Archive pour le 12 juin, 2012

Les voyages forment la jeunesse

12 juin, 2012

Je ne prendrai plus le train. Dans la gare, les gens qui partent ont toujours l’air triste ou alors affolé. Des militaires déambulent mitraillettes au poing. Le haut-parleur explique qu’il faut faire attention car des pickpockets circulent dans la foule. Au moment fatidique, je farfouille dans mes poches pour retrouver mon billet en faisant tomber mon porte-monnaie. Ce n’est guère encourageant.

En train la vie est infernale. Pour commencer, il faut faire des économies : je prends des places en secondes classe. Là où les sièges sont serrés. J’ai les genoux ankylosés dès les premiers cent kilomètres. Le dos n’y résiste pas non plus. Je suis courbaturé pendant trois jours.

Le voyageur qui s’installe à mes côtés est toujours plus volumineux que moi. De sorte qu’il s’approprie l’accoudoir du milieu sans vergogne.

Il faut se nourrir de sandwichs. Pour faire passer le goût, je les prends avec mayonnaise. Le résultat c’est que je m’en mets partout. C’est difficile à nettoyer. Je finis mon voyage avec les mains poisseuses.

En plus, je tombe toujours sur un voisin qui éprouve le besoin de tirer un déjeuner de son sac au moment où j’ai encore faim. Ça sent le saucisson. Je me dis que j’aurais du prendre un jambon beurre.

Après avoir ripaillé, il va se lever pour aller aux toilettes. C’est à ce moment là qu’un inconnu va essayer de lui piquer sa place. Mon voisin va revenir avec l’air satisfait et se disputer avec l’intrus. Ça va être de ma faute.

Plus tard, le contrôleur va pincer un homme sans billet dans la rangée d’en face. Le ton va monter. Le contrevenant dira tout le bien qu’il pense de ces fonctionnaires qui ne font rien. Le contrôleur gardera son calme et dira que ça fait 95 euros pour le PV. Les autres regarderont en faisant ceux qui ne regardent pas. Sauf s’il y en a un qui n’a rien à faire et qui racontera au malheureux délinquant qu’il a déjà eu à faire à ce genre de situation et que, tout compte fait, la SNCF ne se gêne pas tout de même pour nous prendre pour des gogos. Le contrevenant tout rouge de s’être fâché approuvera en bougonnant.

Au moment de l’arrivée au but, tout le monde va se lever un quart d’heure avant l’arrêt en gare pour que je sois le dernier à descendre. Devant moi, je tomberai immanquablement sur la dame qui aura du mal à tirer la plus grosse valise du compartiment, empêchant tout le monde d’avancer. Ou alors, je passerai devant une ménagère qui n’en finit pas de remettre son manteau avec de grands gestes des bras et des épaules, et je prendrai un coup de coude dans la figure. C’est sûr.

A la descente, nous serons trois cent à nous diriger du même pas cadencé vers la sortie. Perdu dans la foule anonyme, je serais stressé comme la sardine dans sa boîte. Des valises à roulettes m’écorcheront les chevilles. Les Klaxons des véhicules de service m’assourdiront.  Les seaux savonneux des personnels de nettoyage m’éclabousseront. Je n’aimerai pas le train. Le problème c’est que je n’aime pas l’avion non plus.