Archive pour juin, 2012

Un sacré gang

8 juin, 2012

Louis, l’instituteur, aime additionner, multiplier, soustraire.

Michel, l’agriculteur, est un sacré faucheur.

Gérard est un magicien, il escamote facilement.

Maria est infirmière, son métier est de piquer.

Ludovic est un bébé : dans l’eau, il barbote.

Gilles est gardien de but : les shoots, il les détourne.

Maurice est pilote  de chasse : il vole.

Sonia est styliste : c’est une spécialiste des robes.

Son fils va a l’école : dans son cartable, il aime emporter des trousses.

C’était la présentation de quelques uns des 40 voleurs.

Signé : Ali Baba

Problèmes de voisinage

7 juin, 2012

« Il passe son temps à épier ses voisins».

« C’est un sport national. Par exemple vous, vous êtes toujours à m’espionner. Je n’ai plus d’intimité».

« Oui, et puis si vous pouviez tailler votre haie, ça me rendrait la vue plus aisée. Je suis obligé de faire l’équilibriste sur mon échelle pour vous observer ».

« Moi aussi, j’ai du mal à voir ce que vous faites dans votre salon. Vous devriez écarter un peu vos rideaux, ce serait sympa. »

« Ou alors tenez moi au courant de vos activités, je ne sais jamais rien. Par exemple, je n’ai même pas été consulté quand vous avez acheté votre nouvelle voiture ».

« Et moi, alors ! J’ai découvert par hasard que vous receviez votre tante du Poitou pour Noël. Heureusement que j’ai l’œil, sinon je ne m’en serais même pas aperçu ».

« Vous pourriez me faire un rapport hebdomadaire de vos activités. Comme ça, je pourrais contrôler que vous ne faites pas des choses que je ne fais pas. Par exemple, je n’arrive pas à savoir si vous jouez au tennis. Nous pourrions alors jouer ensemble ».

« C’est que vous jouez très mal. Moi, je voudrais bien savoir ce que vous prenez au petit déjeuner, mais vos volets sont toujours fermés le matin. Comme ça, on pourrait décider ensemble si vous pourriez m’inviter à le prendre avec vous ».

« Si vous étiez un peu plus sympa, vous me feriez profiter de votre piscine en été. C’est très énervant de vous entendre pousser des grands cris de joie dans l’eau pendant que je transpire abondament sur ma chaise longue ».

« Ah bon ? Vous n’avez pas de piscine ? Je vous croyais plus riche que ça ! Vous savez que ce n’est pas très bien de jalouser ses voisins. Moi, je ne dis rien de vos géraniums qui sont nettement plus beaux que les miens. Il faut dire que vos balcons sont bien exposés ».

« Je ne vais quand même pas échanger mes géraniums contre votre piscine. N’y comptez pas ! Prêtez-moi donc votre tondeuse à gazon plus souvent. Elle est plus performante que la mienne. On dirait que vous faites exprès de tondre pour exciter mon envie ».

« Le problème avec vous, c’est que vous cassez tout. Je vous ai vu par-dessus la haie massacrer la scie électrique de Duchemin, c’était un cauchemar.

« Parce que vous me regarder par-dessus la haie ? C’est vrai que vous avez une échelle plus grande que la mienne. C’est assez injuste. Il faudrait me la passer de temps en temps pour que je puisse regarder chez vous confortablement. Ce serait équitable ».

« Oui, mais à condition que votre femme arrête d’étendre vos draps devant ma vue. Elle me complique la tâche. Si vous croyez que c’est facile d’observer quoique ce soit dans ces conditions ! »

« Faisons plus simple. Dites-moi plutôt ce que vous faites ce soir ».

Petit, petit!

6 juin, 2012

Le père de John avait été mineur.

Elever son enfant, c’était pour lui, un objectif subalterne.

John avait de petites ambitions.

Il avait été nul à l’école, ne sachant pas reconnaitre les subordonnées.

Court des bras et des membres inférieurs,

Il se contentait de vendre des bas sur les marchés.

Parfois, il touchait des dessous de table sur les hippodromes.

Ou alors le revenu minimum social.

C’était le moindre mal.

Infiniment

5 juin, 2012

C’est loin, mais j’y suis arrivé. Où ? A l’infini. A force d’entendre parler de choses géométriques qui tendent vers l’infini, on a envie d’aller y voir.  Le voyage est un peu long, il faut partir de bon matin. En me retournant je voyais le point zéro qui s’éloignait de plus en plus, ça faisait bizarre.

J’ai  pris des photos de l’infini. J’ai la preuve que contrairement à ce qu’on dit, les parallèles se coupent à l’infini. A l’infini, il n’y a personne. A part des parallèles qui se coupent, il n’y a personne, on dirait un hall de gare désaffecté.

J’ai fait un grand voyage. J’ai visité « plus l’infini » et « moins l’infini ». C’est comme s’il y avait un « grand infini » et un « petit infini ». C’est plus facile d’aller au « grand » qu’au « petit », si on en a besoin. On sait où il est le « grand ». Il suffit de lever la tête, le « grand infini » est quelque part dans le ciel ou alors juste derrière.

