Que dit Jules à la bouchère ?

Jules n’aime pas les gens. Il ne les trouve pas beaux comme à la télé. Les uns sont trop petits, les autres trop gros. D’autres sont tristes, d’autres habités par le doute ou sans grâce.

En même temps, Jules se dit qu’il a tort, qu’il est victime de la fascination audio-visuelle pour le bling-bling. Il faudrait qu’il cherche à mieux connaître son prochain au lieu d’organiser des concours de beauté dans sa tête.

Jules est scandalisé par son propre culot car il est bien obligé de reconnaître qu’il n’est pas très beau lui-même. Il supporte tant bien que mal ses propres disgrâces physiques.

Il faudrait quand même être plus tolérant, Jules. Et s‘intéresser à l’essentiel.

Jules se repent et se reprend. Aujourd’hui, il interpelle une femme dans la rue. Elle a la cinquantaine, le visage flétri, la silhouette voutée. Elle menace d’appeler la police quand Jules l’aborde.

Ce n’est pas comme ça qu’il faut faire, Jules. Ce n’est pas bien. Aujourd’hui, adresser la parole à une inconnue dans la rue, c’est indiscutablement une agression. Sur le trottoir, les gens, il faut les croiser à la rigueur, mais sans les voir et sans leur parler.

Il faudrait que Jules discute avec des gens qu’il connait, au moins un peu.

Par exemple, il pourrait approfondir la conversation avec sa bouchère. Mais Madame Moucheron lui fait peur avec son gros chignon et sa vaste poitrine. Jules se dit encore qu’il a tort.

Cette femme est sûrement très gentille. Sinon elle n’aurait pas pu épouser Monsieur Moucheron, le boucher. Elle ne lui aurait pas fait deux beaux enfants. L’ainé va reprendre la boucherie. C’est bien la preuve que Monsieur et Madame Moucheron forment un couple sympathique et affable. Sinon, il aurait fait l’ENA ou quelque chose comme ça.

Jules dois donc dire quelque chose à Madame Moucheron. Mais qu’est-ce qu’il pourrait bien lui dire ? Il pourrait peut-être la féliciter pour la saveur de la bavette de son mari. C’est ça ! Il va acheter une bavette et en tailler une ! Il pourrait risquer ce jeu de mots au démarrage de l’échange, ça lui permettrait d’engager gaiement la conversation.

Mais après ? Jules a une idée. Il lance un concours : que dit Jules à Madame Moucheron après l’avoir complimenté pour la qualité de sa marchandise ?

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