Archive pour avril, 2012

Les congés de la fourmi

10 avril, 2012

« Les fourmis travaillent inlassablement. Il faudrait peut-être prendre des mesures d’ordre social en leur faveur. »

« Oui, parce qu’un jour elles vont se révolter ! Ce n’est pas possible de bosser sept jours sur sept. Vingt quatre heures sur vingt quatre ! Ces pauvres êtres n’ont aucune vie de famille. Quant à la retraite n’en parlons pas. »

« Vous soulevez là un grave problème. Que feront les fourmis le jour où elles obtiendront leur dimanche ? Je les vois assez mal aller à la messe. Il faudrait inventer des prêtres fourmis. Ou alors elles s’effondreront dans leurs fauteuils devant la télé ! »

« On ne pense pas assez aux programmes pour fourmis. »

« Si la fourmi obtient des avancées sociales, on va avoir la cigale sur le dos. Elle est jalouse. Elle voudra son dimanche aussi. Et patati et patata… »

« De toute façon, ça ne changera rien. La cigale ne travaille pas, elle compte sur la fourmi sa voisine et les restos du Cœur pour manger. Pour le reste, elle passe son temps à danser en boîte avec le lièvre. »

« Celui qui compte rattraper la tortue au pas de course ? Eh bien ! Il ne s’en fait pas trop ! »

« C’est un paresseux. Avec Compère Renard, ils forment une belle paire de sacripants. Le premier n’en fiche pas une rame, le second vole du gruyère pour manger. Principalement au corbeau.»

« Il est d’une prétention celui-là ! Vous l’avez entendu chanter ? C’est la vraie cata… Je préfère encore Lady Gaga ou alors je ne sais qui, mais pas lui… Même le héron ne le supporte plus. »

« Il faut dire que le héron est particulièrement délicat. Il ne se contente pas de peu. Il est toujours en train de poser ses revendications. Le laboureur a beau lui expliquer qu’il faut bosser et ses donner de la peine, Monsieur fait la fine bouche… »

« Heureusement qu’on a la tortue ! Enfin un exemple d’abnégation ! Elle avance à son rythme. Tranquillement, sans rien  demander à personne. A propos vous avez su pour le lion ? »

« Ah, oui ! Il parait qu’il ne quitte plus le rat maintenant. On les voit partout bras dessus, bras dessous. Le lion dit que le rat l’a sauvé. C’est incroyable ! L’ordre de la nature risque d’en être bouleversé. On ne sait même plus qui doit manger qui ! »

« Vous avez bien raison. Prenez l’exemple de la grenouille qui a voulu atteindre la taille du bœuf. Eh bien, paf ! Accident ! Voilà ce qui arrive quand on n’a pas la sagesse de rester à sa place. »

« Finalement, il serait préférable qu’on accorde pas de repos à la fourmi. C’est contraire à l’ordre des choses. Ça va nous attirer des tas d’histoires. Elle doit travailler. Dites lui que c’est pour son bien. Elle comprendra sûrement. »

Un pêcheur

9 avril, 2012

Théo doit souvent se confesser, c’est un grand pécheur.

Il ne suit pas sa ligne de conduite.

Il apprend à lire lentement, pas à pas.

Il asticote souvent sa sœur.

Il est gourmand : il mange de la crème à la noisette à la cuiller.

Il  joue avec un pistolet à amorces.

Théo jette le bouchon un peu loin !

Il veut aller en vacances à Cannes.

Pou pouvoir nager comme un poisson dans l’eau.

