Archive pour avril, 2012

Un rédacteur

20 avril, 2012

Le pli du pantalon du banquier est impeccable.

Alors qu’il négocie une lettre de change.

Le banquier parle fermement : il ne bafouille pas.

Il sait qu’il aura le mot de la fin.

Il a parié un billet là-dessus.

Il rédige un chèque.

Qui est en correspondance avec la somme.

Puis il se dépêche

D’envoyer un courrier à son client.

Séparation

19 avril, 2012

J’aimais ta façon de lancer tes affaires n’importe où en rentrant. Normalement, les filles ça range…

J’aimais quand tu rentrais tard et que tu faisais n’importe quoi pour dîner. Le docteur Mouchard est resté confondu  de stupéfaction devant la liste de nos habitudes alimentaires.

J’aimais ta façon de jeter à  la poubelle nos factures sans les payer avec une poignée de journaux publicitaires.

J’étais fasciné par les marques de dentifrice sur le rebord du lavabo, indice lumineux de ton passage merveilleux. Normalement, les filles ça nettoie…

La perte périodique de ton trousseau de clés m’a valu une grande popularité chez « Monsieur Clés-Minute ». J’ai eu le temps d’apprécier sa façon de raconter ses deux guerres, son passé colonial, le Tour de France au temps où les français le gagnaient.

Le poulet basquaise de ta mère était un régal. J’aimais son caractère récurrent qui évitait, lorsqu’on était convié à déjeuner, de s’interroger sur le menu.

Grâce à ton agenda surbooké qui t’empêchait d’aller aux réunions de parents d’élèves, j’ai pu faire longuement connaissance avec Madame Bouriquet, la maîtresse de CE2 de Julie. Nous nous sommes parfaitement entendus sur ses faiblesses en calcul.

Ta façon de te révolter sur l’outrecuidance de la domination masculine dans notre civilisation actuelle me touchait profondément. En tant qu’être masculin, j’en ai gagné l’envie de m’auto-révolter.

Tes séances d’essayage dans les grands magasins étaient l’un de mes moments préférés. Pour te voir dans des vêtements qui me plaisaient, il suffisait de te féliciter lorsque tu paraissais dans les robes que je n’aimais pas.

J’adorais ton absence totale de conscience politique. Ta méconnaissance abyssale de la composition du gouvernement. Ton regard perdu quand je t’ai montré pour la première fois ta carte d’électeur.

Je me souviens encore avec émotion de nos vacances sur les longues plages de sable blanc de l’Atlantique. Mes courses éperdues dans le vent pour démêler les fils de ton cerf-volant emberlificotés entre les doigts de pieds des estivants mollement allongés sous leurs parasols bariolés.

J’ai aimé la façon dont nous nous sommes séparés. Par mail, pour ne pas avoir assez de place pour lister les reproches réciproques que nous aurions pu nous lancer de vive voix, ce qui n’auraient servi qu’à nous faire du mal.

 

C’est stupéfiant !

18 avril, 2012

C’est le 14 juillet, des pétards éclatent de partout.

Leurs fumées s’élèvent brièvement.

Marie Juana se promène en ville.

Elle vient d’acheter un joint de robinetterie chez le plombier.

Le bricolage, c’est une vraie drogue pour elle.

Elle rencontre  Jules qui l’invite au bal. « Ah !.. Chiche ! » dit-elle.

Puis ils iront pique-niquer sur  l’herbe fraîche.

Il lui parait stupéfiant Jules !

Il lui parle de sa tante Fine qui est décédée. Elle a affronté la mort, Fine.

Demain, il ira au jouer au foot. Il doit shooter dans les buts.

Querelle de générations

17 avril, 2012

« J’apprécie votre caractère juvénile. »

« Vous me prenez pour un gamin ? »

« Un peu, oui. Vous ne me semblez pas avoir le sens des responsabilités ni la pondération qui serait convenable à votre âge. »

« Moi, j’ai de la fraîcheur et de l’inventivité. Ce n’est pas comme vous qui est engoncé dans vos habitudes et vos réflexions d’un autre âge. »

« Ah ? Je suis d’une autre époque ? Donnez-moi un exemple concret, qu’on voit un peu. Il ne suffit pas d’affirmer pour prouver. »

« Par exemple votre petit gilet gris et votre béret crasseux. » 

« Vous trouvez ça dépassé ? On voit bien que vous êtes du bord des irresponsables. Vous aggravez votre cas, mon vieux. »

« Mon pauvre ami, vous excitez les jeunes avec des tenues comme celles-ci ! »

« Vous voudriez peut-être que je mette une casquette à l’envers et un pantalon qui me tombe sur les chevilles ! J’aurais l’air fin.

