Animal, animal

« C’est un homme très gai du matin au soir ».

« Il  a de la chance. Moi, le matin, je grommelle. Heureusement que mes pantoufles me conduisent au café, puis à la douche ».

« Vous ne devez pas être un compagnon très agréable ».

« Non pas très. D’autant plus que dans le bus, j’émets des borborygmes indistincts qui inquiètent mon entourage. Au bureau, ça ne s’arrange, pas : je ne grommelle plus, je marmonne ».

« Vous ne devez pas être fréquentable ».

« En effet, je me rapproche de l’ère bestiale peu à peu. Les animaux n’ont pas conscience du temps, ils sont donc moins angoissés que nous. Mais j’ai encore du chemin à faire. J’essaie d’aboyer par moment, mais ça fait rire même les chiens ».

« Savez-vous que la condition humaine a quand même du bon ! Vous êtes instruit, vous pouvez prendre des vacances, vous allez vous promener où bon vous semble. Croyez-vous que les animaux ne vous jalousent pas un peu ? »

« Je ne sais pas, il faudrait faire un sondage. Pour ce qui me concerne, quand je vois Gérard (c’est mon chat), dormir et manger, manger et dormir, c’est plutôt moi qui voudrais être à sa place. D’ailleurs, je tente d’entrer en communication avec lui, je miaule assez bien, maintenant ».

« Vous n’avez rien de mieux à faire ? »

« Si ! J’essaie de barrir pour m’agréger à un troupeau d’éléphants. Mais c’est un peu plus délicat, j’ai été éjecté du zoo par une horde de gardiens déchaînés ».

« Je voulais dire faire quelque chose d’humain. Faire connaissance avec votre prochain, par exemple ? Avoir avec lui de longues discussions qui élèvent l’esprit».

« C’est-à-dire que mon prochain ne pense qu’à me piquer ma place au bureau. J’ai plutôt envie de lui mettre une beigne. Les loups, eux, n’hésitent pas à foncer dans le tas. C’est plus vite réglé. L’hypocrisie sociale, c’est un truc inventé par les hommes pour ne pas passer leur temps à se casser la figure. Tiens, ça me donne une idée, j’aimerais bien voir un loup hypocrite, ça serait assez drôle !»

« Certes, les relations individuelles exigent des nuances, des compromis, mais quand on arrive à coexister en paix, avouez que c’est quand même mieux que de se chamailler constamment ! »

« Faut voir. Mais moi, j’ai un instinct primaire, il faut que je grommelle un peu. Permettez-moi de marmonner. Avec votre conversation compliquée, je commence à craquer. Je vais finir par rugir ou alors meugler. Je ne sais pas encore ».

« Faites comme chez vous, mais rester dans votre cage ».

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