Archive pour juin, 2012

Parler

18 juin, 2012

L’avocat est éloquent.

L’élève est bavard.

Le pronom est démonstratif.

La charcutière a du bagou.

L’homme du midi a de la faconde.

Le politicien est adepte de la parlote.

Le vendeur est persuasif.

Le comédien est convaincant.

Et mon texte est verbeux.

Une rencontre difficile

17 juin, 2012

« Vous pourriez me draguer. »

« Bin… non. Vous ne me plaisez pas du tout. Mais alors ce qui s’appelle pas du tout. Vous n’êtes pas mon genre.»

« Vous pourriez faire semblant, ce serait courtois. »

« J’ai déjà du mal à vous regarder. Alors vous pensez, vous draguer… Il ne faut pas prendre vos désirs pour des réalités.»

« Je vois ce que c’est… On n’ose pas… »

« C’est ça. On n’ose pas. Je ne tiens pas à me couvrir de ridicule. J’ai une réputation à défendre. Je ne sors pas avec n’importe qui. »

« Et moi ? Vous croyez que ça  me plairait que vous me draguiez ? C’est bien les hommes, ça. Vous vous croyez tout permis. Sans même nous demander notre avis. Vous voyez bien que l’égalité des sexes, ce n’est pas encore pour aujourd’hui !»

« Mais puisque je vous dis que je n’ai pas envie de vous draguer. »

« C’est tout comme : vous y avez pensé. C’est même encore pire : vous n’assumez pas vos envies. Vous me décevez beaucoup. »

« Vous êtes surtout un peu têtue : je n’ai pas la moindre envie de vous draguer. Il faut vous le dire comment ? D’abord, vous avez de gros genoux qui vous donnent une démarche en canard. »

« Vous voyez que vous m’avez observée du coin de l’air. J’en étais sûre. Bon, je passe pour cette fois. Allons prendre un verre pour mieux nous connaître. Vous ne m’avez pas invitée, mais c’est normal : la première fois je fais beaucoup d’effet. Il faut dire que j’ai beaucoup d’allure, on n’hésite avant de m’aborder.»

« Bon, essayons de prendre les choses autrement. Vous êtes absolument adorable : j’aime beaucoup votre nez en trompette et votre coupe de cheveux complètement débridée. Bravo à votre coiffeur. »

« Je ne me suis pas encore peignée ce matin. Je n’imaginais pas que ça  fasse autant d’effet. Et puis je n’ai pas le nez en trompette, je suis un peu enrhumée. Je ne pensais pas non plus que mon appendice nasal soit aussi sensuel. Finalement, vous avez l’air d’avoir des goûts un peu pervers. Non seulement vous m’avez matée sans en avoir l’air, mais en plus vous n’avez remarqué que des détails sordides. J’ai bien fait de me méfier de vous. Je retire mon invitation et je vous conseille de revoir vos méthodes de drague sinon vous allez rester seul, mon pauvre. »

Une histoire à l’eau de rose avec Rose

16 juin, 2012

Chez sa mère, Rosee faisait le ménage à l’intérieur et faisait la cour aussi.

Elle aimait réfléchir sous le charme qui ombrageait la maison.

Et cueillir en les comptant quelques fleurettes dans les champs.

Elle adorait les romans d’aventures ou d’intrigues.

Très sportive, elle pratiquait le vélo : c’était une coureuse.

Pour gagner mieux sa vie, elle draguait les étangs .

Un jour, la foudre donna un coup à son arbre préféré.

Elle se rendit alors chez son Roméo.

Pour qu’il balaie les débris tombés dans son jardin en rentrant dedans avec sa pelleteuse.

Deux

15 juin, 2012

Maurice calquait sa conduite sur celle de Gérard

Lequel voyait double.

Gérard avait une reproduction d’un Manet.

Que Maurice voulut copier.

Mais Gérard dit que son chef d’œuvre ne pouvait être imité.

Maurice mima la soumission.

Mais il contrefit les peintures du maître en cachette.

Avant de fuir à l’étranger avec un duplicata du passeport de Gérard.

Léon

14 juin, 2012

« ll faut que les choses finissent un jour. Tout ce qui est commencé doit être fini. Si une chose ne finit jamais, alors c’est que cette chose c’est Dieu ».

« Nous, les êtres humains, nous sommes programmés pour vivre 150 ans. Ce n’est pas l’immortalité, mais c’est déjà beaucoup. On peut dire que nous sommes des demi-dieux. Mettez-vous à la place d’une fourmi. Pour elles nous sommes des géants extravagants. Imaginez que nous tombions nez à nez –si j’ose dire- avec des créatures d’une taille gigantesques. Comme les fourmis, nous n’aurions plus qu’un seul but : vivre en évitant qu’ils nous écrasent sous leurs pieds. Sans le faire exprès bien entendu. Les fourmis sont peut-être des êtres intelligents qui en sont réduits à gagner leur pitance tout en essayant de ne pas disparaitre ».

