Plaisirs de la vie

« Il faudrait se rendre compte de la vanité des plaisirs terrestres. Finalement, je trouve qu’on se fait plaisir avec pas grand-chose.»

« Alors là, on ne doit pas beaucoup s’amuser avec vous ? »

« Vous vous rendez compte ? Vous allez en boite de nuit. Il y a du bruit, vous ne comprenez rien de ce qu’on vous raconte, vous criez comme un imbécile comme tout le monde, vous buvez pour avoir l’air de faire quelque chose et puis vous vous réveillez malade au fond de votre lit en supposant que vous ayez réussi à la rejoindre ! Quel intérêt ? Hein ? Je vous le demande un peu ? »

« Il y a des plaisirs moins hystériques. Par exemple, la belote ! »

« Laissez-moi rire. Vous vous installez sur une table de café avec trois retraités oisifs. Vous tapez le carton en vous exclamant fortement. Tout en n’oubliant pas de picoler le pastis du patron.  Et si par hasard vous gagnez, vous ne gagnez que le droit de recommencer ! »

« Moi, je prends du plaisir à aller au foot… »

« Alors là, c’est le pied. Vous avez vingt deux mecs, tous crottés qui courent après le même ballon. Et qui passent leur temps à s’embrasser comme des malades dès qu’ils marquent un but. Et ça vous fait tant plaisir que ça de les voir s’embrasser ? »

« Vous ne comprenez pas grand-chose au plaisirs de la vie… »

« Peut-être, mais moi au moins, je ne regretterai rien quand elle s’arrêtera. Ce n’est pas comme vous. A votre dernier souffle, je parie que vous pleurnicherez en regrettant le goût savoureux du gratin dauphinois de votre maman ou alors le souvenir de vos premiers patins à roulette.  »

« Euh… c’est-à-dire que ma mère faisait surtout du surgelé et qu’elle m’avait plutôt offert une trottinette… »

« C’est pas le problème… J’essaie de vous démontrer que tout ce que vous croyez important pour vous est sans intérêt au regard de l’immensité de l’éternité…  Par exemple, vos week-ends chez votre belle-mère, vous y tenez tant que ça ?»

« Mais enfin, vous ! Il y a bien une chose à laquelle vous tenez ? Votre téléphone portable, par exemple. »

« Alors là, pardon ! Ce n’est pas la même chose ! Vous confondez tout ! Si vous croyez que ça me fait plaisir de téléphoner toute la journée… »

« Bon alors, votre petit bulletin de tiercé, tous les week-ends. Hmmm ? »

« Décidemment vous m’énervez. Le tiercé, ce n’est pas un plaisir non plus. J’essaie simplement d’équilibrer mon budget. Ce n’est pas avec mes allocations chômage que je vais survivre..  Pendant que j’y pense, vous pourriez m’inviter à vos parties de belote. Pour intéresser un peu le jeu, nous pourrions dire … dix euros le point ? Ça donnerait un peu de piment à la situation. »

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