Le « petit » se cache mieux.  Lorsque vous découpez une feuille de papier en deux, et puis encore en deux, et puis encore… vous finissez par y arriver. Le « petit infini », c’est ce qui vous reste entre les doigts. J’y suis allé aussi jusqu’au « petit infini ». On a l’impression d’un grand vide entouré de confettis, issu de la feuille de papier que je me suis acharné à découper.

J’ai jeté les papiers et gardé l’infini. Puis, j’ai découpé une nouvelle feuille de papier pour avoir deux petits infinis. Mis côte à côte, ils se ressemblent. En ajoutant plusieurs « petits infinis », j’obtiendrais peut-être un « grand infini ».Ainsi chacun pourrait se fabriquer son éternité ou alors quelque chose de grand, comme il y a dans le ciel ou juste derrière.

A la réflexion, il vaudrait mieux ne pas ébruiter ce projet. Si tout le monde se fabrique son « grand infini », on ne pourra jamais les caser tous dans l’univers. Et puis, ça va encore gâcher du papier. On a besoin de la forêt amazonienne, tout de même !

Nos très mauvais poèmes

4 juin, 2012

Pierre est chirurgien : il opère à cœur ouvert.

Mais, à la banque, il a un découvert.

Quand il rentre chez lui, Claire lui demande de mettre le couvert.

Sinon elle ronchonne et il doit se mettre à couvert.

Il  aime la campagne, quand c’est tout vert.

Il aurait aimé vivre au Moyen-âge comme un trouvère.

Il collectionne des manuscrits qu’il met sous verre.

Et puis un jour, il s’envolera pour Vancouver.

 

A bon entendeur…

3 juin, 2012

« Avez-vous entendu ce que je viens de vous dire ? »

« Non. Quand ça ne me plait pas je fais celui qui n’entend pas et je pars sur autre chose ».

« Ça n’est pas très correct. Ce n’est pas comme ça que nous allons pouvoir dialoguer ».

« Tout le monde fait comme ça. C’est la vie mon vieux. Et puis si votre discours m’énerve, je vais parler en même temps que vous de telle manière que vous n’allez même plus comprendre ce que vous êtes en train de dire. Faites attention ! »

« On ne va pas aller très loin avec ce genre pratique ».

« Qu’est-ce que vous croyez ? Je ne vais tout de même pas me laisser déstabilisé par des arguments qui ne sont pas les miens. Surtout si c’est vous qui avez raison. J’ai déjà du mal à être cohérent avec moi-même, s’il faut que je rentre dans votre cohérence, je ne m’en sors plus ! »

« Allons ! Allons ! Vous ne pouvez pas croire que vous avez forcément raison sur tout ! Il y a quand même des moments où vous devez donner raison à autrui.».

« Euh… bin non ! Ou alors, je ne lui dis pas. Il ne faudrait pas qu’il s’imagine qu’il peut m’imposer son point de vue. Je passerai pour un mou ! »

« Si je comprends bien, même quand on a tort, on a raison de persister ? »

« Hein ? Quoi qu’est-ce que vous dites ? Vous avez vu les nouvelles, le prix de l’essence ne baisse pas, celui de l’autoroute augmente… Comment je vais partir en vacances, moi ? C’est toujours pareil : ce sont les petits qui trinquent ! »

« Je disais que l’essentiel pour vous est d’avoir l’air de ne pas changer d’opinion. Vous vous intéressez plus à l’impression que vous laissez aux autres qu’à ce que vous dites. Vous ne progresserez pas beaucoup avec cette attitude ».

« Vous n’avez pas vu Dumoulin, ce matin ? Il n’est jamais là quand j’ai besoin de lui, celui-là. C’est vraiment un problème. Et quand par hasard il est là, il n’écoute jamais ce que j’ai à lui dire ! »

« Non, je n’ai pas vu Dumoulin. Je disais simplement que vous n’êtes pas très ouvert à un dialogue loyal puisque vous refusez toute contradiction ».

« Ce n’est pas à vous que je m’adressais. Veuillez m’excuser, mais je n’ai pas beaucoup de temps. Avec tout le boulot que j’ai !…. Passez me voir à l’occasion, nous pourrions reprendre cette discussion fort intéressante ! »

« Vous voyez : vous fuyez le débat dès qu’il vous dérange. Vous ne devez pas être très à l’aise avec vous-même ».

« Qu’est-ce qu’il y a à la cantine à midi ? »

Misère de misère

2 juin, 2012

Jules n’est pas un pauvre cordonnier.

Ce n’est pas un traîne-savate.

Ses aïeux l’ont déshérité.

Mais il n’est pas malheureux.

Il n’a rien fauché aux autres.

Sa maison n’est pas une ruine.

Son vocabulaire n’est pas indigent.

Il a lu les Misérables.

Sans se gêner.

Aïe! Aïe! Aïe !

1 juin, 2012

Il venait de Montmirail.

Il est arrivé par le rail

Pour que personne ne raille

Sa voiture que les automobilistes érayent.

Il a escaladé la muraille.

Puis il est passé par le soupirail.

Et m’a tendu son cadeau : un joli corail.

Et un livre qui n’était pas écrit en braille.

Ensuite, je lui dis : « Allez, on graille ».

123