La Vérité

8 avril, 2012

 « Moi, je dis toujours la vérité ! »

« Ah ? Vous croyez détenir la Vérité ! Vous aussi ! »

« Bin… oui. Et puis de toute façon à quoi ça sert de mentir ? Hein ? On est toujours rattrapé par ses propres turpitudes. »

« Si je vous dis que vous êtes un prétentieux, c’est la vérité. Et ça va vous fâcher. Il faudrait mieux que je vous mente pour conserver nos bonnes relations. Vous ne croyez pas  qu’il ya des moments où il faut savoir être un peu finaud ? »

« Primo, ce n’est pas vrai, je ne suis pas un prétentieux. Secundo, vous dites ça par jalousie : vous ne savez pas dire la vérité comme moi ! »

« Vous avez tout de même que la vérité est un concept relatif. Chacun dit la vérité qui l’arrange. Vous n’allez tout de même pas me dire que vous détenez la Vérité absolue. Vous vous prenez pour le Bon Dieu ? »

« Vous cherchez à m’embrouiller. Moi, je ne mens pas. J’ai horreur des menteurs ou des gens qui tournent autour du pot pour me faire croire que je ne comprends rien. Ce n’est pas compliqué pourtant : vous dites la vérité ou vous mentez. Moi, je me situe du coté de la Vérité : il faut avoir ce courage ! Qu’est-ce que je suis courageux ! »

« Vous ne seriez pas un de ses dictateurs intellectuels qui posent en préalable qu’ils disent toujours la vérité pour se donner l’air d’avoir toujours raison ? »

« Moi, un dictateur ? Alors là… elle est bien bonne. Vous voyez, vous ne supportez pas qu’on vous dise la vérité, vous devenez insultant. Heureusement que je suis là pour  tenir le langage de l’authenticité. »

« Il ne vous arrive jamais de douter de ce que vous dites. Ou de vous dire que vous auriez mieux fait de la fermer avant de dire votre vérité. »

« Moi, monsieur, je ne recule devant rien ! »

« Je vois ça. »

« Je dis les choses comme elles sont que ça plaise ou ça ne plaise pas. Je suis franc du collier. Je ne suis pas un de ses esprits philosophiques et tortueux qui coupent les cheveux en quatre. Je ne comprends rien à votre baratin. Pour moi, ce que vous dites est vrai ou faux. Et puis c’est tout ! »

« Vous avez une vision des choses très manichéenne. »

« Non, je suis nancéenne. De Nancy, si vous préférez, mais je ne vois pas bien le rapport. Il ya aussi des menteurs à Nancy. »

Histoire médiévale

7 avril, 2012

Georges était un homme gentil, on pouvait même dire un gentil homme.

Son compte en banque était bien garni.

Il priait souvent le Seigneur.

Il était le chevalier servant d’Adèle.

Pour laquelle il nourrissait de nobles sentiments.

Elle était la reine de son cœur.

Il l’avait installée dans son fief.

Elle lui disait des poèmes lorsqu’il lui demandait : « Récite, Adèle ! »

Vive l’uniforme !

6 avril, 2012

Jules est le régisseur du théâtre : il s’occupe du brigadier.

Il a la peur du gendarme.

En général, il évite de lui parler.

Il préfère discuter avec  le colonel,

Au bistrot, tout en commandant un demi au serveur.

Puis il rentre dans sa mansarde, un lieu tenant lieu de maison.

Le délabrement de ses murs est un facteur de sa mauvaise santé.

Un jour il devra appeler les pompiers , c’est sûr !

La vie de Jules est morne : on pourrait même dire uniforme.

 

Un trait de plume

5 avril, 2012

« Mesdames, Messieurs, je vous ai réunis pour vous dire que je vais faire bouger les lignes. D’abord, je vais rectifier cette perpendiculaire, je vais en faire une parallèle, ce sera bien mieux. Et puis cette oblique, ça ne va pas du tout, je vais la remettre droite. »

« Et la sinusoïde, là-bas… j’en fais quoi, chef ? »

« Passez la à Duchemin, il prend toujours des chemins détournés pour dire ce qu’il a à dire. »

« D’accord, mais il est en ligne… »

« Je m’en f… ! Je vais non seulement faire bouger les lignes, mais je vais en créer une. De vêtements. Comme les stars. »

« C’est intéressant comme idée chef. »