« Arrêtez d’ironiser. Vous savez bien que les jeunes utilisent des codes vestimentaires pour se reconnaitre entre eux. C’était pareil à votre époque. Vous vous souvenez de vos blousons noirs ? Hein ? Et puis vous devriez arrêter de circuler en R5. »

« Qu’est-ce qu’elle a ma R5. Elle me véhicule depuis trente ans très confortablement. C’est pas comme les bagnoles d’aujourd’hui. On dirait qu’elles sont construites pour durer le moins longtemps possible. »

« Vous pourriez au moins essayer une petite Smart, ça ferait un peu moins ringard. Moi, je ne monte plus dans votre tas de tôle, ça m’a foutu la honte. »

« Foutu la honte. En voilà une façon de s’exprimer. C’est comme : c’est clair. Lorsque les jeunes ne comprennent plus rien, ils disent tous que c’est clair. »

« C’est un réflexe du langage. C’est comme lorsque que vous dites : Bien ! Juste avant de vous énervez. C’est contradictoire aussi. Vous ne pouvez pas dire que quelque chose vous satisfait alors qu’elle vous met en rogne… »

« Bien, je vois que vous avez réponse à tout. Vous êtes bien de leur âge. Vous ne respectez pas les anciens, même pas leurs contradictions. Souvenez-vous quand même que c’est grâce à notre travail que vous bénéficiez d’un excellent niveau de vie aujourd’hui. »

« Peut-être, mais enfin c’est grâce au nôtre que vous pouvez passer une retraite pépère.  Et puis, si les jeunes n’existaient pas, vous ne pourriez pas dire que c’était mieux de votre temps. »

Surprise!

16 avril, 2012

Maurice était un chirurgien réputé, spécialiste de l’estomac.

C’était aussi un gourmet  qui aimait les soufflés et les babas au rhum.

Il promenait souvent son nez épaté dans la cuisine de Ginette

Qui lui réservait souvent des surprises.

A condition qu’il aille scier son bois pour le fourneau.

Pour couper des branches, il grimpait dans les arbres avec des jeunes filles dévêtues.

Un jour, Maurice est tombé de haut.

On peut dire aussi  qu’il est tombé des nues.

De la forêt lointaine, il n’en est pas revenu.

Changements de directions

15 avril, 2012

« Je tiens ces renseignements d’une personne bien informée. »

« Vous êtes sûr ? »

« Oui, je ne suis pas du genre à prêter attention à des cancans. »

« Vous m’aviez pourtant dit que Morel, l’ancien directeur aimait le saucisson sec. »

« C’était une information qu’on m’avait donnée. Je n’y suis pour rien si vous vous êtes fait virer avec votre Jésus lyonnais à la main. »

« Et quand vous m’avez affirmé qu’il aimait les pâtes ? »

« Alors là, moi je n’ai rien dit de tel. Allez dire ça à Ducard. Lui, il croit toujours tout savoir. Il est toujours fourré à la direction. »

« Je lui en parlerai, mais je n’aurais jamais du inviter le patron et lui cuisiner des spaghettis bolognaises. A partir de là, ma carrière a connu un coup d’arrêt.  Décidemment, on ne peut compter sur personne pour assurer son avancement. »

« Vous devriez voir ça avec Josiane qui est la confidente du chauffeur. Je me suis laissé dire que le nouveau directeur adore les petits pains au chocolat. »

« Je ne vais tout de même pas me goinfrer de viennoiseries pour espérer lui faire plaisir ! Il faudrait nommer des gens qui ont une hygiène alimentaire digne de ce nom pour les postes à responsabilités ! Tout de même !»

« Vous avez raison. Mon cholestérol, je le dois à Schmitt. Je ne vous dis pas le nombre de choucroute que j’ai du ingurgiter pour me faire bien voir. Il ne mangeait que ça. » 

« Et vous vous souvenez de Marie-Germaine Bémol. Elle ne se nourrissait que de salades. J’avais faim toute la journée. J’étais obligé de prendre un cassoulet au petit déjeuner. »

« Vous ne connaissez pas le pire : il va falloir vous acheter un survêtement mon pauvre. Le nouveau est un adepte de course à pied. Ducard ne prend plus l’ascenseur. »

« Ça promet. Vous êtes sûr au moins qu’il ne pratique pas l’haltérophilie comme Dubertrand, vous vous souvenez ? »

« Je pense bien. J’ai mis deux ans à m’en remettre. En plus, il adorait les trekkings au Népal et les courses de traineau en Alaska.  J’espère qu’avec le nouveau, je pourrai enfin passer le mois d’août à Palavas-les-Flots avec Mauricette ! »

« C’est pas sûr. Il parait qu’il prend ses vacances en novembre à Roscoff. Il semble d’après Ducard que les brumes de l’automne et le crachin breton sont propices à sa réflexion stratégique »

« Ça va être gai ! »

 

En avant, en arrière

15 avril, 2012

Jeanne et Jean vivaient dans l’arrière-pays.

