vous avez anticipées ».

« Et l’espoir, Maître ? N’est-ce pas l’espoir qui fait vivre ? »

« Parlons-en. L’espoir, c’est croire à un monde d’où tout ce qui est raisonnable a disparu. Un monde où un français gagnerait le Tour de France. Un monde où on vous augmenterait de 5% par an, les mauvaises années. Un monde où votre banquier vous prêterait de l’argent sans s’inquiéter de savoir si vous en gagnez. Un monde où vous pourriez être en bonne santé sans vous bouger. C’est ça, l’espoir ! Vous espérez des choses insensées et hop ! Elles se produisent ».

« Ce serait bien un monde avec de l’espoir, tout de même ! ».

« Je ne pense pas. Prenons un exemple, vous priez pour que votre nouveau voisin soit sympathique. Ce qui est totalement irréaliste. On sait bien que  tous les voisins du monde se barricadent chez eux. Bonjour, bonsoir ! Et puis c’est tout. Hé bien, dans une société avec de l’espoir, votre nouveau voisin arriverait chez vous avec le sourire aux lèvres et un gâteau de bienvenue à partager ! C’est ça que vous voulez ?».

La complainte du cardinal

3 septembre, 2012

Le cardinal a ôté sa calotte,

Pour attaquer son soufflé.

En dessert, il mangera une tarte.

Puis une pêche de ses vignes.

Pour ne pas prendre de poids, il évite le pain.

Demain il ira à Lourdes pour se soigner, juste un aller-retour.

Ensuite, il passera chez le médecin pour qu’il lui retire son emplâtre au bras.

Le cardinal en a sa claque.

Il ne peut pas dire que « ça baigne ! ».

 

Ne vous pressez pas

2 septembre, 2012

« Je suis en retard ! »

« Il vaut mieux. Etre à l’heure donne l’impression de ne pas savoir résister à la pression. Etre en avance est catastrophique : vous vous mettez dans la situation d’avoir à attendre les autres, ce qui revient à leur donner une marque de déférence. Et si les autres sont vicieux, ils vont accentuer leur avantage en faisant mine de s’excuser, puis en ajoutant qu’ils sont désolés d’avoir très peu de temps à vous accorder. Comble d’hypocrisie, ils pourront compléter en affirmant qu’ils aimeraient tant être plus disponibles pour vous. Moralité : soyez en retard ! Pas trop pour ne pas rater le rendez-vous, mais un petit peu tout de même pour prendre l’avantage d’entrée sur la personne qui vous attend».

« Oui, mais enfin, si on est tous en retard, il y en a forcément un qui sera en avance sur les autres ! »

« Vous avez raison. Aussi faut-il prendre soin d’observer de loin votre lieu de rendez-vous avant de l’investir de manière à vous assurer que l’autre est bien arrivé. Ne vous asseyez pas tout de suite à la terrasse où vous avez convenu de vous rencontrer. Traversez la rue. Installez-vous dans une autre café, et examinez le premier de loin ».

« Oui d’accord ! Et si, dans le second café, je tombe nez-à-nez avec mon interlocuteur qui aura eu la même idée que moi ? »

« Effectivement, là vous avez un problème. Mais rien n’est perdu. Prenez l’air un peu égaré. Vous pouvez vous en tirer en disant gaiement : « Tiens, Dutruc ! Vous êtes là ! Et moi qui croyais être en retard ! ». Ou bien alors mieux ! Sur un ton primesautier : « Dutruc ! Vous êtes là ! Ça tombe bien ! Figurez-vous que je ne me souvenais pas de notre lieu de rendez-vous ! Il y a tellement de bistrots dans ce quartier qu’on peut facilement se tromper ! ». Vous voyez, il y a des solutions à tout. Sauf à l’erreur d’être en avance. C’est ce qu’il faut éviter à tout prix ! »

« Moi, je trouve ça moins stressant, pourtant ! »

« Vous ne vous rendez pas compte ! Vous donnez l’impression d’avoir tout votre temps, de n’avoir rien à faire, de ne pas être surbooké ! Et en plus, si le rendez-vous est dans un café, vous allez être obligé de prendre deux consommations. L’une pour attendre l’autre partie, la seconde pour l’accompagner. Etre en avance a un coût qu’on n’imagine pas ! La seule exception, c’est quand vous attendez une femme dont vous convoitez les faveurs. Soyez en avance et prenez l’air inquiet lorsqu’elle arrive en retard, tout essoufflée. Elle sera ravie et vous trouvera d’une grande galanterie. Ça marche à tous les coups. Enfin, sauf si c’est elle qui en avance évidemment ».

Nos mauvais poèmes

1 septembre, 2012

Le bandit tardait à se mettre à table.

Il avait pourtant volé un bœuf dans l’étable.

Puis, dans le métro, un portable.

Il distribuait également des dessous-de-table.

Visiblement, il n’était pas très stable.

L’inspecteur Nano tira des preuves de son cartable.

Les alibis du gangster n’étaient pas acceptables.

Nano était précis. C’était un ancien comptable.

Pour son avancement, cette affaire allait être rentable.

 

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