« Martin, arrêtez de lire entre les lignes. Poulard, vous me ferez cent lignes à faire signer par vos parents. Comment ? Georges n’est pas encore là ? »

« Sa ligne de bus est paralysée par une grève, chef. »

« C’est insensé ! J’ai fixé une ligne de conduite et personne ne la respecte. J’en vois certains qui ne vont pas tarder à franchir la ligne jaune. Je rappelle qu’il est interdit de sniffer une ligne de coke dans les toilettes. Parallèlement –si j’ose dire- nous avons perdu notre ligne de crédit. Tout va mal. Si ça continue, je vais prendre la tangente. »

« Il serait temps d’apercevoir la ligne d’arrivée, chef. »

« Eh bien, commencez par modifier votre ligne de conduite, Maurice ! Aucune de mes orientations n’est entrée en ligne de compte. Autant se fier aux lignes de la main. Nous allons droit dans le mur. Nous sommes sur le fil du rasoir. D’un trait de plume, le siège social peut nous atteindre en-dessous de notre ligne de flottaison. A propos, Simpson arrive demain pour une inspection, en droite ligne des USA. »

« Il parait qu’il a une intelligence hors ligne, chef. Qui lui vient en droite ligne de ses aïeux ! »

« Bon, heureusement que j’ai joué troisième ligne au rugby. Je sais me battre jusqu’au bout. Il faut absolument rénover notre ligne de produits. Vous êtes tous dans ma ligne de mire ! Maintenant, je vais vous exposer mon projet dans ses grandes lignes. Nous allons prendre un grand virage pour redresser la courbe de nos ventes. »

Salut les jeunes!

4 avril, 2012

« Tout le monde apprécie mon caractère juvénile ? »

« Vous êtes sûr ? Vous vous rendez compte que ce n’est pas très flatteur ? Et puis ce n’est pas très normal non plus. »

« Ah bon ? » 

« Bin…oui, vous passez pour un gamin immature dans de nombreux cercles.  On s’interroge même sur votre santé mentale »

« Pourtant, à mon âge c’est une performance de penser et d’agir comme un jeune. N’aurais-je pas inventé la jeunesse éternelle ? »

« Non, pas vraiment. Il faut vous comporter comme un adulte. Etre sérieux, avoir des soucis, avoir l’air fatigué, se poser des questions sur la vie…Vous me comprenez ? Vous, ça ne va pas, vous avez toujours l’air rigolard. Vous n’auriez pas un petit ennui de fric, par hasard ? »

« J’essaie… je claque mon argent au loto, mais je gagne à tous les coups… »

« C’est curieux, en effet. Bon, alors essayez d’avoir l’air sérieux que je vois un peu ce que ça donne ! »

« Comme ça ? »

« Non, ça c’est l’air idiot. C’était mieux avant. Bon, arrêtez de faire des jeux de mots ou des plaisanteries de potaches. Au moins, ça ! »

« Pourtant, ça fait rire tout le monde… »

« C’est bien ça le problème. Vous devriez prendre des cours pour être complètement nul ; comme ça vos blagues ne feront rire personne et vous vous arrêteriez de vous-même. »

« Ça devient compliqué. »

« Oui. Et puis essayez de ne plus parler comme un jeune. A soixante dix ans, c’est pitoyable. Si vous pouviez bégayer un peu… ou alors utiliser des tournures très anciennes, complètement passées de mode que personne ne comprendrait ! »

« Par exemple ? »

« Vous pourriez dire : je m’esbaudis, au lieu de dire : tu me fais marrer, à tout bout de champ. C’est beaucoup plus classe et puis ça fait vieux. De votre âge, quoi. A propos, arrêtez aussi les tee-shirts américains. Vous devez enfiler une vieille chemise, un peu élimée avec un gilet de laine, gris si possible. Habillez-vous sans fantaisie, enfin ! Soyez un peu sérieux ! »

« Je préférais quand je me faisais rire… enfin esbaudir… »

« Et cette façon de marcher en se dandinant gaiement… ça va durer jusqu’à quatre-vingt dix ans ?… Il faudrait vous trainer.  Ayez un peu d’imagination : marchez avec une canne. Il faut comprendre les jeunes : lorsqu’il voit un retraité se conduire comme eux, il ne faut pas s’étonner qu’ils perdent leurs repères sociaux. »

 

 

 

Faire ses courses

4 avril, 2012

Victor joue aux courses.