Ils avaient des goûts avant-gardistes.

Jean voulait écrire un livre dans son arrière-cour.

Mais il n’avait rédigé que l’avant-propos.

Jeanne ressemblait à son arrière-grand-mère.

Qui est décédée avant-guerre.

Jean et Jeanne avaient une arrière-pensée.

Ils voulaient leur magasin : ils viennent de signer un avant-contrat.

Bientôt ils vont attendre leurs clients dans leur arrière-boutique.

Nos mauvais poèmes

13 avril, 2012

Le Président à réuni l’Assemblée.

Les caisses sont vides : il n’y a plus de blé.

Un homme parle. Il est petit, plutôt râblé.

Il dit que les affaires vont mal : on est ensablé.

Un autre confirme : c’est bien ce qui lui a semblé.

Une dame affirme qu’elle est obligée de vivre dans un;meublé.

Un Ministre conclut qu’il va prendre des mesures ciblées.

Il pense que les citoyens seront certainement comblés.

Même s’ils ne s’en aperçoivent pas d’emblée.

Puis il va déjeuner au milieu d’une joyeuse tablée.

Dormir debout

12 avril, 2012

« Je me lève toujours de mauvaise humeur, le matin. »

« Moi aussi, cher voisin. Rien que l’idée de me lever me contrarie. Comment peut-on expliquer ce problème ? Pourtant l’homme est bâti pour se promener sur ses deux pieds. »

« Certes, mais c’est plus fatigant que la position allongée surtout sur un matelas de bonne marque ni trop mou, ni trop dur. Et puis, il y a la charge mentale. »

« C’est quoi, la charge mentale ? »

« Ce sont tous les soucis qui vous arrivent en rafale dans la tête dès que vous dépassez la demi-seconde qui succède à votre réveil. Vous voyez ce que je veux dire : il va falloir remplir le réservoir de la bagnole avec un prix du super qui ne cesse de croitre, votre chef de service vous a fixé un rendez-vous, votre belle-mère vous a invité à diner, votre gamin a encore fait des siennes au collège, et toutes ces sortes de choses… »

« Je vois. Rien que ça, moi ça me donne envie de me recoucher. Le problème, c’est que si je me recouche, je ne peux plus vivre. Ma femme ne veut pas de télé dans la chambre. »

« C’est mon problème aussi. Il ne me reste que la solution de me traîner sur le canapé pour pouvoir suivre le foot tranquillement. »

« Tranquillement, c’est vite dit. Parce qu’il faut encore se lever pour aller chercher des bières dans le frigo. Personne ne me les apporte ! »

« Le pire dans tout ça, c’est qu’on finit par se lever quand même. Finalement, je crois que nous sommes des espèces de héros du quotidien. Nous souffrons en silence. En serrant les dents. Nous repoussons les limites de l’extrême. Par exemple, moi … quand j’arrive dans la cuisine à la force du jarret et que je dois constater qu’il n’y a plus de café, eh bien, je ne dis rien. Pas un mot ! Et je prends du thé ! »

« Alors là, chapeau ! C’est votre femme qui doit être contente ! »

« La vie est une lutte incessante, cher voisin. Et elle recommence tous les jours à six heures trente. Certes nous sommes d’une humeur maussade mais quelle abnégation ! Nos proches ne se rendent pas toujours compte de notre courage. »

« C’est bien vrai, ça. Quand je pense au moment où il faut se mettre sous la douche alors qu’il faisait si bon sous la couette, ça me fait froid dans le dos. Mais, je résiste à la tentation de retourner au lit. Je me demande bien pourquoi d’ailleurs. Nous sommes damnés. Il y a quelque part une espèce de force maléfique et inflexible qui nous pousse à faire ce que nous n’avons pas envie de faire. »

« Heureusement qu’on a inventé la sieste, cher voisin. Je vénère chaque jour la divinité qui a inventé la sieste. D’ailleurs si vous le permettez, je crois qu’il est l’heure… »

L’effronté

11 avril, 2012

Maurice s’est acheté un beau pantalon : il est bien culotté.

Il a une touffe de cheveux sur le crâne : il a un sacré toupet.

Il va souvent faire un jogging : Maurice ne manque pas de souffle.

Il est couvert contre tous les risques : il a de l’assurance.

Lorsqu’il ripaille avec ses amis, il se sent un peu ballonné : Maurice est alors gonflé.

Il aime bien les films de Laurel et Hardy, Maurice.

C’est un ancien maçon qui sait manier le fil à plomb.

Il s’intéresse à l’Histoire, surtout à la vie de Charles le Téméraire.

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