« Je veux bien que nous soyons des demi-dieux. Mais avouez que par moments, nous sommes un peu crétins pour des demi-dieux. Elles doivent se marrer les fourmis quand elles nous entendent nous chamailler pour des bêtises. Quoique je n’ai jamais entendu une fourmi s’esclaffer ».

« Et le génie humain qu’est-ce que vous en faites ? Nous sommes sur le point de reconstruire le monde. Bientôt, les chirurgiens pourront remplacer votre visage ou votre cerveau fatigués. Vous serez comme neuf ! Nous avons inventé l’hologramme et bientôt l’hologramme palpable ! A mon avis, nous avons dépassé le niveau du trois-quarts de Dieu. Le père de toute Créature n’a qu’à bien se tenir à la rampe, nous arrivons ! »

« Vous vous prenez pour le Bon Dieu ? Voilà bien de l’outrecuidance ! Au Moyen-âge, on vous aurait brulé pour moins que ça. Après les tortures d’usage bien entendu ».

« Non, nous sommes pas le Bon Dieu. Nous sommes quelqu’un d’autre. Quelqu’un qui sera bientôt au même rang hiérarchique que le Créateur Originel. Je ne sais pas comment l’appeler… On va dire qu’il s’appellera Léon. On trouvera peut-être quelque chose de plus fin plus tard. Dans le langage courant, on pourra dire « Grâce à Léon » à la place de « Grâce à Dieu ».

« Vous ne blasphèmeriez pas un peu, par hasard ? ».

« Si, mais grâce à Léon, nos enfants vont avoir une autre vie. La communauté des hommes vivra en paix, se multipliera, mangera sainement, ira en bonne santé jusqu’à des âges avancés ».

« Bon d’accord. Mais qui c’est ce Léon. Où est-il ? Il faudrait qu’il se montre pour que j’y croie. C’est un peu facile de se prendre pour l’égal de Dieu ».

« Vous n’avez rien compris. Léon, c’est une entité immatérielle comme son Alter Ego. Il est en vous, il est en moi, c’est le génie humain ! »

« Mais Bon Léon ! C’est bien sûr ! ».

Virage

13 juin, 2012

Après trois ans d’études, Jules obtint son diplôme : il fut licencié.

Pendant ce temps-là, son marin de père fut débarqué au port.

Son oncle chassait les papillons dans la forêt lointaine

Tandis que sa tante mettait à sa porte un avis de recherche.

Leur fille, la cousine de Jules, s’était laissé débaucher par un malandrin

Que Jules envoya paître au loin.

Elle le remercia.

Puis congédia tous ses soupirants.

Les voyages forment la jeunesse

12 juin, 2012

Je ne prendrai plus le train. Dans la gare, les gens qui partent ont toujours l’air triste ou alors affolé. Des militaires déambulent mitraillettes au poing. Le haut-parleur explique qu’il faut faire attention car des pickpockets circulent dans la foule. Au moment fatidique, je farfouille dans mes poches pour retrouver mon billet en faisant tomber mon porte-monnaie. Ce n’est guère encourageant.

En train la vie est infernale. Pour commencer, il faut faire des économies : je prends des places en secondes classe. Là où les sièges sont serrés. J’ai les genoux ankylosés dès les premiers cent kilomètres. Le dos n’y résiste pas non plus. Je suis courbaturé pendant trois jours.

Le voyageur qui s’installe à mes côtés est toujours plus volumineux que moi. De sorte qu’il s’approprie l’accoudoir du milieu sans vergogne.

Il faut se nourrir de sandwichs. Pour faire passer le goût, je les prends avec mayonnaise. Le résultat c’est que je m’en mets partout. C’est difficile à nettoyer. Je finis mon voyage avec les mains poisseuses.

En plus, je tombe toujours sur un voisin qui éprouve le besoin de tirer un déjeuner de son sac au moment où j’ai encore faim. Ça sent le saucisson. Je me dis que j’aurais du prendre un jambon beurre.

Après avoir ripaillé, il va se lever pour aller aux toilettes. C’est à ce moment là qu’un inconnu va essayer de lui piquer sa place. Mon voisin va revenir avec l’air satisfait et se disputer avec l’intrus. Ça va être de ma faute.

Plus tard, le contrôleur va pincer un homme sans billet dans la rangée d’en face. Le ton va monter. Le contrevenant dira tout le bien qu’il pense de ces fonctionnaires qui ne font rien. Le contrôleur gardera son calme et dira que ça fait 95 euros pour le PV. Les autres regarderont en faisant ceux qui ne regardent pas. Sauf s’il y en a un qui n’a rien à faire et qui racontera au malheureux délinquant qu’il a déjà eu à faire à ce genre de situation et que, tout compte fait, la SNCF ne se gêne pas tout de même pour nous prendre pour des gogos. Le contrevenant tout rouge de s’être fâché approuvera en bougonnant.