En faisant les commissions du ménage.

Les achats passent après ses paris.

Il fait provision de bonne humeur avant de  rentrer dans son foyer.

Marie pourrait le menacer de lui couper les vivres.

Mais elle sort rarement de sa réserve.

Elle ne fait jamais de shopping.

Elle préfère donner de la nourriture aux oiseaux.

 

Sans saveur, sans couleur

2 avril, 2012

Dans le petit matin blafard

Maurice trouvait que les gens avaient le teint pâle.

Il faut dire qu’il revenait de Cote d’Ivoire.

Il s’arrêta chez Louis pour boire un petit blanc.

Puis rencontra son directeur qui avait lui aussi le visage livide.

Le chef de Maurice était un vrai pro, mais un pro blême.

C’était la crème des types.

Mais il n’aimait pas beaucoup les jeunes blancs-becs.

Ni les collaborateurs trop ternes.

Encore la crise

1 avril, 2012

« C’est la crise ! »

« Ah, elle a bon dos la crise. Dites-moi plutôt qu’on est entouré d’incompétents. »

« J’en sais rien moi. Tout le monde dit que c’est la faute à la crise. Tu sais, moi, je n’y connais rien, hein ! »

« Moi non plus, je n’y connais rien. D’ailleurs tout le monde n’y connait rien. C’est bien ça le problème. On se demande d’où vient la crise. Personne n’est responsable. C’est peut-être une malédiction divine. Les dieux sont mécontents de nous. Ou alors, ils n’ont rien d’autre à faire, alors ils nous envoient la crise ! »

« Bon, c’est pas tout ça, mais il va falloir en sortir. Quelle mesure proposez-vous ? »

« On pourrait commencer par réduire votre salaire. »

« C’est une mesure très impopulaire. Je préférerais qu’on augmente vos impôts si ça ne vous dérange pas. »

« Si, ça me dérange un peu. J’ai prévu de partir cet été. La crise, c’est bien gentil, mais vous comprenez bien que j’ai besoin de me retrouver avec ma femme, sinon je vais encore avoir des histoires. Pour la crise, on verra après. »

« Bon, alors augmentons la TVA. On pourrait inventer aussi un impôt nouveau. On l’appellerait la TVA Bougnol. »

« Du nom de notre chef de service ? »

« Oui, il serait le seul à payer cet impôt sur tous ses achats. Il n’a pas d’enfant, il est brouillé avec sa femme. Ce serait un impôt social, non ? »

« Je ne sais pas. Il faudrait avoir son autorisation. Je vais en parler en réunion de service. »

« Surtout pas, il va encore nous en faire un roman ! »

« Bon, on a réglé la crise, maintenant parlons de la dette. Il faut la rembourser. Vous aviez bien un livret d’épargne ? Avec celui de votre fils, ça pourrait faire l’affaire. »

« Bin, non… Vous devriez plutôt vendre votre Laguna pour une voiture plus petite. Il va falloir apprendre à vous serrer la ceinture. »

« Non, j’ai besoin de ma Laguna pour frimer un peu dans mon quartier. Si on faisait plutôt payer Bougnol ? Il n’a pas besoin d’un appartement aussi grand que le sien. Si vous voyiez le luxe dans lequel il vit ! »

« Il sera sûrement d’accord. Dès qu’il y a quelque chose qui ne va pas, il prétend que c’est la faute à la dette. Allons lui en parler ! »

123