Au moment de l’arrivée au but, tout le monde va se lever un quart d’heure avant l’arrêt en gare pour que je sois le dernier à descendre. Devant moi, je tomberai immanquablement sur la dame qui aura du mal à tirer la plus grosse valise du compartiment, empêchant tout le monde d’avancer. Ou alors, je passerai devant une ménagère qui n’en finit pas de remettre son manteau avec de grands gestes des bras et des épaules, et je prendrai un coup de coude dans la figure. C’est sûr.

A la descente, nous serons trois cent à nous diriger du même pas cadencé vers la sortie. Perdu dans la foule anonyme, je serais stressé comme la sardine dans sa boîte. Des valises à roulettes m’écorcheront les chevilles. Les Klaxons des véhicules de service m’assourdiront.  Les seaux savonneux des personnels de nettoyage m’éclabousseront. Je n’aimerai pas le train. Le problème c’est que je n’aime pas l’avion non plus.

C’est la dèche

11 juin, 2012

Pierre écoute un morceau de musique en lisant son relevé bancaire : c’est la ruine.

Il faudrait pourtant qu’il refasse la façade de sa maison en état de décrépitude.

Il ne reste plus que quelques vestiges de son glorieux passé.

Il faudra qu’il passe à la déchetterie pour tout jeter.

Lui-même se traite de vieux débris,

En déjeunant des restes de la veille…

Et d’une petite purée.

Il se dit qu’il devrait partir en mer,  à la recherche de l’épave d’un riche galion rempli d’or.

Ou alors gagner un grand tournoi de tennis, grâce à son revers magnifique.

Pierre aimerait revivre : être une larve de papillon promis à un envol merveilleux.

Encore des problèmes de communication

10 juin, 2012

« Je suis brouillé avec tout le monde. »

« Il faut dire que vous êtes particulièrement pénible à supporter. Vous devriez vous calmer un peu et être plus à l’écoute des autres. »

« Ce n’est tout de même pas de ma faute si j’ai une très grosse personnalité. C’est inné : quand je suis quelque part, il faut que je m’impose. »

« Vous êtes fâché même avec Victor ? »

« Bin …oui »

« Alors là, c’est fort. Se fâcher avec Victor, c’est fort. Il est gentil comme tout et puis, surtout, il dit oui à tout ce qu’on lui demande. »

« Bin… justement c’est ça qui m’énerve. Il n’oppose aucune résistance, il n’y a pas moyen de se battre avec lui. Il devrait comprendre que je suis un battant, un guerrier. Il faut me prendre comme je suis ! »

« Si je comprends bien, il vaut mieux être de votre avis, mais enfin pas trop quand même. Avouez que c’est compliqué ».

« Bin… non. C’est normal. Moi j’aime la discussion d’homme à homme, je ne suis pas un pleutre ou un dégonflé ».

« Oui, mais pour discuter, il faut des interlocuteurs. Vous les faites tous fuir par votre arrogance. Vous ne sentez pas comme un vide autour de vous ».

« Non, il y a Justin… »

« Justin, c’est spécial. Il résiste à tout. Et puis il attend votre place au bureau ».

« Il y a vous, vous me causez bien en ce moment ».

« Oui, mais c’est pour vous faire prendre conscience de vos difficultés de communication avec autrui ».

« Hé bin, c’est raté, je n’ai pas du tout conscience. D’ailleurs pour qui vous prenez vous pour venir de me donner des leçons, hein ? Vous ne vous trouvez pas vous-même un peu arrogant ? Je n’en reviens pas… Me dire à moi que je suis nul en communication… »

« Vous voyez bien que la vérité vous énerve ».

« Parce qu’en plus, vous vous croyez détenteur d’une vérité. Alors là, chapeau… Vous êtes le meilleur. Je ne croyais pas être en face de Dieu lui-même ».

« Alors quand c’est pas l’arrogance, ce sont le sarcasme avec vous !  Vous croyez que vous allez vous en tirer comme ça ! »

« Bin … oui… parce que là vous êtes en train de vous énerver… Ah ! Ah ! ».

Nouvelle leçon de géométrie

9 juin, 2012

Marcel arrive au rond-point

On lui avait parlé d’un pré carré.

Mais la circulaire disait plutôt le contraire.

Dans l’hexagone français, on ne devrait pas se perdre.

Ce n’était quand même pas le triangle des Bermudes.

Pour attirer l’attention, il fait de grands cercles avec les bras.

Une passante lui demande pourquoi il a l’air de faire du trapèze.

Elle lui dit de tourner à la prochaine, à angle droit.

Puis de prendre la direction adjacente.

Il a de la chance, il est tombé sur la Médiatrice des citoyens.

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